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SOIRÉES DRAMATIQUES ET MUSICALES

On a donné, à Saint Henri, le 30 juillet dernier, une grande soirée dramatique et musicale, sous les auspices de l'Union St Joseph de cette ville, qui, comme nous l'avions prévu, a été un vrai succès sous le rapport pécuniaire, car il y avait salle comble.

Les acteurs méritent toutes nos félicitations sur la manière dont ils se sont acquittés de leurs rôles.

L' Expiât io7i, drame en 3 actes et Le Conscrit No i, drame comique en 2 actes, ont été très bien rendus. La bande St Henri a aussi beaucoup contribué à rehausser l'éclat de cette amusante soirée.

On annonce aussi une grande soirée dramatique et musicale, (jui sera donnée à Sainte Cunégonde, lundi le 19 courant, à l'école des Frères, rue Vinet, par un cercle d'amateurs distingués, avec le concours de M. G. W. McCiown et qui représenteront le splendide drame : La Prière des Naufragés, en 5 actes.

Cette soirée aura, nous n'en doutons pas, un très grand succès.

Le cercle St Henri donnera une grande soirée comique, à Saint Hyacinthe, le 24 courant, et jouera ])our l'occasion, les pièces suivantes : Le Conscrit N'a i, drame comique en 2 actes, qui a obtenu un si grand succès à Saint Henri, le 30 juillet dernier, VLLonneur est satisfait, comédie en I acte et Les Frayeurs de Tigruche, comédie en 2 actes.

Nous leur souhaitons beaucoup de succès.

On peut se procurer Le Recueil I^ittékaire au Kiosque, Place Jacques Cartier, chez DUe E. Bélanger, 1867 rue iSte Catherine, chez N. Fletclier, 146 rue St Laurent, Montréal, et chez F. Béland, 264 rue St Jean, Québec.

1er septembre 1889

CHRONIQUE

Voilà qui n'est plus drôle. Du train que la science y va, il arrivera certainement sous peu des découvertes inquiétantes pour le genre humain et, ma foi, la chose commence assez bien. Vous avez beau, aujourd'hui, être habile à cacher vos défauts, nenni ! vous n'y arrivez pas ; en vain, vous cherchez à vous montrer sous des dehors séduisants et par là même faux, vous ne réussissez plus à tromper vos connaissances. Ces petits moyens de ruse, c'était bon pour les jours d'antan, ils n'ont plus de succès aujourd'hui.

Vous griftonnez à la course quelques lignes à une amie, vous lui barbouillez illisiblement votre nom et votre adresse... Tout cela est bien naturel. Cette amie — vôtre — (supposons-la indiscrète pour le moment, le cas est exceptionnellement rare il est vrai, mais entîn,..) -:donc, cette amie exhibe vos pattes-de-mouches à quelqu'un qui s'occupe de l'incomparable science de la graphologie et vous êtes perdue... Ceci n'est plus naturel.

Ce savant, lisant sans doute un peu entre les lignes, trouve sur votre personne des choses gracieuses, des traits piquants, les nuances les plus délicates et les plus impercepiibles à l'œil nu. Son télescope minuscule grossit merveilleusement vos défauts tout en laissant vos qualités intactes, bien-entendu...

Sans cérémonial aucun, on vous voit ou brune ou blonde, quitte à vous laisser rousse quelquefois ; on vous découvre, la fameuse lunette aidant, un caractère ou violent ou boudeur, une nature capricieuse, tapageuse ; on lira que vous avez une mine romanesque, un esprit indiscret ; on poussera même quelquefois les recherches curieuses jusqu à certifier que votre calligraphie laisse sous-entendre un faible pour le sexe fort et... je n'en finirais pas si j'imaginais d'énumérer la foule de défauts qui, pour être mignons, n'en froissent pas moins votre amourpropre. Et Dieu sait le peu (lu'il faut pour froisser un amour-propre de jeune fille !

Avis aux lectrices qui désireraient connaître à fond le caractère de leur futur. C'est \à l'unique moyen de voir le dessous de ces petits airs mielleux qui fondent le plus souvent le lendemain du conjungo, de ces perpétuels sourires qui opèrent une révolution douloureuse au foyer lorsqu'ils disparaissent, et surtout le dessous de ces serments de fidélité vingt fois murmurés et que le cœur souligne si rarement...

Oh I que ce savant en ferait de tristes découvertes sur la malice et le fard du cœur humain ! Jamais, bien sûr son télescope aura servi plus juste cause et que de malheureuses victimes lui seraient reconnaissantes de les sauver ainsi d'un péril imminent. —

M^is je m'en tiens là car j'aperçois des yeux de lecteur qui ne sont pas d'une douceur engageante... Serait-ce parce que je dis vrai ?

Je constate avec plaisir que la plume de la Canadienne se réveille de plus en plus et pour le premier d'Août, on avait servi un numéro exclu-

sivement féminin — A part la causerie de Gilberte qui (une lettre anonyme m'en a informé) agit mieux que le plus puissant narcotique sur certains cerveaux fiévreux, la poétique Attala avait bien voulu régaler lecteurs et lectrices d'une charmante poésie : — stances admirables où la tendresse sympathique de son cœur s'ingénue à trouver pour le cœur maternel qui pleure ce

SoufHe parfumé d'innocence Quittant ce terrestre séjour,

un baume consolateur, une rose à l'épine cruelle qui déchire cette âme agonisante de regrets.

Une autre plume débutait dans le Recueil Littéraire avec le numéro susdit. J'ai parcouru avec le plus vif intérêt, charmante Élisa, votre écrit admirable de patriotisme. —

Oh ! que les Québecquois sont bien ce que vous les dites : hospitaliers, français encore malgré le contact quotidien des nationalités étrangères, et par-dessus tout religieux sans respect humain. L'aristocratie québecquoise est réellement aristocrate et tandis que dans d'autres villes, on s'élève par l'argent, et que de ruslre on devieni gentilhomme en moins d'une journée si un oncle éloigné nous laisse millionnaire, à Québec on n'est admis dans les cercles distingués, dans la fine fleur de la société que si on n'est vraiment distingué. La question d'argent n'y est pour rien.

Et la Québecquoise n'est-elle pas la copie parfaite de la Parisienne ?

Oh ! j'aime Québec moi aussi. J'aime cette cité pour l'hospitalité proverbiale de ses habitants, j'aime Québec pour ses vieux et glorieux souvenirs: chaque coin de ce sol essentiellement français fournit une page à l'histoire de notre pays. J'aime enfin Québec parce que je suis québecquoise !

Septembre est arrivé. Septembre... c'est la brise plus tiède, c'est la soirée plus fraîche, c'est le crépuscule nous plongeant plus à bonne heure dans cette demi-teinte d'obscurité qui rend l'âme toute rêveuse, c'est la nature moins enchanteresse, mais plus poétique, plus séduisante, plus aimée par l'âme qui souffre. — Il y a tant de similitude entre cette nature triste, plaintive et le cœur affligé !... Pour la plupart des citadins en villégiature. Septembre est aussi la saison du retour.

La campagne alors devient subitement déserte et la plage vide : on revient en toute hâte au foyer. Oh ! qu'on revoie avec joie son " home ", ses amis, ses connaissances ! Jusqu'aux plus indifférents qu'on comble de témoignages d'amitié : on s'est tant ennuyé là-bas ! On y a bien rencontré des personnes empressées de nous visiter, de se lier avec nous, mais comme ces sympathies passagères ne remplacent pas cette amitié de vieille date que certaines douleurs partagées ont cimentée. Et on se retrouve avec bonheur ; les salons s't)uvrent de nouveau ; les fêtes intimes, les grandes soirées et les bals inaugurent encore une longue saison de divertissements les plus variés.

Cela n'empêche pas que l'été est trop court ; j'avais projeté un voyage à X... et voici que Septembre avec ses grands vents et ses brumes

épaisses m'oblige à différer jusqu'à l'année prochaine. J'avoue que j'ai été tardive, mais la belle saison a été si pluvieuse ! —

Dites donc, trouvez-vous amusant de se mettre en route par un horizon noir, un ciel éternellement gris, un aquilon épouvantable, de gros nuages qui vont et viennent, s'abaissent tout près de nous et, à un moment donné, font surgir de leur centre éclairs, tonnerre le tout accompagné d'une pluie torrentielle qui vous humecte jusque dans la moelle des os, vous fait prendre un rhume, une bronchite, une laryngite, une... que sais-je enfin moi tout ce qu'une température comme celle que nous avons peut donner?...

Vaut mieux mille fois rester au coin du feu et lire. C'était bien la mon idée première et cependant, malgré la pluie et le vent, en dépit de mes projets de solitude, j'ai voulu aller passer une quinzaine à la campagne. J'ai donc bouclé mes malles pour St A... Ce joli village, dont les maisonnettes rustiques s'échelonnent irrégulièrement sur la rive du lac St François, est surtout remarquable pour la beauté de son site et l'abondance de sa pêche. Tous les villageois ou à peu près vont pêcher ; les uns par métier, d'autres par passe temps et d'autres enfin pour se remettre des fatigues de la journée.

Et moi qui suis amateur passionné de cet amusement, aussi faisant fi du soleil qui fianibe ai-je dépensé mes journées à jeter l'hameçon ? Malheureusement jjour moi, je n'ai trouvé qu'eau trouble.

C'est désolant.

GiLBERTE.

JACQUES LE MAÇON (i)

Jacques, le maçon, se préparait à partir. Ce matin-là, il se sentait mal à l'aise. Sa femme — la l)onne Jacqueline — lui avait bien recommandé de faire attention aux accidents. C'est si vite fait lorsque à cinquante ])ieds du sol un échafaud se rompt. Le malheureux lancé dans le vide ne vit pas longtemps.

Un léger coup se fit entendre à la porte.

— Entrez, cria Jacques, et Vincent, apprenti maçon aux yeux vifs et à l'allure légère, entra.

— Bonjour, père Jacques, belle journée n'est-ce pas ?

— Oui, répondit machinalement le vieux maçon. Puis, embrassant sa femme et ses enfants, Jacques suivit le jeune maçon toujours gai comme un pinson.

C'était une magnifique construction s'élevant à plus de cent pieds du sol. Les murs étaient déjà rendus au faîte. D'immenses échafaudages se dressaient tout auprès.

Jacques et Vincent travaillaient à tm petit dôme, au-dessus du faîte. Une petite charpente, pouvant à peine supporter deux hommes, leur servait d'échafaud. Quand ils eurent atteint le pied du petit échafaudage :

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