‹ Le réfractaire: romanChapitre 20 sur 32 · XX. — M. dn Maine an Parlement · texte numérisé non relu

XX. — M. dn Maine an Parlement

Toute l'ambition de Madame fut de doref l'avenir à son cher élève le duc du Maine.

On reconnut toujours la main qui guidait !e légitimé : c'était la main de son ancienne gouvernante. On reconnut toujours l'esprit qui lui indiquait la conduite à tf nir : c'était l'esprit d; sa jeune femme.

Dès le mQJs de mai 1691, le bruit courut qu'on allait faire revivre, en faveur de M. du Maine, la pairie du comte d'Eu, l'une des plus vieilles du royaume ; que le roi allait signer une déclaration encore plus favorable à son fils que celle dont Henri IV avait autrefois gratifié César de Vendôme, fils de Gabrielle d'Estrées; que le légitimé, enfin. précéderait, au parlement, tous les pairs ecclésiastiques et laïques. •

A ce bruit, la cour et la ville s'émetivcnt au plus haut point. Parmi les princes du sang li'gitimes, les pairs et les archevêques, des récalcitrans se montrent en grand nombre. Chacun dé défendre ses prérogatives ; chacun de s'irriter, chacun d'annoncer ses prétentions, chacun de manifester sa mauvaise humeur.

On se met en campagne. Certes, le légitimé xà trop loin ! Il abuse de la faiblesse que son père a pour lui! Conçoit-on cela? Il ose se porter l'égal des princes légitimes, lui, qui a épousé non une véritable princesse du sang, mais une poupée du sang !

Mme du JMaine, Madame, et le roi lui-même traitent sérieusement la question pendante au tribunal des courtisans.

On s'accorde d'abord en ceci que le légitimé aura beaucoup des traitemens qu'on fait aux princes du sfing, mais qu'en bien des choses aussi il ne sera traité que comme pair, prêtera le serment ordinaire, et ne passera point dans le parquet du parlement; que le premier président, en lui demandant son avis, le traitera de comte d'Eu.

C'est par là qu'on distinguera entre lui et les princes du sang qu'on ne nomme par aucune qualité.

Mais, en revanche, les traitemens de prince du sangqu'on lui fera seront positifs : le premier président le haranguera au nom du parlement, et lui ôtera ton chapeau lorsqu'il lui demandera son avis.

Il est bien entendu que M. du Maine, avant d'être reçu, ira voir le premier président, tous lesprésidens à mortier, les avocats-généraux, le procureur-général, le doyen du parlement et le rapporteur; mais il les fera avertir avant sa visite. Il n'ira voir aucun des ducs.

Cela posé, les intrigues redoublent pendant trois jours. 1

La réception était fixée au samedi 8 mai 1604, et, le jeudi 6, la paix n'était point encore faite entre le légitimé et les légitime*, entre le duc du Maine et les pairs.

Louis XIV ne dédaigna pas de parler personnellement à l'archevêque de Reims, de lui apprendrequel rang il voulait que son fils eût au parlement. Celuici, obéissant aux volontés royales, répondit qu'd se trouverait honoré de passer après M. du Maine.

Si sagement, si honnêtement pirlal'archevêviuc de Reims, que le roi fut très content de lui.

L'archevêque alla chez le légitimé pour lui confirmer ses réponses à Louis XIV.

Tant de condescendance attira à l'archevêque la confiance de Louis XIV, qui le chargea d une mission importante , — celle d'avertir tous les autres ducs que le meilleur moyen pour eux de devenir agréables à sa majesté serait de se trouver au Parlement, te samedi, jour fixé pour la réception.

Louis XIV avait parlé. Alors, les courtisans se plaignirent de l'archevêque de Reims , et prétendirent que celui-ci avait voulu se donner tout le mérite de l'obéissance en cette occasion.

Dans un entretien avec le roi, les trois princes du sang promirent de se trouver à la réception.

ÎI. du Maine vint à Paris, le lendemain, 7 mai, faire les visites d'usage.

11 était décidé que son frère, le comte de Tou- - louse, prendrait le même rang que lui, quand il aurait uns pairie, et que ses enfans mâles jouiraient des mêmes prérogatives, aussitôt qu'Us auraient une pairie.

Il eu avait coûté beaucoup de peine à Mme de Ma in tenon et au roi pour régler cette affaire de préséance. Les légitimés l'emportant, leur prépondérance à la cour était doublée.

Au jour convenu, le samedi, séance solennelle au parlement , où se trouvèrent tous les pairs qui étaient à Paris, à Versailles, ou à Marly. Deux membres seulement protestaient par leur absence : les ducs de Rohan et de la Force.

Dans une harangue spéciale, le premier préaident rendit hommage atix vertus des légitimés.

Puis, M. du Maine prêta serment, et le premier président dit :

— M. le comte d'Eu, pair de France, allez prendre votre place entre M. le prince de Gonti et M. l'archevêque -duc de Reims.

Tout ce qui eut lieu pour cette réception du fds de Louis XIV au parlement donna des idées au duc de Vendôme, pelittils de César de Vendôme, légitimé par Henri IV.

Dix jouis de discussions, de luttes entre les courtisans, aboutirent à faire décider que M. le duc de Vendôme, lui aussi, prendrait rang au parlement devant tous les pairs, même les ecclésiastiques, et marcherait après M. du Maine.

. En vérité, les légitimés de toutes familles étaient maintenant plus en faveur que les légitimes.

XSl. Sanglant affront.

Quand M. du Maine passait en carrosse au milieu de la foule, il produisait un grand effet. Le peuple voyait en lui le chéri de Louis XIV, un prince jeune encore, h l'air aimable, qui paraissait exempt de cette sévérité que les dévuls niellaient à la mode.

Outre sa foi tune particulière, M. du Maine avait pour iippoinicmens ordinaires et (xlraordinaires de colonel-général des Suisses, et pour l'entretènement <le douze hallebardiers servant près de sa personne, la somme ronde de six mille ceal-soixante-qiiatjrze livres par mois, — six mille livres pour lui, (luatorie livres dix sols par mois à cliacuu di:s hallebardiers, ce qui faisait soixante-quatorze mille quali'e-viugthuit livres par ajt.

A une grande richesse il joignait une noblesse do premier choix. Son blason n'avait que pou ou point de pareils. Il portait de France à bâton do gueules peu en barret pour brisure. L'écu accolé et entouré

des colliers des ordres du roy, la couronne d'or rehaussée de huit fleurs de lys de même; le tout posé sur un manteau ducal ; deux canons acculés et montés sur leurs affûts étaieixt posés au-dessous de ses armes, pour marquer de sa charge de grand-maître de l'artillerie de France ; et pour celle de colonelgénéral des Suisses, il avait six drapeaux déployés, la pointe terminée en fleurs de lys, et les bâtons passés en sautoir derrière le tour de ses armes.

M. et Mme du Maine dépassèrent en luxe ce que la cour avait de plus brillant, et, à ce propos encore, ils eurent des envieux, des ennemis, ftlme du Maine effaçait toutes les princesses par ses magnifiques diamans ; M. du Maine, avec son équipage de chasse, faisait le désespoir des hommes de cour. Entre lui et M. de La Rochefoucauld s'éleva une lutte implacable d'amour-propre, — pour leurs meutes de chiens 1

Les prétentions des légitimés n'avaient pas tardé à prendre un caractère politique.

Un mercredi, le 22 décembre 1694, l'ambassadeur de Veni-"^^ se rendit à l'Arsenal, à Paris, chez le comte de Toulouse. L'ambassadeur voulait, par cette avance, plaire à Louis XIV. Après cette visite, il se proposa d'aller et alla chez M. du Maine. Celui-ci, en personnage important qu'il était, ne s'abaissa pas jusqu'à descendre l'escalier pour recevoir le Vénitien.

Là-dessus, grand débat, appel aux lois de l'étiquette.

Prière à l'ambassadeur d'attendre un moment M. du Maine.

L'ambassadeur se formalisa, s'éloigna sur-lechamp et ne revint pas.

Dans 1 orgueil du légitimé il entrait déjà, comraeon le voit, beaucoup d'ambition. Non-seulement le duc et la duchesse du Maine voulaient traiter d'égal à égal avec les trois princes légitimes du sang , mais ils poursuivaient une idée fixe, celle de leur devenir supérieurs, soit en attirant auprès d'eux une cour de beaux-esprits, soit en essayant d'acquérir une popularité formidable.

Blessés jusqu'au fond du cœur, les légitimes n'eurent point de paroles assez méprisantes pour M. du Maine. Monseigneur le dauphin traduisit son mécontentement en action, aux visites du jour de l'an

L'usage et l'étiquette voulaient que lorsqu'un prince du sang venait saluer 1 héritier présomptif du trône, l'huissier de la chambre ouvrît la porte à deux battans.

Monseigneur ordonna que si U. du Maine se présentait chez lui, fùt-il même en compagnie de princes ou princesses, on ne le laissât point entrer avec eux, et qu'on ne l'introduiMt que quand les battans seraient refermés. »

Par un raffinement de méchanceté, et pour prouver au roi, d'a\lleurs, qu'il ne méprisait pas sa déclaration, mais qu'il n'agissait ainsi que dans le but d'humilier persounellenient U. du Maine, Monseigneur le dauphin n'étendit point son ordre au eomle de Toulouse.

Or, M. du Maine reçut en plein l'affront. Quoiqu'il donnât la main à la duchesse de Chartres, sa sœur, • il se vit refuser l'konneur des deux battans dt la P'irtt, qui furent ouverts, peu d'instans après, en ta présence, au comte da Toulouse, son frère.

Cet acte brutal du dauphin criait vengeance. L'of- Icnsé porta plainte à sou amie, à sa confidente, à sa seconde mèi'c, Mme de Maintenon. Celle-ci ressentit, pour moitié, l'affront dévoré par M. du Maine. Elle

en parla avec feu au roi, le priant d'en reparler au dauphin.

— Vous aurez beau faire , madame , répondit Louis XIV, je ne me mêlerai point de ces querelles ; et si vous aimez sincèrement M. du Maine, vous devez craindre de le mettre aux prises avec Monseigneur, qui doit un jour être son maître.

Sa Raison, ta Solidité n'insista pas ; mais elle se détermina à tout entreprendre pour assurer l'indépendance et la grandeur de son élève.

XXn. Deox infatigables soUlcitears.

A quelques mois de là, le troisième légitimé, comte de Toulouse, amiral depuis l'âge de cinq ans, reçut de Louis XIV le gouvernement de Bretagne, — nouvelle faveur qui inspirait un peu de jalousie à Mme du Maine. Les deux frères de légitimation JBrent, en quelque sorte,* scission. Autant l'aîné inspirait de la défiance à cause des projets que nourrissait sa femme, autant le jeune plaisait aux légitimes par la douceur de son caractère, par son manque absolu d'ambition.

• Sobieski, roi de Pologne, mourut le 17 juin 1696. Mme du Maine savait que Louis aspirait à mettre un prince de son sang sur le trône des Jagellons.

M. de Toulouse venait d'obtenir une province, M. du Maine pouvait bien obtenir un royaume !

Mme de MaintenoRj à l'instigation de la petitefille du grand Condé, continua son rôle de solliciteuse auprès de Louis XIV. Elle tâcha de persuader au monarque qu'il devait se servir de souintluence sans seconde en Europe pour donner une couronne à M. du Maine.

— Vos enfans légitimés, lui dit-elle, auraient, par ce moyen, un port assuré, s'ils avaient le malheur de vous perdre. Vous savez que Monseigneur ne les aime point; qu'il voit avec colère les titres et les charges dont ils sont revêtus ; et Monseigneur, vous mort, ne respecterait en rien vos volontés, puisque, de votre vivant, il s'y montre si opposé.

Ces démarches ne réussirent qu^fc augmenter la mésintelligence qui existait entre le dauphin et le légitimé.

Le prince de Conti, proclamé roi de Pologne le 27 juin 1697, ne jouit pas même de sa royauté, car l'électeur de Saxe, aussi proclamé, ayant moins de chemin à parcourir que le prince de Conti pour se rendre à Varsovie, l'emporta sur son concurrent français.

Comme elles n'avaient pu faire un roi du légitimé, mesdames du Maine et de Maintenon ne visèrent plus, bientôt, qu'à le porter à la grande-maîtrise de l'ordre de Malte, devenue vacante, en cette même année, par la mort d'Alof de Vignacourt.

Sans se préoccuper des obstacles qui s'élevaient encore à rencontre de son projet, Mme de Maintenon implora Louis XIV, pour qu'il lit créer le légitimé grand maître de Malte.

Par malheur, M. du Maiue n'était pas seulement simple chevalier. Les statuts de l'ordre s'opposaient à son élection.

Désolée, presque furieuse d'échouer ainsi continuellement, sa Raison, sa Solidtté, perdit un peu de son calme oi'dinaire. Elle s'écria :

— Ce ne sera donc que pour le duc du Maine seul que votre majesté ne jtourra rien faire, sire, et de tous vos enfans le plus soumis, le plus tenJre, le plus respectueux, sera le moins bien traité. Dojà

votre majesté s'est refusée à l'envoyer en Pologne. Que deviendra-t-il s'il a le malheur de vous perdre ?

Cette plaidoirie éloquente n'eut pas de succès.

L'ordre de Malte nomma grand-maître Kaimond PouUos de Roccafall, Aragonais.

XXm, La résidence de Sceaux.

Louis XIV ne pouvait tenir constamis^ent rigueur. Mme de Maintenon aidant, H. et Mme du Maine reçurent de lui un présent de valeur, qui serrit indirectement les plans politiques de la petite-fille du grand Condé.

Il existait, à deux Heues de. Paris, une délicieuse résidence, ancienne châtellenie simple, achetée par Colbert à René Potier, duc de Tresmes, et devenue, par les soins du nouveau propriétaire, digne d'attirer i'attenlion des A'oyageurs.

Au vieux château de Sceaux succédèrent des bàtimens et un parc superbes, auxquels les plus habiles artistes mireut la main.

Le Nôlre en avait dessiné les jardins; Lebrun avait couvert de fresques le dôme de la chapelle ; Girardon et Pierre Puget avaient enrichi de leurs sculptures cette demeure qui coûta des sommes folles, qui rivalisa avec Marly, Saint-Germain, Choisv, et Chantilly même. "

Colbert s'était composé à Sceaux une véritable cour. Il reçut son royal maître dans cette résidence lavorite ; il donna, en 1677, une fête splendide à Louis XIV et au dauphin.

Le marquis de Seignelay, fils et héritier de Colbert, embellit de nouveau le château et le parc. Le marquis résidait peu dans son domaine, où il reçut pourtant Louis XIV, eu 168o. Il mouiut six ans après.

En 1 700, la to-re de Sceaux devint la propriété dduc du Maine. Le prix d'acquisition, fixé, dit Saint- Simon, à neuf cent mille livres (un million avec les droits), ne répondait pas aux dépenses enfouies là par Colbert. Il y avait, d^ le château, beaucoup de meubles, et pour plus de cent mille livres do statues dans les jardins.

Le roi lui-même paya pour sen fUs légitimé ks frais de l'acquisition. M. et Mme du Maiue s'installèi'ent à Sceaux.

Ce magnifique domaine avait un grand et un petit château.

Une belle place, garnie de bornes et ornée dune fontaine qui fournissait de l'eau à tous les habitans, conduisait de l'église au petit château, où le priuce de Dombes et le comte d'Eu, fils du légitimé, ont été élevés. On y parcourait un superbe jsrdin, renfermé à hauteur d'appui, et deux fontaines rocail lées en cascades donnant le mouvement tantôt a un soleil, tantôt à un iNeptune, tantôt à une chasse au cerf, eic

Dans une des arcades il y avait une grosse tête d'homme eu furie, dont la bouche faisait tomber de loau dans un vase gigantesque fait en coquille.

Un bois charmant, de peu d étendue, appelé h salle (les tilleuls, prêtait au promeneurs ses discrets ombrages. Les principaiaornemeus des allées étaient des staïues. Deux, en marbre, représentaient à*s Ivfleurs ; une autre, de bronze, représentait Diane. Christine de Suède avait fait don de cette dernière à Servien.

N'oublions pas le MsdePomctu, (Nirallùle à la

salle des tilleuls. De chaque côté, un oli bosquet augmentait le mystère de cet endroit délicieux.

Le potager lui-même possédait sa petite merveille, le pavillon de l' Aurore, ainsi nommé parce qu'il était situé à l'orient. Lebrun peignit dans ce pavillon l'Aurore abandonnant Céphale. Elle est sur son char attelé de deux coursiers pleins de feu. C'est l'Amour qui tient les rênes et qui la conduit. D'autres figures, œuvres du même peintre, ornaient cette gracieuse construction. On distinguait notamment, à droite et à gauche. Castor et Pollux. Le pavillon, fort élevé et de forme octogone, avait douze ouvertures, y compris celle qui sert d'entrée. Deux escaliers opposés y conduisaient. Deux enfoncemens à l'intérieur, ressemblant à des cabinets, offraient aux regards de belles peintures dues au pinceau de Lobel, artiste d'ailleurs peu renommé. Dans l'un des enfoncemens était une composition de Zéphire et Flore; Vertumne tt Pomone étaient représentées dans l'aulre. Celaient, on le voit, les quatre Saisons en allégorie.

La pièce d'eau nommée le Caprice méritait d'attirer les regards. Au haut de ce travail gracieux étaient les ordinaires compagnes du Caprice, c'est-à-dire la Bizarrerie, ]à Légèreté ei Y Inconstance.

Composé de sept pavillons, le grand château avait sur le fronton de sa façade une Minerve sculptée par Girardon, que Boileau appelait le Phidias de son époque.

Un pavillon de l'aile droite renfermait la chapelle, dont l'autel était décoré de deux belles statues en marbre blanc, sculptées par Tuby, et représentant ie Bapiêtne de Jésus- Christ par saint Jean. Personne ne voyait le dôme sans l'admirer, car il s'y trouvait un chef-d'œuvre de Lebrun, une peinture à fresque. Un ange montrait Jésus- Christ, que saint Jean baptisait, à Adam et Eve et à plusieurs patriarches en bns- reliefs, grands comme nature, mais à micorps, faits sur les dessins du peintre de Louis XIV.

De la chapelle on entrait dans les appartemens.

Le premier, où l'on admirait le cabinet de la Chine, rempli de morceaux rares d'antiquité, regorgeant de pierres précieuses, de Agots et de figures de la Chine, appartenait à Mme la princesse de Conti.

Venait ensuite la grande salle de marbre, ou plutôt la salle de billard, et puis l'appartement de Mme la duchesse du Maine.

Un historien assure qu'on y Aboyait des glaces surprenantes, et plusieurs pièces de porcelaine très remarquables.

Le troisième appartement brillait par le mobiher, notamment par un magnifique lit à l'anglaise, garni en laque, et par son petit cabinet doré, où l'on trouvait beaucoup de bijoux en or et dorés. Il conduisait à la lalle de compagnie, que décoraient les portraits du duc et de la duchesse du Maine, et de M. le comte de Toulouse.

L'appartement qu'habita plus tard le duc de Penihièvre, dos son entrée au ciiàteau, avait une chambre fortancionne, dilelacAamôre des bains, et le cabinet d'avenlurines, où étaient représentées plusieurs personnes déguisées en singes, celles qui formaient la cour ordiuaire de la duchesse du Maine. Quelques autres salles complétaient le rez-de-chaussée.

Au premier, en montant par le grand escalier, se prolongeait une galerie ornée de tètes et de bustes.

La salle de comédie, très fréquentée, comme nous îe verrons bientôt, était placée au milieu de cette galerie.

Au second, le petit appartement nommé la Char-

treuse paraissait ravissant. Meubles, tableaux rares et originaux, curiosités de toute sorte, rien n'y manquait. On y découvrait de plus de huit ou dix lieues autour du château.

On l'appela le beau grenier de Sceaux.

Ce fut la retraite favorite de Mme du Maine, qui s'y faisait monter par une trappe, et dont le siège s'enlevait au moyen d'un contre-poids.

Tels étaient le grand et le petit château de Sceaux.

Les jardins présentaient encore plus de magnificences. Que le lecteur s'y promène avec nous, et il se fera aisément une idée exacte de leur aspect.

Un buste de Louis XIV, décoré des altrinuts de la royauté, décorait la façade du grand château , du côté des parterres. Aux quatre coins de ces parterres, trois statues de marbre blanc représentaient les quatre Saisons. Trois bassins à jet d'eau étaient séparés les uns des autres par une allée, au bout de laquelle on apercevait une statue de'bronze, le Gladiateur, justement estimée comme composition et conune travail.

Si nous allons à gauche du château, nous rencontrons un beau parterre, avec des réservoirs, des statues, une fontaine de marbre, un bassin à jet, un superbe berceau couvert de jasmin et de chèvrefeuille, de figures, de bustes, etc.; nous passons par deux belles allées dont les arbres s'épanouissent commedeséventails.etsont attachés àdes pieux avec des fils d'archal, pour les nwttre à l'abri des coups de vent et des orages. Nous distinguons, parmi les statues, un philosophe de chaque côté, un faune jouant des cymbales, un portique en treillage, des lions, Amphitrite, etc.

Si nous côtoyons le parterre qui longe le château, nous marchons, à gauche, sous un berceau qui conduit à une galerie renfermant des tableaux de Rapliaêl et de Wander-Meulen. A droite, nous entrons dans la salle des marronniers, où miroite un grand bassin à plusieurs jets.

Là, un logement- miniature s'offre à nos regards : il se compose de plusieurs chambres et d'une riche bibliothèque, avec un balcon donnant sur le marché de Sceaux, et un joli jardin. Ce n'est pas tout. Voici encore un vaste bassin et une grande demi-lune ; voici un Hercule debout, appuyé fur sa massue. De chaque côté, une Muse nous sourit.

Poursuivons notre promenade. Cette première allée est celle du labyrinthe, où les étrangers n'entrent point, et chaque allée de ce quinconce forme un berceau. Plus loin, regardez : on va des prés dans les taillis. Puis, le long des murs en parapet, s'étendent deux allées de verdure, qui correspondent, l'une au bassin du plus grand jet d'eau, au bas des cascades, et l'autre au canal.

Apercevez-vous cette immense statue appelée le Sénateur romain1\oyii-\o\is le parc aux huîtres?

Avant d'entrer au château, ne dédaignons pas cette longue allée garnie de jeunes arbres en éventail, et où l'on a placé, de distance en distance, des sièges en forme de fauteuils entourés de verdure. Au milieu, à gauclie, sur un piédestal, apparaît un enfant qui joue de la llùte, et que l'on nomme le Peut flùtcur antique; adroite est un bassin d'un carré long, rempli d'eau.

Partout, en cet endroit, des arbres à fleurs, de.-; lilas, des muguets, des pelotes de neige.

Revenus au château, nous entrons sous une spacieuse galerie qui règne le long de deux cours.

Traversons ces cours pour arpenter une large demi-

lune que séparent des fossés secs, et qu'embellissent deux petits jardins. Une avenue tout à fait grandiose, à trois rangt^es d'arbres, va jusqu'au chemin d'Orléans. En rentrant, examinez, dans l'avant-cour, deux pavillons. Sur les terrasses qui les couronnent, une Eièce de canon de huit, montée sur des roues, semle menacer les visiteurs.

Oh ! tout cela se donne bien les airs de résidence royale !

L'avant-cour sert à recevoir les carrosses des bourgeois, tandis que les voitures publiques restent dans la demi-lune. La seconde cour se remplit des carrosses des princes et des seigneurs. Où ne va-t-on pas chercher les distinctions? Les voitures des bourgeois ne sont pas dignes de coudoyer les voitures des princes I

A l'élégance des appartemens du grand et du petit château, à la beauté des jardins qui les entourent, il faut joindre le jeu des eaux.

Ici, dans deux bassins, dix jets s'élèvent majestueusement; là, dans la longue allée du labyrinthe, est placée une grande coquille avec un enfant tenant un dauphin ; plus loin, au bout de la salle des marronniers, on entre dans un bosquet qui renferme trois fontaines, une patte-d'oie de quatre allées, et deux ligures en gaîne adossées à la palissade du milieu, qui conduit à la galerie d'eau.

Le petit bois, situé tout près de là, possède pour principal ornement une grotte en coquillage, nommée la Fontaine du Rocker, dont l'eau forme trois nappes qui sont reçues dans un bassin.

Bientôt, les portes de la galerie d'eau s'ouvrent : on voit l'effet général.

Aux quatre coins de cette galerie, d'énormes coquilles reçoivent l'eau qui tombe dans des rigoles ; et, dans le milieu, il existe une salle carrée, aux encoignures de laquelle se contournent quatre champignons.

La Fontaine d'Eole et de Syîla, que l'allée du milieu sépare en deux parties, est située dans un bosquet orné d'un bassin à pans. Des têtes de chiens et des Vents occupent les angles de ces deux bassins, et fournissent des lames d'eau. A l'extrémité de ce bosquet, on s'extasie devant la belle statue en marbre blanc, devant l'Hercule du Pujet. Le Héros-Dieu, à demi couché et appuyé sur son bouclier, garde entre ses jambes sa massue, sur laquelle il se délasse, et tient dans sa main gauche trois espèces de pommes, faites d'un mastic apprêté. Ces trois pommes lui ont servi à vaincre le dieu Cerbère.

A peu de distance, en face et aux côtés d'un berceau de treillage, construit en forme de dôme, soutenu par des barreaux de fer et garni de chèvrefeuille, Cérès, Bacchus, Mercure, Socrate et une figure antique personnifient les plaisirs que l'on goûte à la cour de Sceaux.

De là, par une allée très rapide, le promeneur se rend dans une grande cascade, il en voit jouer les eaux, et passe ensuite sur une terrasse de sable, qui poudroie au-dessus-des cascades, et au-dessous d'une large nappe d'eau qui se replie.

En descendant la partie droite des cascades, on aperçoit leur effet et aussi celui du grand jet, placé au milieu d'une pièce d'eau de 6 arpens, s'élevant à 80 pieds de hauteur. Trois allées d'eau charment le regard. Partout des statues remarquables. Castor et Pollux, Apollon et Dapimé, Aricie et Pœlus, la Paix des Grecs, l'enlèvement de Proserpiue par Pluton,

l'enlèvement d'une Sabine, méritent de fixer l'attention.

Lorsqu'on arrive au haut des cascades, on embrasse (l'un coup d'oeil toutes les eaux.

Au coin de chaque escalier, des enlans jouant avec des dauphins jettent de l'eau par la gueule ; du fond de la nappe d'eau s'élève un superbe vase de fonte qui répand un bouillon d'eau figurant un gros bouquet de pavots, et, à chaque côté de ce vase, quatre jets d'eau, par leur effet, représentent huit cierges. L'eau traverse ensuite une allée, pour fournir ks neuf jets de la rigole au-dessus des chandeliers. A chaque chute d'eau il y a un bouillon et deux rangs de chandeliers de chaque côté, jusqu'au dernier bassin, où l'on voit une double nappe, avec six jets plus élevés.

Sur la terrasse ou plate-forme, admirons deux neuves dans des grottes garnies de coquillages. A | droite il y a un cheval marin et un enfant qui retient un monstre ; à gauche, un maustre de cliaque côté et un enfant qui soutient uue coquille pour recevoir l'onde. Au-dessus des fleuves, un gros vase doré, de la forme d'un artichaut, semble être confié à la garde d'un lion et d'une lionne qui jettent de l'eau par la gueule. Tous les vases, les animaux, les dauphins, les fleuves, etc., qui figurent au haut des cascades, sont de plomb, de bronze ou de fonte, ainsi que quelques figures ; toutes les statues, tous les bustes, les scabellons, etc., tant des parterres que du parc, étincellent de marbre blanc.

Les jardins de Sceaux sont un diminutif de ceux qu'on admire à Versailles.

Bosquets enchantés, petits bois ornés de bassins et de figures, beaux percés, jours bieiv ménagés, routes cultivées et coupées avec soin , parterres émaillés de Heurs et arnstement composés d'après les dessins de Le Nôtre, voilà ce qui les recommande à la foule des promeneurs.

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