‹ Le réfractaire: romanChapitre 7 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Certaines existences gagnent à être racontées avec la plus scrupuleuse vérité, sans rien enlever, mais aussi sans rien ajouter aux faits authentiques. Ces exibtences intéressent par elles-mêmes. Leur originalité constitue leur principal mérite. Exceptionnelles, peu leur sert l'imagination du romancier qui, bien souvent, les fausse en les exagérant. L'historien, au contraire, épris de son sujet, avide de détails positifs, sondeur consciencieux, trace leur portrait avec amour, et parvient quelquefois à extraire d» mémoires indigestes, de chroniques ignorées, de correspondances inédites, mille broderies, ciselures, arabesques, diamans précieux, qui complètent leur individualité charmante.

Une délicieuse pléiade de femmes a brillé en France pendant les dix-septième et dix huitième siècles.

Ces femmes régnèrent, qui par la beauté et la grùce, qui par l'esprit et l'intrigue, qui par la richesse et la bonté, qui par la noblesse et la puissance.

Toutes, ou à peu près toutes, ont expérimenté, connu, approfondi les choses du cœur.

Avec quel plaisir on s'initie aux secrets de leur vie intime ! Elles ont commencé par éveiller votre curiosité, et elles finissent par captiver votre intérêt.

Vous marchez de découvertes en découvertes, lorsque vous vous occupez de ces héroïnes. Si vous allez au fond d'une conspiration bien sombre, tramée par celle-ci, il est rare que tous les grands complots ne cachent pas un dévouement sans bornes à quelque bel amoureux. Celle-là, par morlilication prétendue, s'est-elle volontairement condamnée aux

rigueurs du cloître? a-t-elle revêtu le cilice et la robe de bure? Cherchez, fouillez, descendez habilement en son âme, et vous y retrouverez les cendres encore chaudes d'une passion mal éteinte. Telle autre femme, en apparence rieuse et légère, s'est livrée aux plus honteux calculs, aux plus frénétiques ardeurs de l'ambition. Telle autre, enfin, calomniée, et frappée par les folliculaires, rêvait l'accomplissement de grands et nobles desseins, pour se briser sans retour aux épines de la médiocrité envieuse et de la méchanceté active.

Du roman historique à l'histoire anecdotique il n'y a qu'un pas, mais ce pas est immense.

- Ce que rhi!.toire anecdotique perd parfois sous le rapport de l'imagination, elle le gagne par la certitude des faits, même invraisemblables, qu'elle sait grouper avec art, après les avoir pressés, condensés, pour en extraire toute leur saveur.

Ce que le roman historique, au contraire, gagne parfois en inventions dramatiques, en fictions poétiques, en heureuses fantaisies, il le perd sous le rapport de la réalité pure.

Nos ouvrages biographiques sont trop arides pour être lus par lo plus grand nombre; on ne peut que les consulter. A lorce d'abréger, leurs auteurs en arrivent d'ordinaire à écrire une nomenclature de dates, dans laquelle la monotonie du fond le dispute à la sécheresse du style. Certaines biographies, dites universelles, consistent à indiquer, avec des abréviations inimaginables, la date de naissance, de mariage, de veuvage et de mort de l'homme illustre dont elles retracent la vie.

Il existe des chefs-d'œuvre du genre abrévialif.

Ouvrons telle ou telle biographie. Nous y trouverons ces lignes : Rabelais {?.), c. écr. ph. méd. —

Chinon1843, 1553 dev. cur. deMeudon, comp. un gr. n. d'ouv. dont le pi. c. est Pantagruel.

Ne croirait- on pas lire une inscription fruste de l'antiquité? n'est-on pas tenlé de consulter MM. Haseet Champollion?

En revanche, quelques noms fameux entre les plus fameux ont inspiré à d'infatigables érudits sept ou huit volumes de biographies, où il est parlé d'Abraham à propos de Frédéric -le-Grand, et du Paraguay à propos de Jeanne d'Arc.

Entre les biographies hiéroglyphiques et les encyclopédiques, s'offre un moyen terme, — le portrait physique et moral, avec ses accessoires, ses détails, sa couleur locale et son expression de physionomie.

Nous commençons ici l'exhibition d'une galerie de femmes célèbres ; nous publions quelques chapitres de l'histoire anecdotique de la France, œuvre légère peut-être en la forme, mais à coup sûr plus sérieuse au fond qu'on ne penserait ; car les anecdotes, les mots d'esprit, les scènes de mœurs privées, loin de défigurer Clio, comme eût dit Dorât, ajoutent des charmes à la muse sévère, fille de Jupiter et de Mnémosyne.

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