‹ Le référendum communalChapitre 13 sur 27 · CE QUE NOUS VOULONS · texte numérisé non relu

CE QUE NOUS VOULONS

Nul ne pense à copier servilement en France ce qu'on fait dans les Républiques-sœurs. Il ne s'agit ni d'organiser le gouvernement direct de la commune par le peuple, comme dans les loivns américaines, ni de rendre le Référendum obligatoire, comme dans les cantons suisses. Nous ne rêvons pas de voir les électeurs de Paris se rassembler sur la pelouse de Longchamps comme ceux du canton d'Unterwald-le-Haut, et là, flanqué de quatre huissiers barbus habillés en cent-suisses, M. Poubelle, brandissant une épée « flamboyante » à deux mains, demander au peuple ce qu'il pense de la répartition de Teau de Seine. Nous ne voulons pas davantage des assemblées populaires où se complaisent les yankees, et où Ton règle, en un tour de main, les afi*aires de la town. Ce sont là, disent dédaigneusement certains opportunistes, c( choses d'Amérique ». Soit. Les cépages

qui nous donnent du vin en sont aussi, et à la vérité il semble assez étrange que des gens qui . ont toujours à la bouche le mot de « Républiquessœurs » s'indignent si Ton vient leur parler de suivre l'exemple de ces sœurs tant aimées, tandis qu'ils s'extasient volontiers devant « la poigne » de tel ministre de l'Intérieur qui assurément prend ses modèles plutôt dans les monarchies d'outre-Rhin que dans les Républiques d'outreluonts ou d'outre-mers. Cependant de ce qu'une chose est bonne dans une République il ne s'ensuit pas qu elle doit être adoptée dans une autre. Aussi n'ai-je rappelé ce qui se passe ailleurs qu'afin d'éclairer du plus de lumière possible ce qui a lieu chez nous. Mais ce que nous voulons faire en Fi'ance, ce n'est pas d'innover, ce n'est pas de créer, ce n'est pas d'importer, ce n'est pas d'imaginer, ce n'est pas de copier, ce n'est pas de prescrire quoi que ce soit. C'est tout simplement de laisser se développer librement le mouvement spontané, le mouvement national qui s'est manifesté en 1888 et en 1889 dans un certain nombre de communes et qui, à toute heure, tend à reprendre sa marche et n'en est empêché que parles entraves du gouvernement. Une s'agit pas de réformer nos mœurs politiques, mais de leur donner une liberté plus grande. Il ne s'agit pas de créer un courant, mais d'ôter un barrage. Cette consultation

populaire que nous avons montrée naissant tout naturellement des circonstances en Normandie comme en Auvergne, dans le Gharolais comme en Périgord, ce n*est pas plus le Référendum suisse qui est politique, obligatoire et cantonal, que les assemblées des lo?v?2s qui sont des réunions électorales autant que législatives ; ce n'est pas plus une landsgemewde qu'un toivn-meeting . C'est une denrée française, venue sur le sol finançais — resseniblant, je l'avoue, aux instituticuis des Républiques qui ont précédé la notre dans les voies de hi démocratie — mais qui n'a rien d'étranger, ni d'étrange, rien d'exotique, ni d'excentrique. Répondant à des besoins nationaux, ce Référendum s'organise tout naturellement pour cadrer avec les institutions nationales. Nous en avons le germe, comme le dit très bien M. Paul Deschanel ' dans les enquêtes de commodo et incommodo, prescrites par le préfet dans certains cas, pai* exemple lorsqu'il s'agit pour une commune d'acquérir, d'aliéner ou d'échanger une propriété immobilière, lorsqu'il y a lieu de prononcer rutilité publique pour des travaux à entreprendre, etc. L'enquête de commodo et hicomniodo va même jusqu'au Référendum obligatoire, puisque la loi enjoint parfois au préfet de con-

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