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XV. Les esfropiats brod^ d'or

Le luxe des meubles, des appartemens et des costumes, était indispensable à la cour de Louis XIV, • il donnait un peu de charme à la réunion, dans les grands ou petits appartemens, de plusieurs princes pour qui la nature avait été une marâtre.

Sous d'immenses perruques disparaissaient les vices de la tête, comme, sous Louis XV, les paniers prêtèrent secours aux tailles mal faites. Quiconque ne se montrait pas magnifique était sûr de déplaire au monarque. ClIuI qui avait de beaux chevaux lui devenait agréable; celui qui avait demandé, qui avait obtenu la permission de bâtir un hôtel à Versailles ou à Fontainebleau, prenait large place en son cœur.

C'est que rarement on vit rassemblés, au Louvre, ou à Marly, ou à Versailles, tant de personnages malheureux sous le rapport physique. Les incurables s'y étaient donné rendez-vous. Et cela prêtait à lire au peuple, qui souffrait, lui, de la famine et do la misère, qui, faute de pain, se nourrissait de caricatures, viande creuse, mais si agréable au goiit !

Représentez-vous Marie -Thérèse d'Autriche, première femme du grand roi, maigre, sèche et fort petite ! Ses ridicults la donnaient en spectacle : elle avait toujours peur, à table, qu'on ne lui laissât pas de quoi dîner. Etrange crainte chez une reine 1 En mourant, elle avait dit :

— Voilà le seul jour heureux de ma vie!

Ses dents étaient noires et cassées, — parce qu'elle prenait sans cesse du chocolat, selon la mode d'Espagne, prétendaient les uns, — parce qu'elle mangeait souvent de l'ail, assure la Palatine.

Henriette d'Angleterre pétillait d'esprit; mais le sort l'avait marquée au B : bossue !

La Yallière, comme tout le monde sait, boitait un peu.

La duchesse de Berry mettait beaucoup de rouge

{lour cacher les marques que la petite vérole lui avait aissées sur les jout s.

La duchesse d'Orléans, femme de Philippe, régent, tombait à tout Instant eu délaillance; au bout de deux pas, venait pour elle la fatigue. Elle s'était habituée à boire et a manger couchée.

Le duc de Bourgogne, dont les qualités promettaient un excellent roi, avait une épaule plus haute que l'autre, et la princesse de Savoie, sa femme, qui, par sa malice et ses espiègleries, faisait les déhcesde fa cour, ne possédait pas une seule dent saine dans la bouche.

Enfin, Henri de Bourbon était borgne, la duchesse du Maine manchote, le duc du Maine buitcux.

Et Louis XIV?... le moindre de ses défauts était une prononciation vicieuse : il appuyait un peu la langue contre les dents supérieures en parlant, et quand il voulait dire Paris, il disaii Pahis. Du reste, souvent malade, il souffrit en 1G86 d'une fistule, heureusement opérée, après avoir mis la cour et la

ville en émoi, ce qui inspira à JIme Tallemant ces quatre vers dont elle gratifia Mlle de Scudéry : .

Avec fort peu de biens, moins encor de jeunesse, Avec une famille aussi pauvre que moi, Je ne demande à Dieu ni grandeur ni richesse; Je suis assez contente : il a sauvé le roi !

On reprochait à Louis XIV d'être trop petit, d'avoir trop d'embonpcHnt, de rester longtemps la bouche ouverte. Il mangeaitextraordinairement. — On vit le roi engloutir, et cela très souvent, quatre assiettes de différentes soupes, un faisan tout entier, une perdrix, une grande assiette pleine de salade, du mouton coupé dans son jus avec de l'ail, deux bons morceaux de jambon, une assiette pleine de pâtisserie, et du fruit et d?s confitures.

Cet appétit vorace , presq'je toujours satisfait , donnait à Louis XIV une répltHion que combattaient des saignées et des purgations fréquentes , tantôt par nécessité, tantôt par précaution.

Sous un monarque jeune, toutes ces physionomies pouvaient encore se supporter. Il suffisait d'astreindre les courtisans à un uniforme rigoureux, grâce auquel les détails désagréables s'effaceraient, pour ne plus constituer qu'un bel ensemble extérieur. L'uniforme, à la cour, c'est l'étiquette. Marquant à chacun ses devoirs, ses droits, ses pas, ses démarches, ses saluts officiels, elle établit une harmonie parfaite parmi les seigneurs qui entourent le trône, depuis la plus ébourifl'anle laideur jusqu'à la plus irréprochable beauté, depuis un duc de Roqueiaure jusqu'à une Ninon de l'Enclos.

En maître absolu, Louis XIV, qui comprenait ces vérités, avait promulgué une espèce de code du cérémonial, et sa loi, ponctuellement observée, contribuait à embellir un peu le défectueux assemblage du palais.

Les hommes avaient obéi avec empressement. L'étiquette régnait et gouvernait. Le moindre désir du prince, en fait de costume d'usage, de révérence, se réalisait aussitôt. Et quelle rigueur dans les cérémonies de la cour! Dès que le monarque avait ouvert les yeux, commençaient les salamalecs; même après qu'il était endormi, ils continuaient.

3i.\1. Exemples t La barbe et la eoniiuanî»n du roi. — Révérences. — Les coilliu-cs de dames.

Laissons ici parler le code de l'ëliquette.

« De deux jours l'un, dit l'Etal de la France, c'est jour de barbe, c'esi-à-dire que le roi se fait raser.

» Les deux barbiers de quartier rasent alleruativeraeul de deux jours l'un, et celui qui ne rase point apprête les eaux et tient le bassin. Celui qui est de jour pour raser Sa Majesté met le linge de barbe au roi, le lave avec la savonnette, le rase, le lave, après qu'il est rasé, avec une éponge douce, d'eau mêlée d'esprit de vm, et enfin avec de l'eau pure. Pendant tout le temps qu'on rase le roi, le premier valet de chambre lient le miroir devant Sa Majeté avec le peigne à moustache.

)> Aux communions du roi, le chef de panneteriebouche pose son tablier ou nappe en présence de S. M., sur le siège pliant qui est mis au bas de l'autel ; puis cette nappe est étalée par le» deux clercs de chapelle. Le chef d'échansonnerie- bouche ayant, au moment de la communion, versé un peu de via

dans une coupe qui est sur la soucoupe, duquel il fait l'essai, met cette coupe entre les mains du premier maître d'hifitel, de qui le célébrant, qui vient de communier k roi, la reçoit et la présente à S. M., qui en prend quelques gouttes. Dans ce même temps, le prince du sang ou légilimé, ou bien le premier maître d'hôtel, en son absence, qui a reçu du chet de panneterie-bouche, sur une assiette d'or, une serviette frisée , la présente au roi, qui s'eh essuie les lèvres, si bon lui semble.

tt Un maître d'hôtel, en l'absence du premier maître d hôtel ordinaire, présenterait cette serviette à Sa Majesté, ou, eu l'absence des officiers ci-dessus, les chefs, de gobelet la présenteraient eux-mêmes.

» Le roi, ayant communié, «oMcAe ordinairement Us maladet. Trois chefs du gobelet se trouventau dernier rang des malades, avec trois serviettes mouillées, différentes, mises entre deux assiettes d'or, pour en laver les mains de Sa Majesté, qui vient de toucher les malades. Ces chefs du gobelet présentent aux princes du sang ou légitimés ces trois serviettes en cet ordre : la première, trempée de vinaigre, au plus quaUûé des princes du sang; la seconde, mouillée d'eau simple, à un autre piince du sang ; et la troisième, trempée d'eau de fleur d'orange, à un autre prince. »

A telle heure, heure précise, un gentilhomme doit arriver au lever de sa majesté, pour assister à la ckemiàt.

Tel grand personnage doit être initié à l'art d'offrir le verre à Louis XW ; il doit savoir combien de pas l'étiquette lui permet de faire dans la chambre du Ut, quand et comment il peut parler, etc., etc.

Lorsque le roi mang^ son petit dîner, lorsqu'il y a

Î)e lit couvert, c'est un prince du sang ou légitimé qui ui offre la serviette mouillée à laver; les princesses du sang ou légilimèes ont seules le droit d'être servies eu public par les olliciers du gobelet ; les princes du sang ou légitimés présentent la médecine au roi indisposé, etc., etc.

Les femmes se soumettaient moins aveuglément fjue les hommes au code, dont un article portait : « Quand les grandes dames, surtout les princesses du sang, passent dans la chambre du roy, elles font une grande révérence au lit de sa majesté. »

Elles voulaient échapper à la révérence ; elles tenaient quelquefois tête aux volontés de Louis XIV. Dépité, un jour il s'écria :

— J'avoue que je suis piqué au vif, quand je vois qu'avec toute mon autorité de roi en ce pays-ci, j'ai eu beau crier contre les coiffures trop hautes, personne n'a eu pour moi la complaisance d'abaisser nn peu là sienne. Arrive une inconnue, une petite guenille d'Angleterre (Henriette), avec une coiffure basse : tout à coup les princesses vont d'une extrémité à l'autre !

Ainsi, devenez donc le soleil des monarques ! obtenez le nom de grand roi 1 avec un fouet malez votre parU-mont I ayez des flatteurs qui vous décernent les titres de Mars, d'Apollon et de Jupiter ! possédez tous les pouvoirs !' vous n'acquerrez pas le droit de dire absolument : La mode, c est moi ! Les femmes s'opposeront toujours à une pareille usurpation.

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