XXXVII. Roi :t IMissUsipI
Certains chauds amis du légitimé ne craignaient
[)as d'avancer que M; du Maine serait — un excelent roi.
A quoi des chansons, payées ou tout au moins suggérées par les Ugitimcs, répondaient ironiquement :
Français, reconDaissez-moi Pour être un jour voire roi :
Car rien ne trouble un empire, Autant que le droit d'élir?.
Limpons, lauipors,
Camarad'S, lampons.
On est plus solliciie, Persécuta, lourmenté; Pour uu seul que l'on cODteDte, Ou eu luécouieBie ireuic.
Lauipons, lauipons, etc.
N'avons-noas pas un Guillaume
Conquérant d'un grand royaume?
Lampons, lampons, etc.
Si je n'étais pas content, J'en pourrais bien faire autant; Mais épargnez-m'en la peine, Essayez d'un duc du Maine.
Lampons, lampons, etc.
Informez-vous à Trévoux
Combien mon empire est doux, On vous dira qu'on m'estime Plus qu'un prince légitime.
Lampons, lampons, etc.
Les princes du sang avaient poussé avec une vigueur inimaginable la guerre qu'ils avaient déclarée aux légilimés.
De nouveaux Mémoires, produits parles princes rivaux, instruisirent encore une fois le public des haines qui s'agitaient autour du trône. Pour ne pas offenser la duchessed'Orléans, sa femme, sœur deM. du Maine, pour ne pas paraître juge et partie dans une affaire qui devait être portée au tribunal de régence, le duc d'Orléans ne prit pas visiblement parti avec les princes du sang, qui attaquèrent le rang du légitimé et de ses enfans.
C'était le moment, pour la Bergère de Sceavx, de prouver qu'elle possédait des talens politiques, et d'annihilir complètement l'effet des Mémoires répandus à profusion.
Les ducs et pairs prétendaient faire perdre à M. du Maine la poàitiou que lui avait accordée l'édit de
La petite-fille du grand Condé imagina de susciter aux réclamans des ennemis capables de la venger, qui les attaquassent eux-mêmes. Elle persuada à un grand nombre de gentilshommes que les ducs affichaient des prétentions injurieuses à la noblesse, dont ils voulaient se séparer en taisant entré eux un corps particulier. Ces gentilshommes, sentinelles avancées, sonnèrent aussitôt l'alarme ; leur nombre s'accrut; chacun s'empressa de s'y joindre. Les uns agissaient par jalousie contre les ducs, les autres pour se conduire en véritables nobles ; d'autres, que la bourgeoisie eût pu revendiquer, aimaient à susciter ainsi des obstacles au travail des gouvernans.
Six des plus considérables chevaliers de Malte, dévoués aux légilimés, présentèrent requête au duc d'Orléans. Ils avaient nbms : Châtillon, deRieux, de Laval, de Pons, de Beaufremont, de Clermont-Tonnerre.
Le régent, malgré son urbanité ordinaire pour tous les porteurs de noms illustres, reçut très s&hement nos requérans, blâma leur coalition, refusa leur Mémoire, détendit auX chevaliers de Malte de s'assembler autrement que pour les affaires de leur ordre. Le conseil de régence interdit toute association de gentilshommes, toute [signature de requête en commun, sous peine de désobéissance.
Murmures, désolations, fureurs parmi les champions de Mme du Maine. Plusieiirs clicvaliers ne dissimulèrent pas leur passion.
Beaufremont dit liautement qu'il voulait détruire les ducs, — puisqu'il ne l'était pas. Clûtillon, très curroucé lui aussi, ue devait s'adoucir qu'après
avoir reçu le privilège de porter une couronne ducale.
Les princes du sang ne se refroidissaient pas dans leurs poursuites contre les légitimés.
Soit par faux calculs, soit par étourderie, la Bergère de Sceaux conseilla à son mari une démarche malheureuse : M. du Maine déclara au régent que, comme il s'agissait d'une affaire d'Etat, un roi majeur seul ou les Etats généraux devaient être juges.
Gela portait atteinte à l'autorité du régent ; il le sentit, et, à son jpstigation, un arrêt du conseil de régence nomma sra conseillers d'Etat pour recevoir les Mémoires respectifs des légitimes et des légitimés, et pour en faire le rapport au conseil.
Consternée et furieuse des mauvais résultats de sa démarche, la duchesse du Maine ne s'arrêta pas sur la pente où elle s'était aventurée.
Son éloquence persuasive aboutit à enlever toute prudence à trente-neuf gentilshommes qui, stipulant pour le corps de la noblesse , présentèrent au parlement, en forme de pretestation, une requête tendante à demander qu'une affaire qui concernait la succession à la couronne fût renvoyée aux Etats généraux.
Le premier président et les gens du roi portèrent récriât au régent, et les six principaux gentilshommes quija valent signé allèrent coucher à la Bastille ou à Vincennes.
Vaines' tentatives ! Mme du Maine s'était encore trompée ! son étoile pâlissait.
Un arrêt, en forme d'édit, rendu par le conseil de régence, révoqua et annula celui de 1714 et la déclaration de 1715, — déclara le duc du Maine et le comte de "Toulouse inhabiles à succéder à la couronne, — les priva de la qualité de princes du sang, et leur en conserva seulement les honneurs leur vie durant, attendu la longue possession.
En tout cela, Mme du Maine était l'âme des légitimés. M. du Maine, accablé , désespéré, intimidé surtout par sa chute, obéissait à sa femme; M. de Toulouse n'entrait pas profondément dans les intrigues.
On chanta à Paris :
Du Maiae icy, que par édit La naissance l'on a flétri,
Lan, lan, laderirette, Roi sera à Mississipi,
Lan, lan, laderiri.
Roi à nlistissipil Quel déchirant sarcasme! Law, le banquier écossais, avait formé une compagnie financière qui trouvait de nombreux et violens détracteurs! Quiconque envoyait M. du Maine régner au Mississipi se moquait de lui d'une façon ti'ioraphante.
3lSA%'I1I. Conjuration de Mme la ducbcase du 9Iaiue.
Nous nous représentons Mme du Maine recevant la notification de l'édit rendu par le conseil de régence.
Comme sa figure dut changer de couleur ! Avec quels regards furibonds elle dut jurfr de se venger, et de montrer au duo d'Orléans « ce qu'on aurait gagné à l'outrager ! » Ses courtisans s'inclinèrent sans doute, et promirent de verser leur sang pour elle, s'il en était besoin. Lo ch&teau de Sceaux retentit de plaintes amères. Les projets les plus insensés se succédèrent, et les princes du sang furent voués aux dieux iolcrnaïu.
Ce fut alors que, dans ce paradis terrestre, — ainsi nous avons appelé plus haut la résidence de Sceaux, — Mme du Idaine, représentant Eve, conseilla à son mari de toucher au fruit défendu, de manger la pomme, — de conspirer.
Conspirer ! métamorphoser les appartemens musqués de Sceaux en conciliabules ! parler bas, et non 1>lus de derai-dieux, de Mars et de Vénus, mais de la ai salique, mais de droits imprescriptibles, mais de diplômes, de chartes et de constitutions! substituer aux billets en vers des uotes diplomatiques, sacrifier le beau langage à l'argot politique et judiciairel Donner encore des fêles, comme moyen seulement, et mettre les invités à même de s'écrier :
Adiea donc, fi du plaisir Q-ue la cf aiute peut corrompie !
Ainsi l'avait voulu l'esprit malin de Mme du Maine. Trompée dans ses espérances, forcée dans ses derniers retranchemens, elle ne s'épouvantait pas à l'idée de conspirer, de demander aide et succès aux étrangers, puisque les Français ne réussissaient pas.
Antonio del Giudice, prince de Cellamare, Napolitain devenu grand d'Espagne, était ambassadeur de la cour de Madrid en France.
Cellamare atteignait à sa soixante et unième année, en 1718. Quoique vieux déjà, il conservait un goût très vif pour le plaisir, et, sans être adonné aux vices qui trônaient à la cour du régent, il aimait les bals, les spectacles, les cérémonies de toutes sortes. .
Selon la mode d'alors, tel qui n'adoptait pas les principes du duc d'Orléans, se réfugiait chez la Ber gère de Sceaux. Cellamare parut aux côtés de Mme ou Maine, il devint son hôte d'abord, puis son complice.
Le légitimé, absorbé par les longs travaux de sa traduction de YAnti Lucretius, avait naguère encouru les reproches de sa femme, moins tranquille et moins résignée que lui.
— Vous trouverez un beau matin, s'écriait-elle, que vous êtes de l'Académie, et que M. le duc d'Orléans est régent du royaume.
La première moitié de la prédiction ne s'était point accomplie, à l'immense déplaisir du duc du Maine; îi l'immense déplaisir de la duchesse, la seconde moitié s'était réalisée.
Il fallait donc perdre le régent.
Là tendirent les efforts de la Naine, qui fît de son château le quartier général des ennemis du ducd'Orléans, qui convoqua le ban et l'arrière-ban des dévols, qui se ligua avec quelques nobles bretons, avec le comte de Laval et l'ancienne cour, qui entraîna même dans son parti le duc de Richelieu.
Depuis longtemps, le cabinet de Madrid se montrait hostile au régent : Philippe V n'oubliait pas que ce prince avait tout essayé pour obtenir la couronne d'Espagne. Un traité, dit de la quadruple alliance, excluait la branche espagnole des Bourbons de l'hérédité éventuelle au trône de France.
Philippe V était parvenu au comble du ressentiment.
Mme du Maine fit des merveilles d'aclivité. Fine mouche, elle comptait parmi ses adhérens les autres légitimés, avec la duchesse d'Orléans elle-même. H. le comte de Toulouse, seul, fidèle à ses sentimens, gardait une neutralité à la fois honorable et prudente.
Des hommes habiles se chargeaient d'obtenir le concours du roi d'Espagne ; d'autres, plus habiles
encore, décidaient de faire illusion aux masses et d'intéresser le peuple à une révolution de cour dont il ne profilerait pas.
On avait résolu d'enlever de France le régent, de le mettre en sûreté dans une place forte de l'Espagne.
Cet enlèvement accompli, mi devait convoquer les Etats généraux, pour fixer les bases d'un gouvernement pendant la minorité de Louis XV, et élire un nouveau régent. Tel était le lot de M. et de Mme du Maine, tel était l'appât offert à leurs nobles amis.
Quant au peuple, on le contentait en lui promettant de réformer les abus, d'éteindre la dette nationale.
Par provision, le légitimé obtenait le titre et l'autorité de lieutenant-général du royaume.
Tout alla vite, mais étourdiment; tout sembla réussir. Cellamare avait été chargé par sa cour de se mettre en rapport avec la duchesse du Maine et son conseil, d'informer exactement le cabinet de Madrid de l'état des afl'aires.
Pour envelopper d'un mystère absolu ses entrevues avec Mme du Maine, l'ambassadeur espagnol, bravant les nécessités de son excessif embonpoint, ne se rendait chez la duchesse que la nuit, dans un carrosse particulier. Par crainte d'indiscrétion, il prenait pour cocher le jeune comte de Laval.
Les entrevues avaient lieu, soit à l'Arsenal, soit à Sceaux.
Ne croyez pas que les conjurés se couvrissent de bruns manteaux et de chapeaux à larges bords ; qu'ils portassent des visages sévères: oh! non. La conjuration de la duchesse du Maine contre le régent fut une conjuration à double essence. Elle renfermait deux espèces d'adhérens, — les uns en habits brodés, composant, lisant ou publiant des satires virulentes, sans concevoir la moindre idée de mettre l'épée à la main, les autres, pauvres diables, enrôlés avec adresse, prêts à la bataille, destinés à attraper les horions, à servir de boucliers à leurs chefs.