‹ Le réfractaire: romanChapitre 9 sur 32 · II. L'ini{ioHaiie et la mcrreUIe · texte numérisé non relu

II. L'ini{ioHaiie et la mcrreUIe

N'y a-t-il pas, dans la destinée des favorites, une fatalité semblable à celle qui poursuit d'ordinaire les maris trompés? N'aplanissent elles pas la route aux femmes (jui les doivent supplanter, comme (ont les maris à l'égard de leurs omit mlimet?

Bizarre coïncidence! Mme de Mentespan averfit son époux du soupçon de l'amour du roi pour elle ; elle ne lui laissa pas ignorer qu'elle n'en pouvait plus douter. Elle l'acsura qu'une fête que Louis XIV donnait était pour elle; elle le conjura de la mener dans ses terres de Guyenne, jus'iu'à ce que le roi l'eût oubliée et se fttt engagé ailleurs. Rien ne put déterminer le marquis à cet acte de prudence. Montespan fit une faute -dont il se r. penlit amèrement plus tard. Aux jours de sa haute puissance, Mme de Montespan, elle aussi, s'avisa de patroner la veuve Scarron, son amie, dont elle«vaitreçu le surnom de la Mervtille.

Après avoir sollicité longtemps, et rainement, au-

près de Lonis XIV, une pension dont son mari avait joui, Mme Scarron avait résolu de s'expatrier, d'aller élevtr en Portugal les enfans de la reine. Mais madame de Monlespan dit à sa protégée qu'il fallait rater en France.

Et alors Mme de Montespan adressa personnellement au grand roi les requêtes de la veuve Scarron, ne craignant pas de se rendre indiscrète. Un jour, elle présenta un placet en forme.

— Quoi ! s'écria Louis XIV avec humeur, encore la veuve Scarron ! N'entendrai-je jamais parler d'autre chose?

— En vérité, sire, dit Mme de Montespan, il y a longtemps que vous ne devriez plus en entendre parler; et il est étonnant que votre majesté n'ait pas encoreécouté une femme dont lesancèires se sont ruinés au service des vôtres.

A ces sollicitations vives et pressantes, le monarque ne résista pas. La protectrice triompha ; la protégée ne partit point pour Lisbonne , et reçut une penbiou. Mme Scarron alla remercier Mme de Montespan, qui voulut achever son œuvre, et qui la présenta an roi.

— Madame, dit celui-ci, s'adressant à la veuve du poète, je vous ai fait attendre longtemps ; mais vous avez tant d'amis, que j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous.

Rien de plus gracieux, rien de plus galant que ces paroles : c'était de l'eau bénite de cour quintessenciée.

Une amitié assez étroite s'établit entre les deux femmes, amitié d'autant plus sinc^e, que Mme de Montespan ne pouvait être jalouse de sa pro'égée « qui déplaisait toujours à Louis XIV », et que Mme Scarron, ne s'étant pas abusée sur les complimens du roi, connaissait parfaitement ses senlimens véritables, son antipathie prolongée.

Selon leur habitude. Us courtisans partagèrent l'avis de leur maître sur la nouvelle pensionnée ,*et s'empressèrent d'adopter cette locution charitable : — Il est aussi importun que la veuve Scarron !

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