‹ Le référendum communalChapitre 8 sur 27 · Voir le Soleil du 3 février 189i · texte numérisé non relu

Voir le Soleil du 3 février 189i

Petit Journal consulta ses lecteurs qui se chiffrent, comme on le sait, par millions, et publia des bulletins portant ces mots : « Oui, je suis partisan de Tavancement des vacances au li juillet. Non, je ne suis pas partisan de ravancement des vacances au 14 juillet. Je désire le maintien de Tétat de choses actuel. » Il arriva 101,921 bulletins dont le dépouillement donna comme résultat 91,007 oui contre 9,914 non \ L'idée prit tout de suite dans la presse. Le 24 mars, le journal la France posa à ses lecteurs cette question : Faut-il évacuer le Tonk'in? et reçut 10,000 réponses, dont 2,700 oui et 7,300 non. On vit alors pratiquer les Référendums les plus invraisemblables : celui de V Universel illustré sur la moralité des annonces, celui de la Presse sur la question des courses : Faut-il Vinterdiction de tous les jeux? le Référendum des auteurs dramatiques : Etes-vous pour les répétitions générales ? Passé de France en Belgique, le Référendum gagnait le monde commercial. La Chambre de commerce d'Anvers mettait en circulation le questionnaire suivant : Quelle Jipure vous paraît la meilleure pour la tenue de la bourse ? Est-ce 1 h, 1/2 ri 2 1/2, 1 3/4 à 2 3/4 ou 2 r> 3? — Faut-il, à la fin de la bourse, ouvrir les portes

i. Veut- on quelques exemples locaux de ce scrutin? Le Nord donna 2,930 oui contre 263 non; le Cher, 334 oui contre 45 non ; la Dronie, 105 oui contre 75 non.

toutes larges^? — Faut-il rétablir V amende pour rentrée tardive? Du monde commercial, le Référendum s'introduisait dans le monde ouvrier. Le 25 octobre 1891, en pleine grève des mineurs du Pas-de-Calais, un syndicat organisa un Référendum pour savoir si la majorité des ouvriers était disposée ou non à reprendre le travail. L'industrie houillère occupe dans ce pays 40,000 hommes. Dans les 120 sections syndicales du département, des bulletins doubles furent distribués portant ces mots : Reprise du travail — Grève générale, 29,00u ouvriers fuirent ainsi consultés. A Lens, le résultat fut 5,160 voix pour la grève contre 1,908 pour le travail; à Arras, 2,697 pour la grève contre 1,074 pour le travail, etc.

L'idée référendiste, ainsi entrée dans le parti ouvrier, y a fait son chemin, car le 17 avril dernier, lors de la grève d'Amiens, une des principales causes de la cessation du travail ayant été, dit-on, la constitution de caisses de retraite et d'économat, on consulta là-dessus les ouvriers par voie de Référendum; le premier mai un autre Référendum a eu lieu à Bordeaux pour résoudre cette question, jugée très différemment par la commission parlementaire et par le syndicat ouvrier, si, oui ou non, les ouvriers de Bordeaux sont hostiles h la journée de huit heures et à la fixation d'un minimum de salaire. Assurément

ces votations populaires s'éloignent fort, par leur objet et par leur méthode, de celle qu'ici nous proposerons; mais ne démontrent-elles pas que ridée de consulter les électeurs directement sur les choses qui les intéressent plutôt que sur les personnes qui les gouvernent n'a cessé de faire en France des progrès?

A l'étranger, du reste, il n'en est pas autrement. Regardons en Allemagne : dès 1884, M. de Bismarck, désirant savoir si les ouvriers et les patrons allemands étaient en majorité favorables à l'interdiction du travail le dimanche, fît faire une enquête qui s'inspire du même principe que le Référendum et qui, minutieusement conduite pendant deux ans, donna des résultats directement contraires à ceux que le chancelier de fer en attendait*. Regardons en Italie : dès 1889, la municipalité de Milan interpellait directement les pères de famille en leur demandant si l'enseignement religieux devrait figurer ou non dans le programme des écoles publiques et recueillait

1. Les travaux de l'enquête ont duré deux ans et ce n'est qu'à la fin de 1887 que le rapport général a pu être soumis au Reichstag; on devait consulter les organes existant de l'industrie, les chambres de commerce, les sociétés industrielles, les corporations et enfin les ouvriers euxmêmes et leurs représentants. Le verdict a donné raison au Parlement et s'est prononcé pour le repos légal du dimanche. D'après les communications elles-mêmes du

27,515 votes dont 25,380 oui^ ce qui indiquait clairement les intentions de la majorité. Regardons en Belgique : le 2 février 1892, le gouvernement de M. Beernaert proposait dans sa déclaration sur la revision constitutionnelle, d'accorder au roi le droit d'en appeler, ad référendum^ au l)euple , et un parti important soutenait cette motion. Regardons en Angleterre : un référendum sur la journée de huit heures vient d'avoir lieu dans le comté de Durham et 40,000 travailleurs y ont pris part, rejetant les 3-8 par 28,217 non contre 12,08i oui ; en ce moment même on parle à la Chambre des lords de soumettre le débat du home rule à un Référendum national et l'on vote à la Chambre des communes un bill permettant aux paroisses de consulter la population par voie de Référendum sur l'opportunité de fermer tout ou partie des cabarets dans chaque village. Revenons en France enfln et au Référendum communal, le seul dont il s'agisse ici. Il n'y a pas plus de six mois, le Conseil municipal de Paris, après un rapport de M. Brousse et une assez longue dis-

gonvernenient impérial, riiiterdiction absolue on restreinte a été reconnue possible par 67 p. 100 des patrons, 75 p. 100 des ouvriers dans la grande industrie; par 59 p. 100 des patrons et 7.'} p. 100 des ouvriers dans la petite industrie; par 68 p. 100 des patrons et 68 p. 100 des ouvriers dans le commerce. Voir Léon Lefébure, Le Devoir social.

cussion, décidait, par 32 voix contre 30, de soumettre aux électeurs la question de savoir si la Ville prorogerait son traité avec la Compagnie du gaz en exigeant un abaissement de tarif, ou si elle resterait libre de contracter avec tout autre, lorsque le traité actuel serait expiré'. Que M. Poubelle, ait jeté les hauts cris, cela s'entend de reste. Mais Tidée n'en était pas moins consacrée par un Conseil municipal qui occupe une assez grande place en France et qu'on ne saurait, à tout le moins, accuser de réaction.

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