PERIODE ACTUELLE
Dans cette seconde période, déjà éloignée de la communication de Babinski, la complexité du déterminisme des réflexes observés chez l'enfant, qui n'est à aucun moment un pyramidal pur, fut plus nettement que jamais mise en évidence dans l'œuvre de Bersot et dans l'exposé général et synthétique de Minkowski.
Les statistiques réflètent la considération que l'on accorde à celte notion nouvelle et, de plus en plus, on voit apparaître, sous la rubrique : Réponses à l'excilalion plantaire, un grand nombre de types imprécis (mouvements athétoïdes) ou opposés, selon les enfants observés (flexion ou extension), Les nouvelles interprétations que ces résultats suscitent s’affronteni avec les idées classiques.
Peu après la thèse de Boyé et les publications de Mathieu et Cornil, Wolpert (1926), ayant examiné 48 nourrissons sains entre 5 semaines et 8 mois n'oblint que 15 fois une flexion dorsale qu'il compare d'ailleurs au pseudo-Babinski de l'athétose double. Knok, Filiminoff sont du même avis. Vers la même époque Ibrahim considère que les réponses chez l'enfant sont souvent variables et non significatives.
Après Schlesinger dont les résultats diffèrent peu des précédents, M. de Bruin (1926) écrit que les formes de flexion et d'extension apparurent à égalité chez les 194 sujets qu'il eut à sa disposition. Nous ne voulons pas faire ici une relation détaillée des expériences de MM. Waggeoner et Fergusson (1930) qui espéraient,
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grâce à l'emploi d’un instrument réglable, fixer l’intensité de la pression correspondant à une proportion déterminée de flexions et d'extensions.
Leur méthode sera commentée au chapitre : Technique.
Pour eux, l'intensité du stimulus est importante mais, pendant les premiers jours, avec un stimulus convenable les: extensions pures prédominent, alors qu'à 6 mois flexions et extensions pures sont à peu près à égalité ; à 1 an la réaction est du type adulte.
Mlle Wolf (1930), qui répéta ses épreuves pendant 6 mois, sur 60 enfants (suivis depuis la naissance), après avoir constaté une grosse supériorité du chiffre d’'extensions dans les premières semaines, le vit s’abaisser vers le 2° et 3° mois et laisser la prédominance aux réactions mixtes : extension dorsale des orteils suivie immédiatement et sans nouvelle excitation de flexion plantaire où inversenrent — puis aux flexions (72 % à 7 mois).
Par contre, voici les résultats des investigations de M. Goldschmidt Margit publiés la même année (1930) sur le comportement des réflexes de Babinski, de Pussep el du réflexe en éventail chez le nourrisson : « Le signe de Babinski est presque constant dans les premiers mois de la vie ». Nous rapprocherons de ces conclusions celles de Bendix (1931) : « On ne trouve de réactions de Babinski positives dans les premiers Jours de la vie ou chez l'enfant plus âgé (66 enfants de 1 jour à 2 ans) que dans un quart des cas », mais 1l est à remarquer que les formes de flexion du nouveau-né ont été incluses dans celle statistique.
De même les observations de MM. Juarros et Garcia Menos de Madrid plaident en faveur de l'existence chez le nourrisson des premiers mois, de nombreuses réponses en flexion (même après une réaction de Babinski transitoire). Mais ici nous devons citer l'opnon de Tournav, formulée récemment au Congrès de Berne :
« Il n'y a pas, à son avis, de statistiques à faire, de proportions à calculer entre les réactions diverses el contraires d'un sujet. Au-dessus de 5 mois, 8 mois el même davantage, 1l a pu obtenir constamment un phénomène qui est du’ même {vpe clinique que celui de Babinski. »
Ainsi, dans cette dernière période 1925-1931, de nombreuses flexions sont mises en évidence presque à tou âge et « validées » par un grand nombre d'auteurs. Elles figurent dans divers travaux comme réponses exclusives à l'excitation chez cerlains enfants âgés de moins de 5 mois.
Pour Tournay, le signe de Babinski est, en tous cas, la seule réaction qui puisse s’obtenir constamment ; l'existence de réflexes « en flexion » ne saurait cependant être mise en doute et M. Tournay relate les déclarations de Van Woerkom : « Les réflexes de flexion apparaissent sous forme de réactions trop vives, {rop étendues, ressemblant à une « flexion reflex », ou à un trépignement complexe ou encore sous forme de flexion plantaire qui semble réaliser une préhension réflexe ».
M. Minkoswki remarque aussi que « le « flexion reflex » peut marcher de pair (chez le nourrisson) tantôt avec la flexion plantaire, tantôt avec la flexion dorsale, et aussi ne s'accompagner d'aucun mouvement des
orteils ».
Ces formes de flexion prennent souvent des types d'hyperflexion de « griffe » plus ou moins complètes — grifle si voisine du réflexe de préhension ; elles ne semblent pas avoir été aussi attentivement étudiées que les formes d'extension sous leurs divers aspects.
Ne seraient-elles pas aussi : « Le témoin d'une réaclion ancestrale ayant apparu toutefois à une période de développement plus avancée que les réflexes de défense, période où les orteils servaient de griffe » ? (Babinski).
Par ailleurs, c'est surtout parce que l’on n'a pu dire si elles doivent être acceptées à côté des réactions de Babinski où à la place d’un certain nombre de celles-ci (dans les statistiques), que subsistent les écarts de chiffres considérables de: ces travaux à orientations divergentes.
Elles nous ont paru dignes d'être analysées et nous nous sommes efforcés äe leur chercher un cadre de classement. ‘
Etude historique des théories invoquées pour ‘expliquer le mécanisme . du phénomène de Babinski chez l'adulte et la transformation du signe « Babinski physiologique » chez l'enfant.
IR A I SEL EE ere TES ee ne :
Voies et centres des réflexes plantaires.
Avant d'exposer les diverses théories émises pour élucider le mécanisme central du signe de Babinski chez l'enfant, nous rappellerons brièvement quelles seraient, de l'avis le plus général, les voies mises en Jeu par ce phénomène chez l'adulte.
Nous avons extrait celle étude anatomique résumée de l'article de M. le D' H. Roger, publié dans « Marseille Médical », le 15 juin 1926.
Voies périphériques.
Voies centripèles. — L'excilalion cutanée partie de la zone marginale de la plante — généralement du bord interne — emprunte les fibres du sciatique poplité interne el arrive à la moelle par les racines L' S° S".
Mais la zone réflexogène est parlois très étendue, le territoire du trijumeau lui-même ayant été, dans certains cas, le point de départ d'excilalions actives. Nous signalons le cas d'athétose double avec signe de Babinski provoqué par l'excitation de la surface cutanée de tout le corps, et présenté par MM. Guillain et Dubois à la Société de Neurologie de Paris, le 27 mai 1914 ; mêmes phénomènes observés par ces auteurs dans un cas d'hémiplégie infantile, côté hémiplégié. ;
Voies cenlrifuges. — L'ordre moteur paraît passer. par les mêmes racines que l'excitation sensitive L' S° S".:
SNEON TES
C'est en effet de ces racines que dépendent les filets du tibial antérieur, branches du sciatique poplité externe, qui inmervent l’extenseur propre du gros orteil, agent principal du phénomène des orteils, et l'extenseur
commun, qui entre surtout en jeu dans les cas d’ex-
tension de tous les orteils.
Le réflexe cutané plantaire normal semble emprunter d'ailleurs les mêmes racines L' S° S*, dont dépendent les branches du sciatique poplité interne qui innervent le fléchisseur propre du gros orteil, et Le fléchisseur commun.
C'est encore le sciatique poplité Interne qui prend une part prépondérante aux réalisations de l'éventail (interosseux, dorsaux et palmaires qu'il dessert).
Le signe de Babinski le plus caractéristique s’accompagne à la fois d'une extension du gros orteil (sciatique poplité externe) et d’une flexion des autres orteils (sciatique poplité interne).
Voies centrales
Très discutée.
Pour les uns, l'arc réflexe se limiterait à un trajet médullaire transversal des plus courts.
Pour les autres, la portion médullaire du réflexe serait beaucoup plus longue.
l'excitation sensilive remonterait, par analogie avec les autres réflexes cutanés, le long des cordons postérieurs et le long du ruban de Reil jusqu’au mésocéphale et peut-être jusqu'à l'écorce du côté opposé ; l'influx moteur descendrait, par l'intermédiaire du faisceau pyramidal, dans le cordon antérolatéral après entrecroisement bulbaire.