‹ Le réfractaire: romanChapitre 11 sur 32 · IV. SI. de nontecpan · texte numérisé non relu

IV. SI. de nontecpan

Les événemens se précipitèrent. Une occasion se présenta pour Mme Scarron de prouver sa reconnaissance.

Peut être la protectrice allait-elle demander secours à sa protégée. En effet, les amours de Louis et de Mme de Montespan, dame du palais de la reine Marie-Thérèse, avaient d'abord redouté le grand jour, et le secret le plus absolu avait été gardé sur cette passion deux fois adultère.

Bientôt le mari trompé chercha à faire scandale, au risque de publier lui-même son déshonneur. Des querelles de ménage rendirent toute vie commune impossible. Le marquis reprocha à sa femme son mgratitude et ses perfidies ; celle-ci soutint que ses relations avec le roi avaient toute l'innocence de l'amitié. Indigné, Montespan leva la main sur celle que tout le monde appelait la Merveille, en déclarant qu'il était le maître, et que Louis XIV n'avait aucun droit chez lui. Juste prétention , malheureusement appuyée par des argumens indignes d'un gentilhomme.

— Il m'aime, exclama la marquise, frappez-mei, si vous l'osez !

Qu'on juge si cet aveu dut calmer l'emportement du mari outragé ! Montespan ne se connut plus ; il outragea sa femme de la main et de la voix. Cela fit du bruit, on accourut. On trouva la marquise noyée dans ses pleurs. Toute la cour se récria contre ce féroce époux.

Pour se venger, Montespan répandit partout des indiscrétions odieuses sur le compte de sa femme, dont il avait pris le grand deuil, comme si elle n'était plus, et se présenta tout habillé de noir au château.

— De qui portez-vous donc le deuil? lui demanda le roi.

— De ma femme, sire, répondit Montespan avec un respect affecté.

Louis XIV, piqué au vif, mécontent, avait tourné le dos à cet homme, qui, poussant plus loin la plaisanterie, s'était ingénié d'écrire au pape pour lui demander la permission de se remarier, avait montré sa lettre à Louvois et fait mille folies éclatantes, auxquelles Paris applaudit, parce que Paris est malin, dit Labeaumelle, et dont Versailles se rit, parce qu'elles n'étaient pas des mœurs du temps.

Ordre donné au marquis de se rendre dans ses terres.

On l'accusa, dans la suite, d'avoir reçu cent mille écus pour prix de sa femme, de son silence, et de sa lâcheté.

Le résultat de tout ceci fut la révélation du mystère dont s'enveloppaient Louis et sa Merteille. Soit i>ar faiblesse de caractère, soit par passion irrésistible, le roi, bien qu il se reprochât cette Uaison avec une femme mariée, ne cessa pas d'aimer Mme de Montespan. La favorite, de son côté, naguère si méprisante à l'endroit de Mme de Lavallière, laissait à celle-ci le titre honteux de maîtresse, et gardait potir elle seule les honneurs et les pl.nisirs.

Une intrigue conjplexe commença. Une lutte dn crime impuni, réconipeusé mtoe, contre la Tenu

modeste et faible, s'éleva, du consentement de Louis

La reine Marie-Thérèse , confiante en sa dame d'honneur, ne voyait rien, ne se doutait de rien.

Le monarque s'oublia au point de vouloir se créer deux familles, l'une légitime, l'autre légitimée, auxquelles il se proposa d'accorder des droits pareils.

Il avait fait sans doute à sa Merveille de solennelles promesses ; car celle-ci , après plusieurs années qui se passèrent sans apparences de fragilité, devint mère. La marquise, d'ailleurs, appartenait à une famille où l'on brillait plus par l'esprit que par le cœur.

Elle devait , tôt ou tard , braver la critique du monde,

• 11. Une maison & Vangîrard.

Mme de Montespan exigea, néanmoins, que la naissance de ses enfans échappât à la malignité de la cour, dût cette circonstance leur être funeste. Personne ne s'aperçut de sa position intéressante, et, comme elle était l'arbitre des modes, elle eut l'adresse d'imaginer une façon de robes, dites volantes, d'autant plus précieuses, qu'elles avantageaient moins les tailles fines.

Un premier enfant allait naître en 1669. Il fallait à la Merveille, pour élever cet enfant, une personne à la fois discrète et instruite. Mme de Thianges, sœur préférée de Mme de Montespan, se chargea de faire des ouvertures à Mme Scarron. Vivonne et Mme d'Heudicourt, dont nous avons déjà p^rlé, s'efforcèrent de combattre les scrupules manifestés par la veuve du poète, qui refusa net. Ce fut tout une affaire diplomatique. MM. de Richelieu et LouvoJs, diton, s'en mêlèrent. Enfin, cédant à des instances continuelles, Mme Scarron répondit, le 24 mars 1669, à Mme d'Heudicourt :

— « Si les enfans sont au roi, je le veux bien ; je ne me chargerais pas de ceux de Mme de Montespan. Ainsi, il faut que le roi me l'ordonne; voilà mon dernier mot. » ,

Cette réponse déplut à Louis XIV. Elle le mortifia : peut-être le monar ue ne comprenait-il pas que la sévère veuve regardait comme avilissant de ss mettre aux gages de la favorite. Que faire? Mme Scarron fut appelée à la cour ; le roi lui ordonna de se charger de l'enfant que lui remettrait Mme de Montespan, et il fut obéi.

Tout aussitôt, vaincue par la volonté royale, Mme Scarron se résolut à remplir consciencieusement sa mission, se condamna h une vie retirée, méprisa les railleries de ses aifiies, aimonça dans les sociétés qu'elle quittait le monde, et loua une maison isolée au fond du faubourg Saint-Germain. Pour écarter les soupçons, même, elle pria Mnae d'Heudicourt de lui confier sa fille.

Mme de Montespan accoucha dans une maison écartée, avec toutes les précautions imaginables. Clément, accoucheur, arriva les yeux bandés, et se douta si peu ou parut si peu se douter du père de l'enfant, qu'il se fit verser à boire par le roi qui était présent. Quand il fallut recevoir le dépôt qui lui était confié, Mme Scarron loua un fiacre dans une rue détournée, entra chez Mme de Montespan avec un mas- Sue sur le visage, prit l'enfant, le couvrit de son charpe, et remit son masque en sortant.

Mafgîé des soins éclairés et constaus, l'élève de

Mme Scarron mourut à trois ans. Elle le pleura ; ce qui fit dire au roi :

— Elle sait bien aimer, il y aurait du plaisir à être aimé d'elle.

Mais revenons à notre sujet, après avoir seulement constaté que l'antipathie du roi contre la veuve Scarron conmiençait à disparaître.

Le 31 mars 1670 un second fils était né à Mme de Montespan. Il reçut le jour à Saint-Germain. On n'osa pas introduire Mme Scarron dans lechàleau. Ce fut Lauzun, héros du libertinage, qui se chargea d'enlever le nouveau-né, qu'on n'eut pas le temps d'emmailloter, et qu'on enveloppa dans un linge. Notre gentilhomme complaisant prit l'enfant sous son manteau, et traversa l'appartement de la reine. 11 tremblait toujours que des vagi-semens ne se fissent entendre et porta son fardeau précieux dans le carrosse de Mme Scarron, restée au petit parc.

Nous demandons pardon au lecteur de pénétrer dans des détails si scabreux pour la morale : il nous fallait connaître, dès leur principe, les causes de 1 agitation qui se produisit en France à la fin du règne de Louis XIV, sous la régence, et pendant les premières années du règne de Louis XV.'Bossuet n|a pas craint, d'ailleurs, d'aller au fond de ces intrigues, et d'en parler.

Le second enfant de Mme de Montespan était Louis- Auguste de Bourbon.

Le troisième fat Louis-César.

Le quatrième fut Louise-Françoise.

Comme on le voit, Mme Scarron devint une gouvernante émérite, et sa charge ne ressembla point à une sinécure. •

Que se passât il dans la maison du faubourg Saint- Germain, qu'elle habitait? Les curieux, les indiscrets, les méchans, ne cherchèrent-ils pas à découvrir quelque chose? Les domestiques, les chevaux et les équipages, qu'on voyait chaque jour descendre ou remonter la rue de Vaugirard, ne disaient-ils pas assez la mission que remplissait la veuve du poète, pauvre et pensionnée? Colbert lui-même, assure-t-on, se rendit chez elle, et, pour la surprendre, entra sans être annoncé. Mme Scarron, à ce moment, caressait un des princes. En apeicevant le ministre, elle ne se déconcerta pas. Pour dérober l'enfant à la vue de Oolbert, elle usa d'un adroit stratagème ; elle le fit emporter comme un paquet de linge. Puis elle entama de sang froid, avec ce curieux visiteur, une longue conversation.

El Colbert sortit, ignorant ou feignant d'ignorer ce qui se passait.

Jamais une vie ne fut plus mystérieuse que celle de Mme Scarron à cette époque. « Je montais à l'é- » chelle, dit-elle dans ses Entretiens, pour faire » l'ouvrage des tapissiers et des ouvriers, parce qu'il » ne fallait pas qu'ils entrassent; les nourrices ne » mettaient la main à rien, de peur d'être fatiguées » et que leur lait ne fût moins bon. J'allais souvent » de l'une à l'autre, à pied, déguisée, portant sous » mon bras du linge, de la viande ; ou je passais » qufclquelois les nuits chez l'un de ces enfans ma- » lades, dans une petite maison hors de Paris. Je » rentrais chez moi le malin par une porte de der- » rière ; et, après m'être habillée, je montais en car- » rosse par celle de devant, pour aller à l'hôtel » d'Albret ou de Richelieu, afin que ma société or- » dinaire ne sût pas seulement quo j'avais un secret » à garder. On le sut : de crainte qu'on le pénélr&t, » je me faisais saigner de peur de rougir. »

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