XXXIX. Les PliUippiqaes
La conjuration eut son poète, Lagrange-Chancel. Cet homme, mousquetaire et auteur tragique, digne de figurer avantageusement à côté des Carapistron, des Longepierre et des Lafosse, ne quittait guère la résidence de Sceaux.
Dans un beau moment d'inspiration, Lagrange- Chancel arracha à sa muse des accens d'une énergie iébiile ; sous foime de poème, il publia une satire que la France entière lut avec avidité.
Le titre seul de cette pièce devers piquait la curiosité. C'étaient des Philippiques.
On y lisait :
Peuple, arme toi ! défends (on maître 1 Sache que la msio de ce traître Ciicrche à lui ravir ses Etats...
0 roi, depuis si longtemps irre D'encens et de prospérité.
Ta ne te verras p»s rtvivre Dans ta triple postériio.
Tii sais d'où part le oiip siruître.
Tu lions tOQ inlJuit! ministre, MoDStf'? vomi pir 1rs enlVrs:
Son dogiii.-emeol sacrili'ite N'usurpe point le iwivilége Vi l*garaulii- de tes fers.
Venge ton trône et ta famille !
Arme-toi d'un noble courroux!
Prends moins garde aux pleurs de la fille Qu'aux attentats de son époux ..
Plus loin, l'auteur, faisant allusion aux bruits répandus sur les intentions du régent à l'égard de la noblesse française, s'écriait ;
Où va ce monstre fanatique De qui l'orgueil s'est emparé?
Pourquoi, contre l'usage antique, Veut-il faire un corps séparé?...
Ombres, dont par toute la terre On connaît les illustres noms :
Polignac, Beaufremont, Tonnerre, Et vous mânes des CbâtiilOBS, Je VOUS vois, au même rivage, Frémir de l'inëigue esclavage Où vos neveux sont retenus Par des noms égaux à tant d'autres, Des noms obscurcis par les vôtres, Ou qui ne vous sont pas connus.
Chacun devine, ou à peu près, la péroraison de ce morceau fulminant. La dernière strophe s'adressait à M. du Maine :
Vous, dont par un arrêt injuste, Le grand cœur n'est point abattu, Prince, qui d une race augus'.e Emportez toute la vertu, ïoui le reste la déshonore, La France contre eux vous implore ; Par ses cris laissez-vous gagner, Et forcez sa reconnaissance D'ajouter à votre naissance Ce qu'il y manque pour régner.
Nous passons, par raison de bienséance, les passages Âes Phiiippiquesoii le régent est accusé des crimes les plus monstrueux, où on le dénonce comme un Néron à la deuxième puissance, comme un Héliogabale moderne, comme un nouveau Sardanàpâle ; oîi l'on compare la duchesse de Berry à Messaline ; où l'on appelle à cris redoublés les Euménides, vengeresses des divorces et des incestes... Jamais critique passionnée ne se montra plus prodigue d'injures. Les Philippiques dépassaient ce qu'on avait vu jusqu'alors de plus virulent en libelles.
Hautement avouées par Lagrange-Chancel, elles ne pouvaient manquer de se répandre par milliers d'exemplaires.
Le régent seul en ignora longtemps l'existence. Sitôt qu'il la connut, il lui fut impossible de se procurer l'ouvrage. Aucun courtisan n'osait avouer l'avoir lu, l'avoir vu même, et encore moins s'en dé-* clarer possesseur.
Saint-Simon eut le courage de montrer au régent un exemplaire de ces fameuses Phitippiquei dont la cour et la ville s'entretenaient. Ce fut sut un ordre lormel du prince qu'elles attaquaient si violemment. Le duc d'Oiléans en parla plus d'une fois à Saint- Simon, et liilt par exiger que le spirituel gentilhomme les lui apportât. Saint-Simon lui présenta donc cette satire, en déclarant qu'il ne la lui lirait pas. Le régent la prit, la lut bas, debout, dans l'embrasure de la fenêtre de son petit cabinet d'hiver. Il la trouva, en la Usant, telle qu'elle était, car il s'arrôlait de fois
à autre pour en parler au gentilhomme, sans paraître fort ému.
Mais, tout à coup, il changea de visage, se tourna vers Saint-Simon; puis, les larmes aux yeux, et près de se trouver mal :
— Ah ! dit- il, c'en est trop ! cette horreur est plus forte que moi !
Il lisait l'endroit où le poète montre le duc d'Orléans dans le dessein d'empoisonner le roi, et tout près d'exécuter son crime.,..
Lagrange-Chancel fut envoyé aux îles Sainte-Marguerite.
XIi. <}iiiproqao.
Cependant la conjuration avait étendu ses ramifications partout. Vingt-deux colonels avaient été initiés au complot par le comte de Laval. Une imprimerie, organisée dans des caves, inaccessible au jour, et d'où les ouvrieis ne sortaient jamais, après y avoir été conduits les yeux bandés, multipliait les pam phlets et les mémoires contre le régent.
A la tête des conjurés on remarquait le marquis dePompadour, autrefois attaché au grand Dauphin; l'abbé Brigand, partisan fanatique de l'ancienne administration, et le chevalier Dumesnil, son ami; Malézieu, chancelier de Bombes ; Davisard , l'avocat général; le père Tournemine , jésuite breton, et le cardinal de Polignac.
Ces chefs divers composaient un comité directeur, dont l'abbé Brigand était le secrétaire et l'archiviste.
Les Philippiquei avaient éveillé les soupçons du régent; Cellamare, qui ne prenait nul souci de cacher ses relations avec les mécontens, domiait de la consistance aux appréhensions de ceux qui prévoyaient un complot.
L'exécution des desseins de Mme du Maine était confiée à de simples aventuriers, que l'argent faisait seul mouvoir, qui venaient d'Espagne, et se répandaient dans Paris. Leur chef correspondait avec Alberoni, se concertait avec Cellamare, et avait'pour mission d'enlever le régent, selon le plan conçu dès l'abord.
Cellamare indiqua à l'aventurier le lieu où le duc d'Orléans se promenait d'ordinaire avec la duchesse de Berry, sa fille.
Des hommes d'action s'embusquèrent au bois de Boulogne : tous ignoraient quel personnage ils allaient arrêter; ils ne possédaient qu'un signalement.
Le chef de la bande aperçut, un jour, au bois de Boulogne, le régent. Il fit un signe du doigt à ses gens; mais ceux-ci s'élancèrent sur un seigneur qui se trouvait à cinquante pas plus loin, et, dans leur erreur, ils l'arrêtèrent. Honteux de cette déplorable méprise, le chef s'excusa de son mieux, assura qu'il s'était permis une plaisanterie, et demanda très humblement pardon.
L'expédition malencontreuse eut de l'éclat, et fixa l'attention du conseil de régence.
Prudemment , le chef de la bande remercia ses assesseurs et gagna les Pays-Bas.
Malgré les conseils de la princesse palatine, et sans doute un peu par bravade, le duc d'Orléans continua d'aller souper chaque soir, avec ses roué$, chez Mme de Parabèrc, qui habitait Saint-Gloud.
\U. Désolation géaérale.
Des délais exigés par le cardinal de Polignac sauvèrent le régent, et bientôt une imprudence de Cel-
lamare proauisit la révélation complète et tout à fuit imprévue de la conjunition.
Il serait superflu de raconter ici toutes les circonstances qui accompagnèrent la découverte du complot. Ou sait qu'un employé de la bibliothèque; du roi, appelé Buvat, qu'une femme, la Fillon, qu'un îbbé, Porto-Carrero, neveu du cardinal de ce nom, jouèrent des rôles imporlans dans l'intrigue Jiabilement dirigée par Dubois.
Les papiers de Gellamare avaient été saisis , et les moindres détails delà conjuration étaient connus.
Dubois, dès le lendemain, envoya dans toutes les parties delà France, aux ardievêques, aux évéques, , 'aux pré^idens des cours de justice et aux gouverneurs des provinces, une circulaire qui se terminait ainsi : , '
« Si, contre toute vraisemblance, qqelques-uns des sujets de sa majesté avaient été capables d'écouter des propositions séditieuses , vous n'oublierez ritn pour maintenir, en tout ce qui dépend de l'autorité qui vous a été conliée, le bon ordre et la tranquillité publique. »
Des révélations faites et des pièces saisies ,il résultait que les légitimés s'étaient mis à l'entière disposition du roi d'Espagne.
Le nombre des conspirateurs s'élevait à soixante, ' non compris les vingt-deux colonels , chargés d'arrêter le régent et de le coixluire à Tolède.
Tous les coupables étaient comms.
Ordre donné à deux compagnies de mousquetaires d'être prêts à monter à cheval; ordre aux gouverneurs de la Bastille et de Vinceunes — de préparer tou$ les logemens diiponiblet.
On arrête Gellamare, le 9 décembre 1718; le k»- ' demain, on conduit à la Bastille les marquis de' Pompadour, de Saint-Genest et de Gourcihon; le surlendemain, l'abbé Brigaud, secrétaire et archiviste de la conjuration, ainsi que nous l'avons dit, est surpris à Nemours malgré les habits de vieille femme qu'il porte, et il est dirigé sur la Bastille.
C'est un sauve-qui-peut général parmi les conspirateurs. Embastillé, le chevalier Duraesnil 1 Arrêté, le brigadier de cavalerie Sandraski ! Arrêté, le colonel des hussards Serret ! ■
Enfin, le jeudi 29 décembre de la même année, La BiUarderie, lieutenant des gardes du corps, entre dans le château de Sceaux, et prie M. du Maine de rendre son épée.
M. du Maine est conduit à la citadelle de Doullens.
0 comble de la fatalité ! la Bergère de Sceaux, elle aussi, reçoit là visite importune de Dancanis, capitaine des gardes du corps,, chargé de la conduire — avec tous les honneurs dus à son rang, — d'abord à Essonne, puis à Dijon.
La petite-fille du grand Cbndé, la Naine, VEmpérière, là Fine mouche, etc., monte dans un carnsse de louage. On la mène par le rempart, pour éviter la plus grande partie des rues de Paris ; et du rempart, on la fait sortir par la porte Saint-Bernard, en traversant la rue Samt-Anloine et l'île de Notre- Dame.
Plusieurs domestiques considérables, appartenant au légitimé, coupables, les uns d'avou" écrit des lettres, les autres d en avoir porté, sont punis de leur zèle. Mlle deMontauban, fille d'honneur de lalteste sérénissime; Mlle de Launay, sa ravissante femme de chambre; les Malézieu père et fils, galans bergers; Djvisard, Dârjeltou, et quelques autres avoeuis con-
nus pour avoir travaillé aux Mémoires, prennent avec douleur le clitmin de la Bastille.
On envoie àftloulins M. le prince de. Bombes; M. le comte d' Eli doit se rendre à Gien; Mlle du Maine se vpii assigner Maubuisson pour résidence provisoire.
Pleurez, nymphes de Sceaux! Adieu, rêves de gloire et d'ambition! Plus de trôqe, plus de sceptre, plus de couronne ! Ah! les échus de Ghatenay ne répéteront plus les douces pastorales du grand Malézieu! Irèwti 2iu\ nmls blanches] G'en est lait, Jheure de l'expiation a soimé pour les légitimés et leurs adhérens ! Adam et Eve sont chassés du Paradis terrestre !
Xlill. Mort de Mme de SlainCenon.
La désolation qui régnait à Sceaux, à Clagny, à Versailles même, manquait de profondeur, et tous ces gens que le duc d'Orléans avait fait embastilier eriaiunt plus fo^t que de raison.
La plupart d'entre eux savaient bien qu'on ne se livrerait pas aux dernières rigueurs, et que l'exila quelques lieues de Paris serait la plus grave punition. Parmi les défauts du régent, impossible d'admettre la rancune et l'esprit de vengeance : il brillait par cette bonté des mauvais sujets, à demi composée d'insouciance et de faiblesse. Loin de lui la pensée de sévir contre ses ennemis acharnés. Mme la duchesse d'Orléans, d'ailleurs, se proposait d'intercéder en faveur des coupables, et Mené d'Orléans se faisait ordinairement écouter de son mari.
Il n'y avait eu, dans tout cela, qu'une révolution de palais. Ahirs, dit Duclos, l'alarme se répandit dans le parti des léguiméi. Le maréchal de Villeroi perdit sa morgue, Vdiars son audace; d'UxelfeS, Tallard, Canillac, d'Elfiat et le premier président montrèrent leur crainte. La meilleure protection que les accusés pusstnt avoir était dans le cœur du régent.
Ne nous occupons donc pas d'eux ni de leurs lai'mes, pour le moment ; mais revenons à la veuce de Louis XIV, déj i très souffrante, et que la nouvelle de l'arrestation de M. du Maine accabla.
Mme de Maintenon, femme sérieuse et tenace en ses volontés, en ses désirs, avait tout essayé, tout risqué même, pour assurer l'avenir de son élève. Mme du Maine, femme étourdie, fantasque, pleine d'illusions passagères, avait tout gâté par ses folles entreprises.
Certes, en.apprenant la triste équipée, au dénoûment si déplorable, que Gellamare, Alberoni et la petite-fille du grand Condé avaient commise sans sa participation, Mme de Miiintonon put concevoir aisémont un de ces chagrins qui conduisent au tombeau.
Elle mourut de douUur !
M. du Maine avait été arrêté à la fin de l'année 1718; son ancienne gouvernante, sa mère adoptive, s'était alitée le jour où on lui avait appris l'arreslation, et elle avait ri lulu le dernier soupir trois mois après, le 15 avril 17(9, à l'âge de quatre-vingt tivis ans.
Personne ne la pleura, et, comme Louis XIV, elle inspira bon nombre d'épilaphes effroyables, lors(iue deux ligni'S dans la Gazette eurent annoncé sa mort à ceux qui ignoraient si elle comptait encore parmi les vivans.
XI>III. Anicrtames et consolations.
Si Mme du Maine éprouvait de la peine à voyager
cUe fut malheureuse après son arrestation, car elle vovagea, et longtemps et sous bonne escorte. Les céréffrinations forcées la martyrisaient. Le vendredi 30 décembre elle couchait à Fontainebleau et se plaignait beaucoup de la voiture, tort rude pour elle. A ses côiés, dans le caiTosse, se tenait le capitaine Dancenis ; devant elle un lieutenant des gardes du corps demeurait immobile, flanqué (1 un exempt Le second carrosse renfermait deux femmes de chambre. Avec un si modeste équipage, la luxueuse Bergère de Sceaux ne pouvait que crier misère et Terser des larmes de désespoir. ^ , „ •
A Dijon, où on l'avait envoyée, Mme du Maine essuya une vexation nouvelle. Son neveu était gouverneur de la ville. Or, était-il convenable qu'une» tante gémît sous les verrous, confiée à la garde de son neveu? Ajouter que la prisounière avait^j^ouffcrt mille maux à Auxerre.
Les dévouemeos ne lui manquèrent pas. ba dame d'honneur, Mme de Chàmbonnas, femme du capitaine des gardes du corps de M- du Maine, comme gouverneur du Languedoc, demanda qu'on lui permît d'aller retrouver sa maîtresse à Dijon, pour s' enfermer avec elle. Mme de Chamboniias méritait d'autant plus des éloges, qu'elle n'avait en aucune façon trempé dans la conspiration et que son attachement à Mme du Maine ne prenait pas sa source dans les souvenirs de périls partagés. A la dame d'honneur s'adjoignirent Mlle des Forges, parente du grand Malézieu, lille d'esprit et de vertu, et une troisième femme de chambre.
C'était là, dit sérieusement Dângeau, « une consolation pouE cette princesse, qui souffrait de grandes incommodités dans son voyage. »
Le 2 février 1719, Mme du Maine obtint ^ju' on lui envoyât son médecin. Elle devenait mélancolique; les indispositions se succédaient. Elle donna à La Billarderie, qui l'avait arrêtée, ses diamans et ses pierreries qu'elle avait emportés avec elle, pour qu'il les rendît à sa famille. Ces joyaux, estimés à un million environ, avaient été redemandés par les Condé.
Sur les plaintes de la prisonnière, deux caiTosses p.irtirent de Paris, afin de la Irausférer de Dijon à Chalon-sur-Saône. La Billarderie, le cadet, qui devait la conduire à sa destination, était parti aussi, avec un détachement des gardes. Deux femmes de chambre de plus se trouvaient dans le carrosse, où voyageait un cliirurgien, — dont la Bergère de Sceaux réclamait les soins avec instance, sa santé étant si faible que, malgré son envie de sortir du château de Dijon , elle craignait, avec raiseii, de manquer de forces pour faire ce petit voyage.
La Billarderie, son noble geôlier, l'entourait de soins : une pension de mille écus le récompensa.
Personne n'en aurait douté : les peines morales entraient pour moitié dans les souffrances physiques de Mme du Maine, et son incarcération chez un neveu l'irritait principalement. Aussi s'arma-t-elle de résolution, et, dès que cela lui fut possible, elle partit pour Cliàlon sur Saône, où elle arriva vers la lin de juin. Lk son existence perdit ses teintes sombres, et elle obtint quelqut$ advucisicmtns à tes douleur».
L'infortunée princesse, n'est-ce pas'? Son sort ne vous fait-il pas pitié, ô lecteuis? Plaigncz-la sincèrement. Elle boit jusqu'à la lie le calice d'amertume. Mme du Maine est une victime de ce monstre qu'on nommn le n''g(>nt ; voyez en elle une seconde Nolrc- Dame-des-Stpt Douli.iirs.
Son martyre continuait sans relâche, lorsque, un beau jour, elle reçut une calèche avec laquelle il lui fut acconlé de seproraener. — Plaignez, encore une fois,ô lecteurs, l'infortunée prisonnière!
Bientôt La Billarderie lui porta la permission d'aller dans un château voisin de Cliàlon, où elle pourrait avoir plus de domestiques, — ce qu'elle appehit, comme vous savez, le partimlier d'une princesn. L't'n/'dmeTrégent s'adoucissait h l'endroit de sa vie time, et, à la même époque, il permettait d'envoyer au légitimé, à Doullens, des chevaux et des chiens pour h cirasse ; il autorisait le prince captif à sortir, en l'obligeant seulement de revenir le soir dans la forteresse.
Un an, presque jonr pour jour, après leur arrestation, M. et Mme du Maine reçurent chacun un courrier extraordinaire. Le mari pouvait revenir à Clagny, la femme pouvait revenir ii Sceaux. Toutefois, le séjour de Paris était interdit à l'un et à l'autre, et il leur était ordonné de vivre dans des lieux différens. Clagny possédait un château regardé comme le plus régulièrement bâti qu'il y eût en Europe 11 avoisinait Versailles. Des mains de Mme de Montespan, Clagny avait passé dans celles de M. du Maine. Mansard en était l'architecte, et Le Nôtre en avait dessiné les jardins, de beaucoup inférieurs aux parcs de Sceaux", que nous avons décrits, mais cependant assez remarquables pour constituer une charmante résid6ric6.
Une foule de gens allèrent voir le Ugilimi à Clagny. Il suffisait de demander, pour cela, un permis an duc d'Orléans, qui très rarement refusait. Le régent, sachant son monde, se montrait plus difdcile à l'égard de Mme du Maine. A la duchesse d Oléans appartenait le droit de concéder les permis pour aller à Sceaux. Elle en étùt avare. La Bergère de Sceaux était si sujette à caution, qu'on avait heu de craindre des visites trop fréquentes et une agglomération de courtisans ou d'amis dans un château qui s'était déjà transformé plus d'une fois en foyer de conspiration. ■ «i j
Souvent, sans qu'on le trouvât mauvais, Mme du Maine venait à Paris, le jour, voir les priuces et princesses, lorsque ceux-ci étaient malades ou la mand.'ient. La nuit tombant, il importait qu'elle reprit la route de Sceaux, parce qu'elle y devait toujours coucher. .. ...
Peu à peu, la position des infortunes prisonniers s'améliora. Le grand Malézieu sortit de la Bastille, avec ordre de se retireç à quarante lieues de.P,aris; le cardinal de Polignac reconquit aussi sa liberté ; et Mlle de Launay (Mme de Slaal) alla rempli^; de nouveau, auprès de^Mme du Maine, les fonctions de femme de chambre et d'amie.
Des entrevues avaient eu lieu entre le legiltrne, le régent, les princes et les princesses du sang. ASàmt- Cloud, M. du Maine et le duc d'Orléanss'enlretinrent fort longtemps, le samedi '23 mars ,1 720 ; on ne sut point ce gui s'était passé, mais tetégitim*, en sortant, avait paru fort amtent. Quinze jours auparavant, l'après-dîiiée, la iVaine s'était présentée au Palais- Roval, en compagnie de Mme la princesse de Conli, la jeune. Elle aussi avait éprouvé une salis^actlon extrême, car de celle entrevue était résultée, poor elle, la permission de rester h Paris, partout où il lui p airait. . ,
Mais les deux époux nspiraient h seTP^*OI^. La /f^roeVe déclarait qu'elle u'éprouverait jamais de boulicurvéi-itable si soabcrger ûe lui était rendu. Les instan-
ces, les prière», les larmes parfois, montraient jusqu'à quel point itfme du Manie chérissait son mari.
Lorsqu'on, lui promit cette vue tant désirée, elle sauta de ]oie.
Cela donna lieu à une petite scène»»de roman. |
Mme la princesse de Conti assigna rendez-vous, pour le 29 juillet 1720, à M. du Maine. Elle avait choisi la maison d'un certain Landais, situé à Vaugirard. A l'heure convenue, le légitimé arriva chez Landais, où Mme la princesse de Conli avait amené, un peu plus tôt, la Bergère de Sceaux.
Seule avec M- dii Maine, la princesse de Conti garda son sérieux, pour dire :
— J'ai amené une dame avec moi, elle a grande envie de vous voir.
Elle nomma Mme du Maine. Le légitimé se doutait bien de la surprise. La Bergère entra.
Le mari et la femme restèrent assez longtemps ensemble. Il y avait apparence que bientôt il leur serait accordé de ne se plus quitter, de loger sous le môme toit, de rentrer, en un mot, dans l'Eden que leur toUe leur avait t'ait quitter.