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XLIV.'Prînccsse et confidente

Lorsqu'un événement occupe l'attention publique, raille et milJe commentaires circulent. Chacun de répéter, d'exagérer ou d'inventer les taits, de telle sorte qu'un temps arrive où il devient difficile de déterminer la part de l'imagination et celle de l'histoire.

A propos de la liberté tôt rendue à Mme du Maine, on prétendit que cette laveur avait été une récompense ; que la femme du légitimé avait divulgué au régent les mystères du projet concerté par elle et Cellamare ; qu'elle en avait mis tous les articles par écrit. On ajouta qu'elle avait déclaré, dans son entier aven, avoir agi sans la participation de son mari, et ne s'être servie que du nom de ce mari dépourvu d'influence. On souliat même que M. du Maine, offensé d'une pareille confession, qui le réduisait à zéro, ne voulait plus revoir la Bergère de Sceaux, et que le raccommodement entre le mari et la femme s'était longtemps fait attendre.

Eu admettant la réalité de ces allégations, la Tendresse et l'Amour auraient joué les plus minces rôles dans la scène de Vaugirard. Là, on aurait vu, non

?as deux époux loogtemps séparés serecherchet l'un autre, mais un mari brouillé avec sa femme lui octroyer un pardon vivement sollicité.

Quoiqu'il en soit, nous, histoii«n, imitons la prudence du duc d'Orléans qui, selon la princesse palatine, répondit en riant à Mme du Maine, quand elle le pria de ne pas s'opposer à un raccommodement :

— Je ne m en mêlerai point ; car j'ai appris de Sganarelle qu'entre l'arbre et l'écorce il ne faut mettre le doigt.

Impossible de nier que la i\'^at»ie ail tout avoué. La manière dont se dénoua la conjuration sutïaait à le faire penser.

Donc, l'auguste princesse, désirant revoir sa joyeuse résidince et son tendre époux, avait trahi des secrets qui n'appartenaient pas à elle seule.

Sa liilèle conlidente, peu après, avait subi un interrogatoire.

M. Leblanc, secrétaire général de la guerre, parut à la Bastille, et eut une conversation avec Mlle de Launay (Mme de Staal), encore prisonnière, quand déjà sa maîtresse était revenue à Sceaux.

Il dit à la Qpnfidente que JUme du Ifaine s'était expliquée par une déclaration exacte, qu'il n'existait plus aucune raison pour (tarder le se ;ret. Mme de Staal redouta quelque embûche de police, et elle se tint sur la défensive.

— Si Mme la duchesse du Maine a parlé, fit-elle que pourrais-je dire qui vous instruisît plus complètement ?

— Mais vous savez toute l'affaire, reprit M. Le-.^ blanc. On veut que vous parliez, ou vous resterez' toute votre vie à la Bastille.

— Eh bien, monsieur, dit la femme de chambre avec un rare aplomb, c'est un établissement pour une fille comme moi, qui n'a pas de bien.

r— Ce n'est pas, répliqua l'interrogateur, une situation très agréable.

— Je ne la choisirais pas non plus, répondit la femme de chambre; mais j'y resterai, plutôt que d'inventer des fictions pour m'en tirer.

— Il faut avouer, murmura M. Leblanc mortifié, que Mme la duchesse du Maine a eu d'étranges coufidens.

— Pour moi, monsieur, termina Mme de Staal , je vous dirai , sans vous amuser davantage , que , fi je ne sais rien, je ne puis rien vous dire; et que, si 1 on m'avait confié quelque chose , je le dirais encore moins.

Mme de Staal n'ignorait aucun détail du complot. Elle persista dans ses dénégations. Elle prévoyait bien que tout cela linhait d'une façon tragique pour quelques coupables, et elle ne voulait pas charger sa conscience d'une lâcheté dont mourraient peut-être des compagnons de conciliabules.

La confidente eut plus de force ou moins d'égoïsme que la princesse. Hélas! cette conjuration avortée devait honorer et frapper exclusivement des subalternes.

Deux sortes de conspirateurs entouraient l'ambitieuse petite-fille du grand Condé. Il y avait, on ne l'a pas oublié, les habits brodes et lès hommes de peu, — les naïfs provinciaux.

Outre les personnages titrés que nous avons vu promptement mettre hors de prison , d'autres s'é talent tirés d'alfaiie. Le prince de Conti, bien coupable, car il s'était barricadé dans son hôtel avec plusieurs conjurés ; le maréchal de ViUeroy , sur qui le régent avait fermé les yeux, le duc de Richelieu, qui s'était aisément consolé avec des maîtresses , avaient peu sjulfert de l'orage, et, l'orage passé, tous avaient reparu à la cour. Grands seigneurs et grandes dames restèrent'impunis : contre leurs complices de Paris, aucune procédure. Le parlement , qui se posait eu vengeur du peuple, garda le silence.

Mais la justice eut deux balances, une pour les coupables parisii ns, une pour ceux des provinces.

Jeune, présomptueux, ardent, le comte de Laval eut le bonheur de ne pas émouvoir la colère du régent. Et pourtant c'était le plus hardi, le plus actif des rx)nspirateurs.

Les amis qu'il avait entraînés avec lai payèrent pour lui.

Les nobles bretons, qui étaient entrés presque innocemment dans le complot, qui eu ijjnoraient à coup sur le motif véritable, qui s'imaginaient servir l'iniérét commun du pays', rétablir les Etats généraux dans la plénitude de leurs attributions souveraine.s, qui se préoccupaient avec passion de reformer les abus dont chacun s'irritait, furent frappes impitoyablement par le conseil de régence.

Une chambre ardente, une cour prévôtale s'ins-

Elle se composait de treize commissaire^, présidés \nv le marquis de Chàteau-Neuf-Gastaignières, conseiller d'Etat. . '' ,. . ,

Chacun de ces terribles treize reçut pour frais de voyage quatre mille livres.

XL\. — Quatre gentilshomiues bretons.

— J'admire les Bretons. Toute la sagesse des Français serait-elle dans cette province-là?

Ainsi s'était exprimée Mme de Maintenon, dans une lettre écrite par elle à Mme du Maine, le ITjauvier 1718.

En qualité de sages, les Bretons abhorraient le duc d'Orléans et son ministre Dubuis. Esclaves de la religion et de l'honneur, ils ne cc^saiellt de proférer contre ces gnuvernaiis des plaintes énergiques. En l'aut-il davantage pour expliquer leur participation au complot de Mme du Maine?

Des cent quarante huit gentilshommes ou paysans contre lesquels une instruction criminelle tut dirigée, la justice ne put saisir que quatre accusés, qu'elle jeta dans les prisons de Nantes.

C'étaient le sieur de Guer, marquis de Pontcalec,

— M. de Montlouis, — le sire de Talhouët, — et le chevalier du Couëdic.

M. deVastain, procureur gi^néraî, prononça le dis cours d'ouverture de la chambre ardente. Il dit dans sa péroraison :

— « Vous allez , messieurs , faire la justice dans celte province; et, en même temps que vous répandrez le trouble et la terreur parmi quelques gentilshommes séditieux et rebelles, vous assurerez 1« repos et la tranquillité des peuples, dont, grâce au ciel, la fidélité est sans atteinte et à couvert de toute suspicion. r>

A ce langage, des murmures se firent entendre. Dans la ville, le peuple cria, par allusion à la patrie du président de la chambre, lequel était Savoyard,

— qu'on n'avait pu trouver un Français assez vil pour remplir t'oflice inlâme accepté par M. de Chateau-Neut Castaignières !

Après de longs débats, la sentence, prononcée à quatre heures du soir, n'était pas encore connue du public, lorsque, la nuit venue, la foule vit le grandprévôt de Nantes se diriger vers le couvent des Carmes.

Cet homme sombre en ramena quatre religieux.

Alors tout fut révélé. Par crainte d'un mouvement populaire, les juges avaient ordonné d'exécuter immédiatement 1 arrêt rendu.

Cinq heures sonnaient, quand on introduisit les religieux auprès des condamnés.

Eu les voyant, le marquis de Pontcalec montra M. de Talhouët agenouillé sur les dalles de la pYison, et s'écria :

— Ah ! mes pères, voici l'homme le plus honnête de ce pays, et ils l'ont condamné à mort !

— N'a-t-on pas condamné aussi votre maître et le mien? répondit un religieux.

Taliiouét, en entendant ces mots, leva les yeux au ciel avec résignation.

Pontcalec, au contraire, s'anima de plus en plus, et ajouta d'une voix vibrante :

— Quelle liorrililc injustice ! lier les mains à des gentilsliommis! Cela ne se devait pas faire... Et lious voil^ condamnés à niurt sans avoir jamais tiré

l'éppe ni un coup de pistolet contre l'Etat!... Voilà donc cette royale chambre qui devait; disait-on, agir contre nous avec tant de douceur! Quelle infamie ! Que de fois ils m'ont dit : « Pontcalec, parle ; dis tout ce que tu sais; c'est le moyen de n'avoir point de mal. » J'ai fait tout ce qu'ils m'ont demandé, et ils ne font pas ce qu'ils m'ont promis.... On me disait dimanche que M. de Mianne avait entre sesmams la grâce de M. de Montlouis... Sommesnous donc les quatre victimes, pendant qu'on épargne de pi us coupables que nous !

Avec quelques bonnes paroles, le religieux apaisa M. de Pontcalec.

MM. du Cûuëdic, de Montlouis et de Talhouët, agenouillés devant leurs confesseurs, accomplissaient leurs derniers actes de piété. Les confessions terminées : ■

— 0 mon père ! s'écria Talhouët, que votrefSainte volonté soit faite!... Ce n'est pas la mort qui m'effraie, c'est le délaissement de ma femme désolée, de mes enfans abandoimés sans ressources.

— S igneur! Seigneur! pardonnez-moi, sauvez mon âme! répétait pieusement du Couëdic.

Vingt-quatre heures de délai réclamées par les condamnés furent refusées.

A neuf heures du soir, à la lueur des torches de résine, les quatre victimes, qu'entourait une triple haie de soldats, se dirigèrent vers la place du Bouffay, lieu de l'exécution.

Pendant le trajet, Talhouët, toujours doux et calme, dit au religieux :

— Vous le voyez, mon père, nous nous laissons conduire comme des agneaux à la boucherie.

— C est en cela, monsieur, répondit le ministre du ciel , que vous vous rendrez plus semblables à Dieu. Il pouvait d'une seule parole renverser et anéantir tous ses ennemis ; mais il crut plus digne de lui de taire éclater la patience que la force.

Le peuple nantais, ayant entendu les paroles de Talhouët, les répéta, les propagea. Des gémissemens et des sanglots éclatèrent de toutes parts.

— Voyez, monsieur, dit le religieux à son pénitent, tout le monde pleure votre sort, et on ne plaignait pas celui du hls de Dieu !

Comme on approchait du lieu de supplice, M. de Montlouis aperçut à une fenêtre sa femme, qui désirait recevoir ses adieux. Il leva les yeux sur elle.

— Adieu 1 adieu I exclama-t-il. .

Et Mme de Montlouis poussa des cris déchirans. La foule aussi s'émut, écouta une inspiration généreuse, se précipita sur les soldats... Infructueux efforts ! La place du Bouffay et ses abords regorgeaient de troupes, qui arrêtèrent soudain le mouvement.

Alors M. de Montlouis embrassa étroitement ses nobles amis, monta le premier sur l'échataud, posa sa tête sur le billot, et dit à très haute voix :

— Sancla mater Dei...

— Ora pro nabis 1 ajoutèrent du Couëdic et de Talhouët.

La hache se leva et retomba sur le patient.

— Ah I messieurs, s'écria le religieux, il est déjà dans le ciel !

Aussitôt l'exécuteur descendit de l'échafaud, s'approcha de Talhouët.

— 11 est prêt ! dit un carme. , Talhouëi, en effet, se déshabilla lui-même, et, sa-

dressant au peuple d'une voix éclatante :

— Priez pour moi ; priez pour mon ftme, s'écriat-il.

— Nous le ferons I nous le ferons I -répondit la foule qui se prosterna.

Talliouët se mit à genoux ; sa tête roula au moment où il prononçait : Jesu! Maria !"

Son confesseur lut couvert d'une sanglante rosée. Sans y prendre garde, il courut vers MM. de Pontcalec et du Couëdic.

— Ah ! messieurs, messieurs, que je suis édifié ! Ah ! la belle fin !... Jamais je n'en vis de plus chrétienne... Il est mort en redisant les noms adorables de Marie et de Jésus!.

— Ils étaient tous deux bien honnêtes gens, fit Pontcalec... Mais où trouver au monde un aussi honnête homme que l'était M. de Talhouet?

— Imitez-le donc ; imitez donc sa générosité à souffrir, repartit le vipux religieux.

— Jesul Maria ! Credo ! cria du Couëdic, en recevant le coup mortel, -j;

Pontcalec eut son tour. Il s'adressa ainsi au greffier de la chambre ardente, pâle d'émotion et de terreur :

— Monsieur le greffier, vous avez de l'argent à moi ; ne manquez pas, je vous en supplie, de faire prier Dieu pour le repos de mon âme t

Etouffé par les sanglots, le greffier se contenta de saluer. Un cri de la multitude accompagna ce geste, et rendit hommage aux dernières paroles de Pontcalec.

Ainsi finirent quatre d'entre les gentilshommes bretons que le comte de Laval avait intéressés au triomphe problématique de Mme la duchesse du Maine.

Le président de Château-Neuf reçut du régent une récompense. De retour à Paris, il fut nommé prévôt des marchands.

Le peuple nantais honora du titre de Pères de la patrie les quatre martyrs, et il chanta bien long temps une élégie touchante sur le drame sanglant de la place du BouH'ay.

XIiVI. Rapprochemens.

11 semblait que le régent se plût à user de sévérité, de rigueur, de cruauté, disons -le, contre ces malheureux Bretons. Lui, ordinairement si facile, si débonnaire, il demeura insensible à toute pitié, sourd à toute prière. L'assemblée des Etats de Bretagne avait imploré en vain sa clémence. Son pardon ne tombait absolument que sur les princes ou sur les conspirateurs parisiens. Outre les quatre gentilshommes dont le supplice navrant a été raconté, seize autres Bretons, que la justice n'atteignit pas, avaient subi une Condamnation par contumace, suivie d'une exécution en effigie. C'étaient des gens honorables, parmi lesquels de Lambilly, conseiller au parlement, et l'abbé de Groesquer.

Les juges ordonnèrent que les insignes de seigneurie et d'honneur qui décoraient les maisons et les châteaux de MM. du Couëdic, de Montlouis, de Talhouet et de Pontcalec seraient abattus et eflacôs, que les fossés de leurs demeures seraient comblés, que les bois de haute futaie et les avenues seraient coupés ii la hauteur de neuf pieds, et que tous les biens des condamnés seraient confisqués au profit du roi. El pourquoi, puisqu'on procéilait de la sorte, n'avoir pas jeté leurs cendres au vent?

Kapproclions les dates. L'arrêt qui frappa les quatre gentilshommes bretons était du 20 mars 1720. Dans le moment môme où ils expiraient sur la place du Bouffay, à Nantes, M. du Marne rentrait en grâce

auprès du régent , et Mme du Maine recevait, à Sceaux, les complimens de ses ié^», un peu moins nombreuses, mais toujours très empressées.

Cela se comprend bien : cent lieues, environ, séparent Sceaux de Nantes, tA la trag* die qui se jouait en Bretagne ne pouvait.éraouvoir les légitimés près de Paris ; les gémissemeus et les sanglots qu'on répandait là-bas n'arrivaient pas jusqu'aux oreilles de la BerjeVe. D'ailleurs, l'égoïsme des grands s'infiltrait un peu chez le peuple. C<.'s lugubres scènes préoccupaii nt à peine fes Parisiens , qui, d'abord séduits par les merveilles de la rue Quincampoix, prévoyait Ht maintenant les malheurs qu'amènerait la banque de Law, déjà discréilitée, et qui redisaient en riant la généalogie du système : Beizébulh engendra Law, Law engendi*» le système, le système engendra la banque, la banque engendra le Mi.^slssipi, leMississipi engendra la souscription, la souscription engendra l'action, l'action engendra le dividende, le dividende engendra l'agio, l'agio engendra l'escompte, l'escompte engendra le compte roulant, le compte roulant engendra le versement des parties, le versement des parties engendra le registre d'écritures, le registre d'écritures engendra zéro, — â qui la puissance d'engendrer fût ôtée.

On publia aussi les qualités des vins de ta cour, en novembre 1720.

Le vin du roi.... est de bonne espérance. Le vin du régent.... est diabolique.

Le vin du duc du Maine.... est de bonne garde. Le vin de la duchesse du Maine.... est clair-fin. Le vin du comte de Toulouse.... est mou. Le vin du peuple.... est le vin du pressoir. Personne n'éleva la voix pour faire ressortir l'odieuse conduite des gouvernans, immolant les faibles, épargnant les forts. Sous la rég' nce et sous Louis XV, l'esprit seul arma la witique résumée en bons mots, en quolibets, en anagrammes ; rarement le cœur, la juste indignation dont parle Juvénal, flétrit sérieusement les mesures infâmes. Némésis plaisantait, riait sous cape et se cachait, de peur d'être étO'iflëe entre les murs d'une étern; lie prison. Si quelqu'un parlait haut, il sortait des liiniles, composait des libelles, comme Lagiangé-thaiicel, qui, sans conviction, partant sans mesure, gagé par un prince pour attaquer un autre prince, oubliait quo toute plume vendue déchire et tue, sans déshonorer celui qu'elle atteint.

Peu de mois auparavant, la chambre ardente avait été transférée de Nantes à l'arsenal de Paris, pour y juger les accusés non amnistiés et les cond.<imnés qui voudraient purger leur contumace. Ceux-ci devaient , préalablement , se constituer prisonniers au For-Lévéque.

Aulro rapprochement que nous aurions tort de ne pas faiic ! C'était à l'arsenal, où M. du .M.iinc, grandmaitrc de l'aitillerie, posséda son logement, où Mire du Maine disposa en partie la trame de sa coijuration, qu'allait se terminer cette sanglante procédure.

Les juges, une fois à Paris, semblèrent s'adoucir. Le 3 avril 1721, on céda aux demandes de.s Etats bretons; on décida que tous les b ens ciMifisqués, en exécution de l'arrêt rendu l'ann e p'étvilonte, seraient rfo«nfspar le roi aux héritiers des condamnés. La chambre no prononç.i que des acquittemens jusqu'en 1721, année où ello se .m para.

Un poète s'ima^uia venger les malheureux que

Dubois sacrifiait en chantant ams la promotion de cet indigne prêtre au cardinalat :

Pour avilir l'éclat de la pourpre romaine, Et lui faire porter l'opprobre de la croix, Le Saiui-Père n'a cru de route plus certaine Que de l'eucbâsser dans du boit.

Un autre satirique saisit, pour stigmatiser le régent, l'épojue où mourut la princesse palatine , sa mère. II composa celte épitapbé :

Ci-git Voùiveti, mère de tous les vices.

'' XIiVIL Nouveaux jour» 4e miel»

Nous lisons dans le recueil des chantons de Haarepas :

Janvier <722. — Nouveaux livres. — Traité de la patience chrétienne et politique, par le duc du Maine.

Il va sans dire que c'est là une épigramme lancée contre le légiltmé, et que l'auteur de la note le suppose très versé dans cette matière, et guéri pour toujours de ses ardeurs ambitieuses. Ces quelques mots renferment un constil sage. La patience du mari pouvait seule établir un contre-poids à là précipitation de la ftmme. Attendre tout des événemens, vivre en paix, ne plus ptéter l'oreille aux discours des gentilshommes entreprenans, racheter par « sa bonne conduite » un passé qui n'était pas irréprochable, voilà le but que M. du Marne devait chercher à atteindre.

Si le régent se plongeait de plus en plus dans la débauche, il importait que le légitimé n en touchât pas un mot ; si les contrôleurs généraux qui se succédaient dilapidaient à qui mieux mieux les finances du royaume, il y avait encore profit pour le légitimé à ne rien dire ; entin, si le jeune roi Louis XV promettait de marcher sur les traces du duc d'Orléans, il était de toute nécessité que le légitimé eùl l'air de ne s'en point apercevoir. Car près de lui le soupçon veillait, et toute parole de blâme échappée de ses lè-vres le déponçait infailliblement aux princes du sang, aux légitimes, comme un conspirateur récidiviste, Comme un ambitieux impénitent.

L'élève de Mme de Maintenon ne manquait point de bon sens ; il savait quelle route il lui restait à suivre : il marcha droit.

Revenu dans son château de Sceaux, raccommodé avec sa compagne, il vécut à peu près comme à son ordinaire, mais il se préoccupe toujours des ménagemens qu'il fallait observer à l'égard du régent. Aussi ne vouut-il pas que le grand Malézieu, de retour de l'exil, reparut auprès de lui.

Malézieu demeura dans sa terre de Chatenay ; et la duchesse du Maine, souffrant impatiemment de son absence, s'en dédommageait par des lettres quolidiermes. Petits vers et comédies recommencèrent de plus belle. Les promenades de la Naine à Chatenay, du Berger à Sceaux, se multiplièrent.

La première lois que Mme du Maine alla à Chatenay, M. de Malézieu, figé de soixante-dix ans, célébra cet événement extraordinaire.

Que 1rs vents se faisant la guerre Ebranlent l'essieu de la terre El l'iniiiiense voûte d^-s cieux; Malgré leur fureur décliainée,

Luâaviie éclaire ces lieux t C'est le plus beau jour de l'anné*»

Aussitôt que M. d» Malézieu revint à Sceaax, près du lijitimé, il chanta :

Quand le Seigneur mit fin à ma captiviié. Et qu'il me rétablit dans la Terre promise, Pour chauter dignement son extrême bouté, Je méprise Apollon, je voudrais un Moïse, Rempli du feu divin qui fit le Cantate.

Et Mme du Maine, à son tour, broda fur le marne sujet :

Solennisez cet heuraux jonr ,

O Dympbes du Permesse, Votre Apollon est de retour.

Marquez votre allégresse.

Après avoir gémi longtemps

De sa cruelle absence.

Vous devez, par de nouveaux cbanti

Célébrer sa présence.

A l'exemple de son mari, la Naine se tint sur ses gardes ; elle redoutait un second voyage à Dijon. On a remarqué justement que le séjour de Mme du Maine à Sceaux, après sa mise en liberté, ne ressembla pas à celui qui précéda la coEJuration. La femme du légitimé avait perdu son orgueil en perdant ses espérances ; le temps des prétentions politiques était passé, et sous les formes bucoliques ne se cacha plus une reine de France en herbe. Elle continua à faire de la bergerie, s'adonna plus que jamais à la sentimentalité pastorale.

S'accoutumant aux joies de la famille, M. et Mme du Maine vivaient en très bonne intelligence avec le comte de Toulouse, leur frère et beau-frère, avec leurs enfans, — surtout avec le prince de Dombes et le comte d'Eu. Ils répandaient des bienfaits sur leurs voisins de campagne, et obtenaient cette popularité si agréable que produisent les excellentes œuvres. Les habitans de Sceaux se pressaient sur leur passage, jouissaient de leur délicieux parc, s'intéressaient à tout ce qui les intéressait eux-mêmes. Et la renommée redisait leurs vertus, leurs bontés. Venaient-ils à éprouver un malheur domestique, chacun à lenvi s offrait à les consoler.

La famille des légitimét était populaire. Le lait suivant en fournit la preuve.

Un jour, le prince de Dombes et le comte d'Eu couraient le cerf Ils voulurent passer la Murne à la nage et faillirent se noyer. Un meunier et ses iils, qui les aperçurent, se jetèrent à l'eau et les sauvèrent. Le meunier reçut quatre cents livres de pension ; chacun de ses garçons eut dix louis d'or.

Cette bonne action inspira ces mauvais vers :

Un meunier, à ce que l'on publie, A ie*x princes chérit vient de sauver la vie;

Tous les deux allaient se noyer

En passant la Marne à la nag«.

Le bonhomme qui, du rivage.

Les vit dans un pressant danger.

Dans le fleuve soudain court se précipiter, Et les tire de l'eau contre toute espéraoce. C'est aimer son prochain, on ne peut le nier; Et si la charité, qu'on ne peut trop priser.

S'apprend dans le moulin, je pense

Qu'il «8t plus d'un évoque en Franc* Qui devrait se faire meunier.

t;ans le trait j)hilotophique et méchant qui termine laSlion nSis serions tenté de croire quele meunier eTSnne saisit la lyre. Remarquons que le Sce SeXnbeset le comte d'Eu étaient d^ux & .AéÏÏ La pièce dcfvers courut tout Par.s et y produisit quelque sensation.

XliVlU. — Les tentatlonSf

Cependant l'année 1723 vit mourir le régent et son ministre. Le cardinal Dubois, que Rome d.saiton« rougit d'avoir rougi,» était descendu dans la tombe en^nspirant au W d'Orléans cette cynique oraison funèbre : ,;

— Morte la bête, mort le venm!

Quant au régent, il expira d apoplefxie le 2 décembre à l'âae de quarante-neuf ans, honoré d oraisons fuBèbre?moins courtes, niais pins nombreuses, d'épitaphes mordantes dont nous extrayons celle-ci, peu connue :

Ci gîi un prince sans égal, Plus grand et plus fameux qu'on ne peut jamais dire. Ces deux vers pris en bien, ces deux ver» pris enmal,

Font Eoa éloge et sa satire. '^'1^' ^ '^^

Bien des honneurs restaient en partage à M. et Mme du Maine; mais ils ne posséd|ient plus a ce droit à la couronne, » qu'estimait par-dessus tout la Bergère de Sceaux, elqui lui avait inspiré tant de pas et démarches, tant de toliea et de fautes ; elle ne conservait plus d'illusion ; elle ne serait point reine ni régente, pour deux raisons : ses complots étaient découverts, et Louis XV éuit.majeur.

Dans leur néant politique, les NgUttnes ne laissèrent pas que de rencontrer des conseillers malavisés, des amis dangereux, qui essayèrent de ranimer les cendres éteintes. Partout il se trouvait des courtisans aveugles ou intéressés, qui insinuaient à M. du Maine de relever la tête, pour faire pièce à ces incorrigibles princes légitimes. Un parti des legUiines,laible sans doute, mais remuant, existait encore. Plusieurs de leurs fanatiques opinaient dans les conseils de Louis XV ; plusieurs blâmaient le jeune monarque de négliger les teigneurs de Sceaux, de livrer à nnactiondesparensplemsd'inteliigoMceetdedevouement. Certes, on n'était pas mécontent de sa manière de gouverner, mais on eût voulu qu'il s empressât de rechercher les services de M. du Maine, du comte de Toulouse, du prince de Dombes et du comte d tu.

Il parut une poésie politique en 1732. Llld était intitulée : Lettre d'un Anglais en France Dans ce morceau, écrit sans fiel, et qui renferme des passages presque éloquens, l'auteur s'écriait, en s adressant à Louis XV :

Les doux ennemis personnels de la Nainei eti disnaraissant de la scène politique, changeaient quelque chose à l'existence du couple désabusé des grandeurs

Parvenu à sa majorité, sacré à Reims, Louis XV s'efforça de rendre aux ligitimés tous les honneurs et prérogatives dont ils jouissaient sous le règne de Louis XIV. , .. j.

Cette question d'Etat tut une des premières discutées dans le conseil de Sa Majesté. Une déclaration, datée du 26 avril 1723, porta que les légitimés prendraient place au parlement « immédiatement audessous des princes légilimes, » qu'ils y auraient voix délibérative avant les ducs et pairs. Elle leur interdit de traverser le parquet, et de faire marcher devant eux plusieurs huissiers, en leur conservant le privilège de recevoir le lalut du bonnet.

Or le talut du bonnet était une simple formante, une distinction assez puérile, comme on le va voir.

D'après celte prérogative, lorsque, dan? une délibération du parlement, le premier président adresserait la parole aux princes légitimes, il Ôterait son bonnet pour dire à chacun d'eux : — « Monsieur, votre avis ?» Mais lorsqu'il s'adresserait, aux légiltméi, il emploierait une variante et dirait : — a Monsieur le duc du Maine, ou Monsieur le comte de Tomlouie, votre avis?» ,

Variante caractéristique, n est-ce pas f (fêlait donc rendre moins d'honneur zv-t Ugitimés de les nommer avec leurs titres que de les appeler duc ou cmte? En vérité, il faut avoir une ame bien sensible à la courlisanerle pour s'émouvoir de pareilles

futilités. . , , . t.,-

Aux jours de festins ou de cérémonies piubliques, selon la déclaration encore, les légitimés ne devaient pas tenir tout à fait le mCme "rang que les légitimes. De plus, le prince de Dombss et le comte d'Eu dcvaienl jouir, pendant leur vie seiUemmt, des prérogatives autrefois accordées à MM. de Vendôme. Après dix, ces prérogatives disparaîtraient.

Du Maine en tous lieux admiré,

Son frère pariout adoré, Font leur plus grand bonheur du bonheur de la France;

Menez leurs lalens à profit, Granl roi ! Vous trouverez dans l'un beaucoup d espni.

Daus l'autre beaucoup de prudence.

On ouvrait un 'abîme sous les pieds des légitimés. Y tomberaient-ils? Recommenceraient-ils leur croisade contre le peu de prince» légitimes qi' subsistât encore? Non; ils. avaient appris à leins dépens la sagesse. L'ftge avait mûri leur raison. Comme le berger de La Fontaine, ils résistèrent aux a^isetls de ta mer tt de l'ambition, pour terminer à Sceaux leur paisible carrière.

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