LA POLICE CORA^TIONNELLE
homnae qui cherche à comprendre quelque chose au-dessus de son întelligeDce.
Dans cette attitude, il s'approche de l'ar Tocat, ety tirant l'exti*émité de l'une de ses laides manches:
V — Monsieur, lui dit -il humblement, VOU& avez été bien bon de me défendre, moi
qui n'ai pas un sou pour vous payer
Ils viennent de me condamner à huit joui^ de prison, et voici tout un grand mois que je suis détenu; pourquoi m'a-t-on détenu trois semaines de trop? /
L'homme de loi sourit de ta simplicité de son client.
-^Mon ami, j^pondit-il, les huit jours de pison auxquels pn vient de te condamner te restent à subir, et l'on ne peut. pas en faire la déduction sur l'emprisonnement d'un mois qui a eu déjà lieu.
Lfe paysan attacha sur l'avocat ce regard interrogateur et douteux d'un homme qui
^H hlL RÉGËKT DE RIlÉTORiQVE.
ne sait point si Ton se moqœou bien à l'on parle sérieusement.
L'avocat dut lui répéter une seconde fois, et en d'autres termes, ce qu'il venait de lui dire. \
— Mais si je ne mérite que huit jours de prison, pourquoi y suis je retenu tm mens?
— Afin que «tu ne prennes p»5 la fuite pour échàp^ à la peine dont la loi punit la faute que tu as oommiae.
-*-Eh quoi, Monsieur, on a peur que je quitte pour toujours ma femme, mes enfims et le village où je trouve dû travail 5 et cela afin de ne pas aller huit jours en prison, où, au bout du compte, je suis bien nourri, et pas plus mal logé que dans ma maison !
-^ Tu pourais, du ivsbe, obtenir ta fiberté moyennant un cautionnement de cinq cents francs.
il &Uut encwe expliquer au campagnard CCI que c'était qu'un cautionnement.
LA POUCE OORRICTIOICIUSLLC. ^3
Il somrit en songeant à la somme, de cinq , j
cents francs qu'il aurait dû donner, en gage de sa liberté^ lui qui n'avait, pour nourrir sa nombreuse «Êimille, que k travail de ses mains» Puis ses idées se reportèrent encoi'ç sur une chose qu'il ne compreiiait pas trop clairement^ malgré les explications de l'a- ^ J
vocat } je veux dire la captivité ^ntétûeure à la condamnation é
— Mais, Monsieur, c'est donc un plus grand inalheur d'être accusé que d'être condamné y puisqu'on me,met un mçis en prison afin que je lie m'écl;Ki;ppepas à une détention de huit jours? I
— Sans contredit , continua l'homme à la granide robe , en se tournant vers un de ses confrères; il existe dan$ la loi uao lacUne bien grande. \
Puis revenant au paysan étonné et peu convaincu : r
ç^ Les hÂs ,^ dit * il , sont «l'ouvrage des hommes^ et partant ne sauraient 4ti^ pai"-
Il4 ^ I^ RÉGENT DE RHÉTORIQUE.
fiiites; en attendant qu'on les améliore, les magistrats chargés de leur es;écution ne peuvent transiger avec les devoirs qu'elles imposent; et ses dispositions I fussent-elles encolle plus rigoureuses, il &ut qu'ils lésassent exécuter strictement. Ne devrais-tu pas labourer la terre avec une mauvaise charrue, si le fermier qui t'emploie t'ordonnait de te servir de cet instrument défectueux?
Le paysan ouvrait la bouche pour répliquer, mais un huissier vint le tirer par le bras afin de l'avertir qu'il était tems de re« tourner en piîson. Et le pauvre hère alla, en soupirant, subir les huit jours qu'il était condamné à y rester encore.
Ces huit jours finirent néanmoins par se passer, quoique bien lentement, bien lentement, il est vrai : enfin, le détenu (ut mis en liberté, et on le jeta à la porte en lui disant qu'il pouvait aller où bon lui semblerait. 11 s'en retourna tout droit à son village.
LA POLICE CORMCnonHELLE/ ^5
Le délit qui lui avait yalu un mois d'arrestation et huit jours de châtiment, n-était, après tout, qu'une peccadille de dimanche, un coiqp de poing assené un peu trop fi>rt, après boire et querelle au cabaret. ,
Aussi/ lors du retour de Jacques Jie^vre, personne à son village ne songea-t»il à lui £iire.mauvaise mine. Bien loin de là, chacun l'accosta d'unbienyeillaiit ÏHeûvousgardeyet tous ses voisins s'empressèrent de congratuler sa femme de ce que le digne journalier s'en était revenu. Ils l'entouraient, ils l'interrogeaient, ils s'enquerraient du comment et du pourquoi }' d'abord par intérêt pour Jacquies, puis par curiosité, puis par égoïsme. Car tout à l'heure il pouvait leur en.arriyei^ autant, et il était bon de savoir comment il fellàit s'y prendre en pareil cas. Satisfait d'être écouté, Jacques fit une des narrations les plus prolixes que l'on ait &ites de mémoire de paysan . Rien ne fut omis, et il répéta plutôt trente
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fois la tEiéoie'chose que de la passer sous silence.
Yous sentez bien que l'avocat plaidant gratis et sans mén(ie qu'on le lui demandât le moins du inonde; que l'avocat plaidant avec chaleur, conune il fiiut, et longuement, de métne que s'jiL eût été gagé grossement^ lifit dam le récit de Jacques une place ho^ tiorable. Le nom de AL Laurent Lecomtefiit cit^^ répété et redit jusqu'à satiété; utie telle preuve de désintéressement agit avec force sur l'esprit de gens qui mettent l'argent d'au- , tantp1usliautqu'ilsn'enoatguère;et chacun se promit bien que si jamais il avait besoin d'un avocat, ce serait à M. Laurent Looomte qu'ils'adressçrait. D'abord, parceqoeM«Laurent Lecomte était un brave homme qui sa-* vait son métier, et fort bien encore ; ensuite parce qu'il avait plaidé gratis pour le brave Jacques Lefèvre, et &aGn , que s'il plaidait gratis pour les pauvres gens, il demanderait nécessairement moins cher qu'un autre avor
cat pour ses-cposultatioiisou pour ses plaî<» doieries. . • *
Toutes ces belles coiiclusioiis furent déduites, commentées et discutées, d'abord dbez Jacques Lefebvre, et ensuite au cabaret du village; car personne n'a le deviser plus salé que les paysan^ de la filandre.
S'il faut en croire de mauvais récits, une querelle bien plus violenteque celle qui avait valu à Jacques buit jours de prison^ termina cette spirée de réjouissance , et le large poignet du détenu libéré aurait &it plus d'une prouesse dans la mêlée. Nous ne savons pas jusqu'à quel point on doit ajouter foi à ces assertions. Il est vrai que le lendemain on vit dans le village quelques yeux noirs de coups et quelques fronts bandés de linges sanglans : il est^vr^i que le cabaretier se fit payer pour quatre francs de pots-brisés, mais il n'y eut personne de cité en ffolice correctionnelle, et le brigadier de gendarmerie
2l8 LE .REGENT DE RHETORIQUE.
mit sui' son rapport la phrase pacifiqpie et de rigueurs
c( Rien de nouveau. j>