‹ Le réfractaire: romanChapitre 15 sur 32 · XII. Fort en thème · texte numérisé non relu

XII. Fort en thème

En vérité, jamais une éducation ne fut plus habilement dirigée que celle du légitimé. Il eut des précepteurs de toutes sortes, entre autres Chevreau et Malézieu ; il se forma au contact des ifiustrations de l'époque. Le bon La Fontaine, qui avait déclaré o ne vouloir bâtir des temples que pour madame de Montespan, » dédia à M. du Maine une fable intitulée : Les dieux voulant instruire un filt de Jupiter, qui commence ainsi :

Jupiter eut un fils qui, se sentant du lieu

Dont il tirait son origine,

Avait fâme toute divine.

L'enfance n'aime rien : celle du jeune dieu

Faisait sa principale affaire Des doux soins d'aimer et de plaire, etc.

L'dme toute divine de M. du Maine attirait à lui des admirateurs , et, sans doute pour prouver réellement que le légitimé était un fils de Jupiter instruit par (es dieux, madame de Maintenon avait fait imprimer, en 1677, le recueil de ses thèmes, sous ce titre: OEuvre d'un jeune tnfantquin'a pas encore sept ans. Les courtisans ne manquèrent pas de lire ces thèmes et de les trouver magnifiques, inimitables, sublimes 1

Ainsi , M. du Maine était un aigle en thème !

Une question s'agita dans le for intérieur des personnages importans de la cour : — M. du Maine a-t-il ou n'a-til pas beaucoup d'esprit?

Les uns, Saint-Simon surtout, se décidèrent pour l'absence des facultés de l'esprit, les autres accordèrent au prince un bon sens remarquable ; d'autres, enfin, vantèrent sa douceur, sa jovialité et ses bons mots.

De fait, M. du Maine possédait d'immenses qualités, une instruction soliae, un caractère soumis. C'était un homme bien élevé, propre à tout, sans être supérieur en rien, vrai fils de prince, capable de conserver des positions acquises par droit de naissance, mais incapable d'en acquérir par droit de talent. D'un tempérament calme, d'une nature aimante, sage par principes et par habitude, assez brave pour qu'on n'osât pas plaisanter sur §a prudence, assez prudent pour qu'on ne redoutât pas les éclats de sa bravoure, — il devait nécessairement être un mari modèle, faire le bonheur d'une femme.

A l'âge requis pour ce grand acte qu'on nomme le mariage, M. du Maine fit connaître son intention « d'allumer les flambeaux de l'hyménée. » Son père essaya de l'en dissuader jjar tous les moyens possibles, et s'appuya même sur une raison peu agréable au légitimé. Le roi dit franchement ^ son fils « que

ce n'était pas à des espaces comme lui à faire lignée.» Mais le légitimé avait, peu d'années auparavant, manifesté ses opinions sur les liaisons illicites. Ou n'a pas oublié la conversation qui eut lieu entre M. du Maine d Louis, à l'occasion des projets formes par ce dernier pour élever jusqu'à lui la gouvernante.

Eu cette occasion, comme toujours, Mme de Maintenon intervint, donna gain de cause à son ancien élève, et parvint à modifier l'opinion du monarque. A qui allait s'unir un prince que tout le monde chérissait ou enviait? Quelle heureuse princesse deviendrait, par une telle union, la belle-fille de Louis XIV? Les ambitions s'émurent. Il y avait,, dans le mariage du Icgiiimé, de quoi brouiller la moitié des courtisans avec l'autre moitié.

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