III. Les deux femmes de clianibrc
Que faisaient à Mme de Montespan ces petites méchancetés contre sa créature? Les deux amies n'en continuèrent pas moins à se voir, à se parler, à sortir ensemble. Peu après la présentation de Mme Scarron à Louis XIV, Mme de Montespan, fort superstitieuse, et désirant interroger l'avenir, se rendit avec la veuve du poète et Mme d'Heudicourt, nièce du maréchal d'Albret, toutes deux habillées en femmes de chauibre, chez la plus fameuse sorcière de Paris.
A leur entrée dans le cabinet de consultation, la devineresse, après les grimaces accoutumées, recula de surprise et d'effroi.
— Que vois- je 1 dit-elle, en montrant Mme Scarron. Encore un peu de temps, et votre femme de chambre sera plus grande dame que vous! Et pour vçMis, ma bonne, ajoula-t-elle en s'adressant à Mme d'Heudicourt, vous ferez aussi fortune ; mais vous strez chassée de la cour à cause de votre mauvaise langue.
Ces paroles d'une sibylle, dont l'histoire n'a pas conseivé le nom, arrachèrent bien quelques fronceraens de sourcils h la J»/ert!«7/e; mais, aveuglée, toujours comme une favorite ou comme un mari trompé, Mme de Montespan n'en aima, n'en protégea pas
moins sa créature. Et puis, des attentions, des flatteries, des cadeaux, de la part du royal amant, firent proraptement évanouir des craintes fondées sur un horoscope.