HISTORIQUE DES TRAVAUX PARUS AVANT
Pour éviter de trop fastidieuses longueurs, nous ne suivrons pas strictement, dans cette étude, l’ordre chronologique el nous scinderons la série des travaux parus sur les formes du réflexe plantaire aux différents âges de l'enfant en 3 groupes :
Dans le 1% groupe, nous classerons : Les travaux des auteurs, de beaucoup les plus nombreux qui observaient, sur les enfants de moims de 6 mois, une prédominance presque absolue de la forme en extension du réflexe. Ils donnaient à l'hypothèse de Babinski un appui fondamental.
Dans le 2° groupe : Les travaux accusant, dès les premiers mois, des formes de flexion fréquentes.
Dans le 3° groupe : Les travaux accusant un grand nombre de réactions peu caractéristiques, réactions qui ne peuvent se classer ni sous l'étiquette « flexion », ni sous l'étiquette « extension ».
Statistiques accusant une proportion considérable
d'extensions (avant l’âge de 6 mois).
Les statistiques dans lesquelles figure un pourcentage d'extensions atteignant ou dépassant 90 % sont celles de la majorité ; dès 1899 — peu après l'exposé du Congrès de Bruxelles — celle de J. Collier en Angleterre, de Cestan et Le Sourd en France, de Kalischer, puis de Passini (1900) dans les pays de langue allemande, en Italie celle de Muggia.
notes
A Breslau, vers la même époque (1900), les recherches histologiques de Gallewski sur la myélinisation du faisceau pyramidal attestent la valeur de ces données.
Après lui (1902), beaucoup d’autres apportent des résultats comparables :
A Vienne, c'est Crocq, à St-Pétersbourg Furmann. Mais les conclusions les plus nettes qui, par leur pré-
cision et le caractère de généralité des rapports qu'elles
établissent obtinrent force de loi furent celles de Léri qui sont habituellement citées.
Les voici. :
1°) L'extension est la règle à la naissance.
2°) À 3 ans, elle est exceptionnelle, mais n'a pas la même signification que chez l'adulte.
3°) Entre 1 et 3 ans, elle l’est également, sauf :
a) Dans les affections du système nerveux central, où cependant elle n'a pas la même valeur que chez l'adulte, car le faisceau pyramidal à peine achevé paraît être plus sensible à toute atteinte pathologique, si minime qu'elle soit, en particulier à toute atteinte toxique ;
b) Dans les {troubles profonds de la nutrition générale, qui semblent avoir pour corollaires un retard dans le développement du faisceau pyramidal, celui-ci, pourrait-on dire, à, cliniquement du moins, l’âge apparent
du sujet et non son âge réel.
4°) C'est vers le cinquième ou sixième mois que disparail, en général, l'extension des orteils, avec une période de transition marquée par des alternatives de llexion et d'extension ou par de l'extension unilatérale.
Pr
Te.
D°) L'extension des orteils disparaît à peu près en même lemps que l'attitude spasmodique ; toutes deux marquent l’incomplet développement du. faisceau pyra- midal et, s'ils se prolongent, constituent le syndrome de Little.
6°) La flexion des orteils peut acquérir une valeur diagnostique et pronostique plus grande que l'extension. Chez un enfant qui, tardivement, ne marche pas encore (prématuré ou athrepsique), «elle semble être parfois le seul signe qui permette d'affirmer que le faisceau pyramidal est achevé et que n'apparaîtront pas plus tard les symptômes de la maladie de Little ».
De 1903 à 1906, l'opinion est unanime quant aux proportions des extensions (90 %). Après les publications de Brouchtein, Marinesco, de Barnes et d’'Engstler (1000 observations). Laurent, dans sa thèse, vient confirmer, à ce point de vue, les altestations de Léri.
En 1907, quelques statistiques contradictoires que nous citerons plus loin.
De 1908 à 1920, l'accord sur les chiffres est au contraire pleinement réalisé ; après le Compte-Rendu de Noïca à la Société de Biologie, on voit apparaître deux thèses à Paris : celle de Zaïmowsky (1909), celle de Mile Rosenblum (1915) et, dans la période intermédiaire, le travail de Krabbe (1912) qui concordent.
Enfin Bersot (1919-1920), puis Minkowski (1920-1921) recherchent les formes du réflexe plantaire dès la vie fœtale, et leurs documents importants restent en harmonie avec l’ensemble de ceux qui viennent d'être cités.
De 1921 à 1925, seule la statistique de Feldmann (1922) est discordante alors que les résultats de Rudolf-Juster
la même année accréditent les idées classiques sur les pourcentages d'extensions, pourcentages qui figurent dans la thèse de Boyé (1925) :
« La recherche du réflexe cutané plantaire, pendant les premiers mois qui suivent la naissance, se traduit toujours par l'extension du gros orteil (signe de Babinski).
« Exceptionnellement, la friction plantaire détermine, d'ailleurs de facon transitoire, la flexion du gros orteil (3 fois sur 40 enfants de 1 à 6 mois), mais on ne saurait assimiler cette réponse à la réaction normale observée chez l'adulte. (Elle peut être due à de multiples facteurs de variations cités dans ces conclusions).
« IT. La réponse en flexion ayant les caractères du réflexe cutané plantaire normal de l'adulte ne commence à s’observer qu'à partir du septième au douzième mois, c'est-à-dire au moment où l'enfant ébauche ses tentalives de maintien dans la station debout. Inconstante cependant au début de ce second semestre, la flexion de l’orteil se confirme et s’accentue au fur et à mesure que la stalique se précise. » etc...
Statistiques accusant un nombre important de flexions
avant l’âge de 6 mois.
Six seulement sont relevées, au cours de cette longue période : celle de Schuler (1899), et les années suivantes celles de Finizio (1900) et de Morse (1901).
En 1907, la thèse de Naudascher où sont relatés beaucoup d'examens d'enfants débiles et le travail de Reono (1907) publié dans Pediatria; enfin beaucoup plus tard.
RE EE SR OA vi
celui de Feldmann, déjà signalé, portant sur 500 examens.
Quelques auteurs trouvent un grand nombre de réponses non caractéristiques
(chez les enfants âgés de moins de 6 mois).
En particulier, Cohn (1899) : pas de réponses dans la moitié des cas.
Wallon et Paul (1900) : pas de réflexes caractéristiques chez les enfants.
Durée de la période de transformation du réflexe.
La détermination des âges auxquels commence et se termine la transformation du réflexe n’a pas été faite irrévocablement ; il n’a été, à aucun moment, assigné à la durée de ce phénomène des limites tranchées et unanimement acceptées.
Beaucoup d'auteurs (1/3 environ) admettent que la flexion apparaît vers l’âge de 1 an à l'époque approximative des tentatives de marche (idée finaliste de causalité), C'est là l'opinion de J. Cohn, Collier, Cestan et Le Sourd, Kalischer, Crocq, Barnes, Engstler, Mlle Rosenblum et, plus récemment, de Bersot.
Plusieurs affirment que, entre un et deux ans, la flexion peut être unilatérale, alterner avec des extensions et que la forme définitive, en flexion bilatérale constante, s'établit vers 2 ans (3 ans 1/2 pour Mlle Rosenblum), limite de la zone physiologique de l'extension.
Les auteurs, cités plus haut, croient que la flexion
MA
s'ébauche déjà vers 6 mois (Léri, Enystler, etc.) et assignent à la période d'évolution morphologique du réflexe des frontières plus larges (6 mois à 2 ans 1/2).
Nous n'avons pas placé dans ce cadre général les œuvres de MM. Lantuéjoul et Hartmann, de Rudolf, leurs tableaux mentionnant les formes du réflexe chez le nouveau-né et les réponses « en flexion » observées à cet âge comportant, comme cela fut confirmé par M. Babinski, une signification particulière.
En résumé, de 1900 à 1925, l'extension apparaissait à un très grand nombre d'auteurs comme la réponse normale du jeune enfant à l'excitation plantaire. Elle est liée, disait-on, selon l'hypothèse de Babinski, à un contrôle insuffisant du cortex sur les centres inférieurs, en particulier sur la moelle, contrôle dont la carence lient avant tout à Ja non myélinisation des voies pyramidales (travaux de Flechsig, de van Gehuchten), mais vers l’âge de 6 mois cette myélinisation s'achève : la domination corticale s'établit ; elle s'assure en quelques mois pour les uns, en 2 ans pour les autres (Marinesco, Rudolf, Brouchtein, Mile Rosenblum).
Ces hypothèses reçoivent quelquefois une interpréta- Uon finaliste et Kalhscher, Barnes, Noïca, Bové (Cornil) voient dans l'emploi du pied en tant qu'organe locomoteur le facteur essentiel et la cause profonde de la mutation du réflexe.