‹ Le Régent de rhétorique, moeurs flamandesChapitre 11 sur 56 · LE RÉCENT DE RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

LE RÉCENT DE RHÉTORIQUE

fortune! A lui tout! A lui seul;., oh! il veut avoir un jour un million.

Oui, à lui, à lui seul... et pour cela il faut que le contrat soijt en sa fiiveur. •— M. Moreau est défiant; la moindre preuve

d'avidité perdrait auprès de lui D'un

autre côté , cette folle de Marie, avec ses idées romanesques, — si jamais elle ouvrait les yeux ! .

Oh 1 Marie, murmura-t-il, en approchant de aes lèvres la main qu'il tenait , oh ! Marie, tant de bonheur n'est*il pas un rêve?

Elle leva les yeux sur lui avec une expression céleste de bonheur.

Marie, vous êtes à moi! à moi! Et cela quaind, désespéré, j'allais partir peur jamais. Mon Dieu^ mon Dieu , je n'ose croire à ce qui m'arrive* Vous voulez donc que je vous bénisse sanfi cesse, comme un ange? Vous voulez donc, que moi qui vous aime tant, je sois réduit à reconnaître que je ne vous aime point encore assez.

— Vous, Laurent ?' vous $i généreux , vous si vertueux* U y a bien long-tems, voyez-- vous, que je vous aime : oui, avant de vous avoir vu, mon ami; rien qu'au récit de votre belle conduite à Fégard du • pauvre Jacques ! — Dès ce moment je vous ai deviné, je vous ai compris.

— Hem I songea l'avocat ; allez donc par- 1er de donation entière à un pareil cerveau.

Il faudra pointer autrement nos batteries. Ils arrivèrent à la ferme.

— Or çà, dit le fermier qui avait fait disposer le souper : A table ! Car le bonheur et. l'amour n'empêchent pas de manger!

D'ailleurs, moi qui île me marie pas, j'ai une

fiiim de tous les diables Mais que nous

veulent cet imbécile de Jacques et tous ces domestiques avec leurs bouquets? — Qu'estce que cela signifie ? qu'est*ce qui vous a déjà dit ?.... et il se prit à rire, mais d'un rire sans fin, car c'était lui, lui qui était leur joyaux complice : d'abord pour se trou-

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•yO LE RÉGENT DE RHÉTORIQUE.

ver témoin du troublé heureux de sa fille; et , puis ensuite parce qu'il lui fallait , ou bien étouffer, ou bien conter à tout le monde ce qui lui causait tant de plaisir. Il ^en était donc * venu crier à mi*voix à tous ses serviteurs : Allons, vous autres^ prenez des bouquets; votre maîtresse, M^^* Marie, épouse M. l'avocat Laurent. Et vite et vite^ dqiêcbez-vous, afin d'être les premiers à la complimenter.

Vous comprenez s'il fiit enchanté de la réussite de sa conspiration , et s'il ^amusa, lui si bon homme, et si jovial, de l'embarras pudique de Marie. — Souffre ton bonheur, mon enfant, et ne m'en veut pas trop deQe que ton père te tourmente si joyeusement ; mais ' c'estque jesuis satisfait à un tel point! . • Maintenant,assezdemusiqueet de fleurs, à souper.

Malgré la présence de M. Moreau et des domestiques, les amans devisèrent longuement, à voix basse, et mettant un grand mystère à se dire des choses qu'ils auraient pu se dire tout haut, assurément. Le fe|**

mier passa toute la soirée à les considérer dans la joie de son àme* Quand neuf heures sonnèrent,ilseleyade table^etditàLaurent :

— Mon cher ami , tous amènerez demain matin mon notaire , et vous ferez aflSlcher les bans après -demain qui se trouve, conune tout exprès, être un dimanche. Va, je me char^ de tes affaires ici , près du curé. C'est n^on aioii; et puis, vive l'église ! Avec de l'argent, elle est toujours prête à obliger. Aind,^ dans quinze jours, la noce !

Hormis que tu veuilles changer quelque chose à ces arrangemens, Marie?

— Mon père, mon père, que vousétesbon.

— Bonsoir^ Laurent! Embrasse donc ta femme, nigaud! ^ ,

Je vous laisse à penser si la jeune fille passa une nuit bien paisible , et dûinnit bien longuement. Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'à six heures ^u matin elle était déjà levée et en toilette.

Ce fut néanmoins seulement vers onze

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heures qu'elle vit arriver de bien loin un seul cavalier ; il ne pressait g^ère' son cheval, et elle fut toute désappointée, en reconnaissant, non pas Laurent, mais le gros notaire de M. Moreau. Ce' notaire était porteur d'une lettre de l'avocat, et cette lettre était adressée . au fermier. Voici ce qu'elle contenait.

ce Monsieur, au moment où vous me donce nez si généreusement votre fille , je serais ce bien lâche si une seule idée d'argent se préce sentait à mon esprit. J'ai donc mieux aimé a ne pas aller yous voir ce niatin. Je vous ce laisse en entier le choix des dispositions ce du contrat que j'ai signé en blanc, d

— Mon père ! combien Laurent mérite mon amour.

— Certes! Et c'est un brave garçon. Monsieur le notaire, je donne œnt cinquante mille francs de dot en biens fonds. Et que le contrat, je le veux, soit tout à l'avantage de Laurent^

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