‹ Le réfractaire: romanChapitre 14 sur 32 · X. Le camp des dévots · texte numérisé non relu

X. Le camp des dévots

Pendant quelque temps, à la suite de sermons prêches devant Louis XIV, la lutte entre la Merveille et Mme de Maintenon s'envenima à un point que l'on nesauraitdire.il existait, parmi les courtisans, deux camps opposés. Dans l'un se trouvaient les partisans de la sagesse, les hommes qui désiraient <»rdemment voir Louis cesser des écarts scandaleux; on l'appela le camp des dévots. Dans l'autre se retranchaient les amis de la tolérance et les défenseurs du plaisir.

La victoire resta au premier.

De ]h, l'élévation d'une foule d'homme*, considérables d'ailleurs, on tôle desquels M. du Main* ; de là, la fortune rapide de toutes les créatures de Mme de Maintenon.

Au nombre de ces créatures, on citait : L'épais de Monlchevreuil, fort honnête homme du reste, modeste et brave, qui reçut le gouvernement de Saint-Germain-en-Laye, fut attaché à M. du Maine, et devint chevalier du Saint-Esprit; ^ Mme de Montchevreuil, grande, maigre, jaune,

aui riait niais, et montrait de longues et vilaines ents ; dévote à outrance, .d'un maintien composé, et à qui il ne manquait que la baguette pour être une fée parfaite (c'est Saint Simon qui l'a peinte); femme ordinaire, devant laquelle les ministres, les filles du roi même tremblaient ; ombre éternelle de Mme de Maintenon, toujours fixée à ses côtés ;

M. et Mme d'Heudicourt, et surtout leur fille, élevée en même temps** dans la même maison que le légitimé : celle-ci mariée bientôt par Mme de Maintenon à un certain gentilhomme auvergnat nommé Cordebœuf de Montgon, et devenue dame du palais, dtotre le gré de tous ; femme laide, qui brillait d'esprit, de grâce, de gentillesse; plaisante, amusante au possible, méchante à l'avenant (reconnaissez encore le pinceau de Saint-Simon); Charaillard, qui n'était encore que conseiller au

SarWnient , mais qui, très fort au billard, jeu favori u roi, n'allait pas tarder à devenir contrôleur-général des finances, puis ministre delà guerre, pour être enfin honteusement disgracié, et accablé sous cette épitapbe célèbre :

Ci-gît le fameux Chamillard, De son roi le protonoiaire, Qui fut UD héros au billard, Un zéro dans le mioisière.

A cette galerie, nécessairement incomplète, des créatures de Mme de Maintenon, il faut ajouter le médecin Fagon, le duc d'Harcourt, le chancelier Voisin, l'abbé Dangeau, l'abbé Gobelin, etc., etc.

— Quant au maçon Barbé, l'astrologue, on ne l'oublia pas. On le lit cherclier. Il était mort ! Le bien dont la reconnaissante veuve voulait le combler rejaillit sur ses enfans.

XI< Fortune de la gouvernante et de l'vléie..^

Devant ce cortège imposant des dévots, madame de Monlespan, perdue, reniée, sans prépondérance désormais, n'avait plus qu'à se retirer dans une retraite, qu'à imiter Lavallière.

Qui chargea-t-on du soin délicat de le lui faire comprendre? Un homme qui allait par là commencer, quoique très jeune encore, une longue série de rôles passifs : le légitimé.

M. du Maine, en effet, essaya de persuader à sa mère qu'elle n'aurait plus de considération et serait méprisée de toute la cour si l'amour du roi cessait. Il lui conseilla même de s'éloigner, l'assurant qu'on la rappellerait. Mme de Montespan partit, se rendit à Paris, .écrivit à Louis qu'elle ne l'eviendrait pas. Et M. du Maine de faire transporter bien vite tous les effets de sa mère, sans son ordre, sans l'en avertir ; de faire jeter tous les meubles par ki fenêtre, pour qu'elle ne reparût pas à Versailles 1

C'est que le duc appartenait plus de cœur à Mme de Maintenon qui 1 avait élew, merveilleusement soigné, qu'à Mme de Moutespan, qui avait toujours été pour lui indifférente cl froide.

H se rappel» que 1 première lui i rait dit souvent :

— Quand vous serez grand, vous ne vous souviendrez plus de moi.

Il voulut prouver le contraire, et bientôt il s'établit, entre la gouvernante et l'élève, un échange mutuel d'excellens procédés. A mesure que Mme de Maintenon gagna de l'empire sur l'àme du roi, la tendresse de celui-ci pour M. du Maine augmenta. Il est vrai que le légitimé avait un beau visage et beaucoup a'esprit de conversation.

Pour lui les faveurs se succédèrent. Le \ " février 1674, il reçut la charge de colonel général des Suisses et Grisons. En jum 1682, il devint gouverneur du Languedoc; en juin 1686, chevalier des ordres du roi ; en septembre 1688, général des galères.

Il fit sa première campagne avec le dauphin, au siège de Philibbourg et à la prise de Manlieim; ik se distingua à la bataille de Fleurns, où il eut un cheval tué sous lui, à Namur et à Steiiikerque.

Un peu de gloire sert beaucoup à un homme qui possède l'amitié d'un roi 1

M. du Maine et Mme de Maintenon grandissaient ensemble eu fortune et en pouvoir. La cour et la ville en parlaient , des écrits circulaient, des placards étaient affichés. On s'avisa de distribuer ce petit billet :

« Le sceptre s'est trouvé sur la toilette d'une hj'pocrite, et la main de justice dans la manche d'un jésuite. » •' .

Au plus fort de ces intrigues, la reine Marie-Thérèse était morte en 1G83. -Deax oraisons funèbres avaient été prononcées sur sa tombe : l'une, très longue er très pompeuse, parBossuet; l'autre, très courte et très simple, par Louis XIV, qui pleura sa femme, et dit :

— Voilà le seul chagrin qu'elle m'ait jamais donné ! Le temps des amours aiullères était passé; et,

ponrlant, avec un cœur prompt à la tentât on comme celui du roi, il y avait encore tout à craindre. Il entrait à peine dans sa quarante-cinquième année. La maréchale de NoailUs était si persuadée de la nécessité d'un second mariage, qu'elle dit à plusieurs personnes, notamment au président Hénaut :

— Il faut se presser de marier convenablement cet homme-là, sans quoi il épousera peut-être la première blancliisscube qui lui plaira.

Remarquons-le bien, car, en cour^ aucun motspi rituel ne se produit sans but et ne reste sans eflet. La maréchale de Noai lies avait Mme de Maintenon peur amie, était parente de cette présidente de Tambonneau si méchamment chansonnée autrefois dans un couplet dû à la collaboration do Mme de Montespan et de Louis XIV.

Une seconde épouse était toute trouvée pour le roi veuf, depuis longtemps épris d'une femme supérieure. Le dauphin, duc de Bourgogne, chet-né des princes légitimes, hasnrda queltiues représentations à son père.

Mais M. du Maine, pour neutraliser l'action du dauphin sur Louis XIV, avait été enseigné à dire, et répétait sans cesse devant le roi, que, quoique dans l'ùge des passionf, il aimerait mieux mourir que de prendre une maif^ esse [

Entendant un soir parler ainsi sou cher lègilimi, Louis s'écria :

— Vous ne connaîtrez donc jamais de femme, car vous no pouvez espérer de vous marier, votre naissance ne vous le j)ermellant p;»s.

— Je m'y conformerai, sire, répondit M. ilu Maine, et j'olh irai à Dieu les privations que je m'imposerai.

Malgré l'avis du dauphin, suivant les conseils du légitimé, le grand roi préféra une alliance ridicule (plusieurs la qualifiaient ainsi) à une nouvelle liaison réprouvée par la morale.

Mme de Maintenon, sur la fin do l'année 4685, s'unit secrètement à Louis, et reçut la bénédiction nupliale des mains de l'archevêque de Paris, Harlay de Champ -Vallon. Mariage longtemps problématique pour les courtisans ! Mille indices en témoignaient, Dieu que le roi ne donnât à son épouse que le nom de Madame. Sans doute il l'honorait autant que si elle eût été sur le trône ; mais, elle, toujours renfermée dans son appartement, occupée à des lectures, ou travaillant à des ouvrages de main, ne recevait presque personne.

Haine mortelle de Mme de Maintenon contre monseigneur le dauphin, dont elle avait reçu le surnom de ma belle-mère burlesque ! Réciprocité complète de la part de l'héritier légitime du trône. De Meudon, qu'habitait le dauphin, partaient à chaque instant des pamphlets, des quolibets, des satires contre le ménage royal. Dans une pièce de vers, on faisait dire à la reine secrète :

Que l'EterDcl est grand! que sa maia est puissante! Il a comblé de biens mes pénibles travaux : Je naquis demoiselle et je devins servante; Je lavai la vaisselle et souffris mille maux.

Et plus loin :

Lorsqu'un héros me crut encor propre aux-plaisir», Il me parla d'amour : je fis la Madeleine.

Pour venger sa femme devant Dieu, il n'y eut pas de charmantes choses que Louis XIV ne lu jprodiguàt. Outre une froideur marquée envers le dauphin, le monarque affectait une tendresse inépuisable à l'égard de Madame, à qui, parfois, il écrivait des lettrts d'un style tendre et du dernier galant. En voici le modèle authentique :

A madame de Maintenon.

AvriH691.

0 Je profite de l'occasion du départ de Montchevreuil pour vous assurer d'une vérité qui me plaît trop pour me lasser de vous la dire ; c'est que je vous chéris toujours, et que je vous considère à un point que je ne puis exprimer , et qu'enfin quelque amitié que vous ayez pour moi, j'en ai encore plus pour vous, étant de tout mon cœur tout à fait à vous. Louis. »

Reine sans titre officiel, la veuve Scarron vit la prédiction du maçon Barbé s'accomplir dans toussf s détails. Elle ne possédait que sa terre, son marquisat, et une pension de quarante-huit mille livres.

— Mais, madame, vous n'avez rien à vous, lui disait Eoiveiit Louis XIV.

— Sire, répondait -elle, il ne vous est pas permis de me rien donner.

M. du Maine, au contraire, cumula de plus en plus les honneurs et les richesses. Son père lui accordait tout ce qu'il désirait. Il souhaita avoir un équipage de chasse : le roi lui donna dix mille écus pour le mettre sur pied, ordonnança dix mille éciis par an pour l'entretenir ; le chevalier d'Aunay commanda l'équipage, et reçut pour cela mille écus d'appointemeiis. MlledeMonlpensier, qui travaillait à rélargisbement de son cher Lauzun emprisonné, avait cherché à alleudrir Louis XIV, à obtenir de

lui le pardon du gentilhomme gascon, en instituant M. du Maine son héritier pour la princibauté de Dombes, le duché d'Aumale et le comté d'Eu.

Ce véritable enfant gâté ne quittait pas Mme de Maintenon : dans une représentation des Quatre saisons de l'année, ils s'associèrent pour représenter l'Hiver. La marquise traitait son élève comme un prodige. Comment les flatteurs auraient-ils manqué à M. du Maine, — que Mme de Maintenon soutenait deux fois, par amitié, et par amour-propre? — J'avoue, écrivait-elle au duc de Richelieu, que j'aime le duc du Maine à la folie !

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