DEVANT LA CHAMBRE
Né dans le pays, le mouvement enrayé par l'ukase de M. Constans vint s'amortir devant les portes de la Chambre le 16 juin 1890. On ne voulut même pas lui ouvrir le guichet de la simple prise en considération. Une proposition de M. de Mackau, qui pouvait avoir ses défauts, mais dont le principe était cependant digne d'examen, fut repoussée par 312 voix contre 187, et ceux qui la soutinrent empochèrent de plus Tépithète de césarien qui, comme on le sait, équivaut au mot de « porc » dans le vocabulaire du Palais-Bourbon. En vain M. de Mackau expliqua qu'il ne songeait à imposer le Référendum à personne, mais simplement à permettre aux conseils municipaux de s'en servir, s'ils le jugeaient utile ; on lui répondit sans l'écouter qu'il voulait a créer une arme contre les conseils municipaux répu-
blicains * » ou encore que sa proposition était « la destruction des conseils municipaux *- ». Dans le premier paragraphe de cet essai, j'ai parlé de coq-à-Fane; je ne crois pas que quiconque lira le compte rendu de cette séance du 16 juin 1890 trouve une autre expression pour la dépeindre. Personne ne s'entendit, ni partisans, ni adversaires. Tandis que M. de Mackau disait : « J'insiste sur le mot aulorise)\ car il montre que, dans notre pensée, le Refei^endum^ dans ces conditions, n'était pas obligatoire, mais qu'il appartenait aux maires et aux conseils municipaux de saisir les intéressés... », M. le comte Lemercier entendait tout le contraire, car il venait déplorer, l'instant d'après, en parlant des maires et des conseils municipaux : « le jour où ces hommes seront tous les jours exposés au vote d'un référendum, etc. » Les adversaires du projet ne prirent même pas la peine de se concerter sur les motifs de leur opposition. M. Lemercier a combattu le référendum parce qu'il y voyait de la politique ^
1. M. Maurice Faure. Discours. Journal officiel du 17 juin 1890. Débats parlementaires. Chambre des députés.