DÉCIDÉMENT
te diable m'anq^t» » li je itis et que j« veux , et si je yoîa clair dans met propret
— LoBi^ BTlioir (€orre$poniwncf), -
Presque toujours l'on a, en réalité^ laoiai tJo passions et 4^ goûte que l'on n« s'ien croit*
l48 LE RÉGENT DE RHÉTORIQUE.
Un tel phénomène est produit par trois causes, les idées reçues, l'ainour-propre et l'imagination.
D'abord, les idées reçues : et. voilà, sans nul doute, la cause la plus puissante; les deuK autres ne servent, de fait^ qu'à son développement.
Les idées reçues accommodent d'une façon merveilleuse la médiocrité : or, une paresse innée fait que l'on ne sort jamais de la médiocrité qu'avec une sensation pénible; car, pour dompter cette paresse, jl fiiut une énergie qui coûte. Sous cb rapport, il en est des facultés morales comme de la voix et du chant ; les notes moelleuses du médium s'exhalent faciles et sans peine : mais pour obtenir les tons élevés du fiiusset , il Êtut tendre tous les nerfe du cou , irriter la poitrine et dresser la tête, dont une angoisse convulsive empourpre la face, agite les yeux et plisse le fnont.
Mous le répétons donc : les idées reçues ac-
DECIDBHENT. iJ^Q
commodent de façon merveilleuse la médiocrité. V .
Parmi les idées reçues, il s'en rencontre bien peu qui ne se trouvent , ou naturellement faussa, ou devenues fausses j la médiocrité et la paresse ne les adoptent pas moins sans examen.
Parmi ces idées-lià f et parmi les plus universellement reçues 9 on doit mettre U banalité qui suit : <c 11 faut qi^^un homme bien organisé ait des passions puissantes j le vulgaire seul n'a point de passions, ou n'a que des passions faibles. »
L'amour-propre de qui que ce soit sourit avec une complaisante vanité, et dit : ce Pitié pour le vulgaire! Pitié pour lui , car je ne lui ressemble point, moi je suis un homme supérieur aux autres, un homme mieux organisé que tous les autres 3 dôi^c, j'ai des passions puissantes, ou je dois en avoir ; il m'en faut. »
Puis, l'imagination s'éveille, agitée, cré-
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dule, décevante ; Fimaginatioii , avec sa préoccupation et ses ptéventioDS, avec sa mt^* lité irréfléchie t elle sfinquièté, elle cherche, elle épie; et, bientôt elle croit avcnr trouyé. tJn instinct Vague, sans importance, à peine réel , Parrète et la fixe. Alors elle s'embrase, elle grandit, elle devient forte; alors elle exagère et elle gonfle en passion formidable cet instinct imperceptible et frêle. Pleine de confiance en son œuvre, dont elle est ellemèine complètement la dupe, elle obscurcit le bon sens, fourvoie le jugement et fiiit agir, comme si l'on se, trouvait en réalité sous la puissance d^une passion impérieuse, inexora* ble. t^tus tard, on s'aperçoit de l'erreur; le &ntôme s'évapore, et Ton sourit tristement de la déception dont on a été dupe; heureux quand on ne s'en mord pas les poings avec
Telétait l'amour de Félix pour Lucile; Félix avait remarqué chez tous les hommes supérieurs un amour qui était le mobile de leurs
actions et le stimuhnt de leur génie. D'autre part, la voix mystérieuse de la nature lui frisait un besoin d*aimer , et, à dé&ut d'un amour réel^ il s'en était donné un de com^mande, et, ^us l'influence iiâdginaire duquel il n'eii agissait pas moins comme d dite l'eût impérieusement entraîné. C'est l'histoire de cet liomme, qui se pensait couche dans le lit d'un malade, fsH qui ressentait chacun des symptômes ^'une fièvre qu'il n'avait point gagnée, puisque niid malade D^avaH couché dans le lit-
Se croyant^oncamôureux comme un feu, et agissant de même, mu qu^it était par des effets sans eau», jamais Félix n'épwHiva plus énergiquement les impatientes i^aoeries de Vatlente, que durant les trois jours qm devaient s^écouler avant le jeudi. A chaque heure du jour il interrogeait du Bœgt te bar romêtre de sofa locataire} il avait peur du moindre nuage au del , et il is'adressait à luimême je ne sais co«Bbien de misévabteadioii^
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tes, angoiseux pourtant et difficiles à résoudre. Par exemple 9 s'il venait jamais à pleu- -YOity devrait-il^ malgré cela, se rendre à neuf heures chez M""* Lecomte? Serait^il convenable, le motif du rendez -vous n'existant .plus, d'aller s'imposer de la sorte à des. dames qu'il ne connaissait que bien peu? — N'y verraient-elles pas un oubli complet de savoir-vivre? — Sa toilette, d'un autre côté, 4'occupait beaucoup. — Quel cqstume pi^en** dre? — Un nf^ligé complet va sembler trop familier. -^ Une toilette habillée trop cérémonieuse. — On aemoquera de l'une : — on sera mécpntent dé l'autre*
Tel fut , jusqu'au jeudi , la nature des tourmens du pauvre Félix, jtourmens, ilest vrai, causés par des inquiétudes fiitiles, mais douloureuses^ douloureuses au dernier point, douloureuses pl\is quç de vàitab^es chagrins ; d'abord ces inquiétudes n'attaquent pas, elles harcèlent ; elles ne saisissent pas vigoureusenlentcorpsfià* corps, elles taquinent.
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elles iriiteut. Les tracasseries d'une mouche gui Ta , qui vient^ qui vole, qui se pose et sur le front et sur le visage, et sur les mains, pi- | quant, frôlant, bourdonnant, met tous les jours hors de Itii, jusqu'à blasphémer, un homme qui recevrait sans motdire, une balle à travers le corps. Même analogie au moral.
On supporte stoïquement un malheur, et Ton bondit des persécutions d'une contrariété,, voire de moins encore.
; Les craintifs pressentiments de Félix se réalisèrent^ car le jeudi, à neuf heures du matin, il pleuvait à verse* Le pauvre garçon , de' mauvaise humeur, incertain et en défiance de sa démarche , se dirigea lentement vers la demeure de M""*" Lecomte.
Là ausë Forage et la pluie avaient causé de l'humeur et de la contrariété.
M""* I-ecomte éprouvait un vague intérêt pour le doux et timide régent de rhétorique, et elle se laissait aller à ce douteux sentiment sa^s y prendre gard?, et comme
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on fie laisBd aller à une impression agréable, mais fugitive et sans trace. Quant à de la défiance sur la nature de cet intérêt^ elle n'en éprouvait aucune; car ses illusions sur lé premier homme qu'elle eût aimé , lui avait coûté trop cher pour qu'elle ne se crût pas, * a l'avenir, inaccessible à des déceptions du même genre. Pourtant, sans chercher à se rendre compte du plaisir qu'elle avait i^* senti en écoutant Félix exprimer des idées naiVes et qui révélaient une extrême sensibilité; sans remarquer le plaisir qu'elle se promettait à l'écouter de nouveau , et à passer avec lui une joyeuse journée, la jeune femme avait attendu le jeudi, sans impatience, mais en y songeant mainte et mainte fois ; et elle se sratit devenir U*i$te à la vue du ciel, tout gros de nuage et de pluie.
M"* Lucile, de son côté, ressentait également de la tristesse. Avec cet in&ilfible instinct de femme, cet instinct qui échappe à la {dus subtile analyse , f\\e avait, dès les
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premiers et les plus imperceptibles symptômes, compris que Félix éprouvait pour elle un sentiment particulier qu'il n'éprouyait pas pour les auti:es femmes : elle atait compris qu'un attrait mystérieux amenait vers elle ce Jeune homme et le faisait chercher à lui complaire. Far un autre instinct de femme, elle se mit à fomenter la fascination du régent au moyen de mille agaceries engageantes, involontaires peut-^tre, et qu'a son insu lui faisait Êiire la nature. Si là cousine de M. Lecomte n'eût pas mené depuis son enÊince une vie tout-à-Ëiit recluse; si elle eût été habituée aux succès du monde, elle aurait pu dédaigner les attentions d'un jeune homme peu brillant, il faut l'avouer. Mais, soumise pour la première fois à une pareille impression, elle la subit énergiquement et avec toutes ses Conséquences.
Après cela, elle se trouvait dans la posi* tion équivoque d'une orpheline de vingtquatre ans, avec peu de fortune, isolée, et.
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partant) sans contenance : un mariage seul pouvait lui donner une attitude, et ce mariage, depuis si long-tems convoité, ce mariage pour la première fois se présentait avec une apparence de possible , appar^ce bien incertaine, mais que désirait trop Lucile pour ne pas y croire. Ensuite, la plupart du tems, une femme ne choisit pas un amour, elle l'accepte j et souvent elle se trouve réduite à déposer ses affections sur un bomme, qu'avec du libre arbitre elle eût voulu tout autre : il ne lui reste alors qu'un parti , c'est de se persuader que cet homme se trouve tel qu'elle le voudrait , c'est de le parer de prestiges imaginaires. Donc, et malgré plus d'une dissounance entr'elle et Félix, Lucile tâchait de se convaincre et était convaincue que si le régtot n'avait pas complètement le caractère qu'elle lui désirerait, elle parviendrait sans peine à lui donner ce caractère. L'amour -propre la confirmait en de pareilles idées, qui lui devenaient infaillibles
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par le sentiment de l'empire qu'elle exerçait déjà sm* f*élix, sur Félix, à qui elle avait parlé pour la première fois depuis quatre jours à peine.
Si bien que le r^ent de rhétorique demeura assourdi de bonheur à, l'accueil gracieux qu'il reçut lors de son arrivée chez M™"* Lecomte. Lucile , riante et familière , vint au-devant de lui en disant :
— £h bien! sommes -nous assez malheureux, et ne voilà -t- il pas une pluie bien malencontreuse?
M"''' Lecomte , non moins avenante, désempara Félix de son chapeau.
— Nous n'en passerons pas moips ensemble la journée, n'est-il pas vrai? demandat-elle.
Et voilà l'heureux jeune homme qui s'as- ^sied près des, dames. Celles-ci reprennent les broderies qu'elles avaient quittées pour recevoir Félix 'y on se rapproche et l'on se met à dévier de mille choses diverses. A tout mb-
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ment je i^ent de rhétorique avait à rendre à Lucile de ces petits sérrices inâgnifians, rt qui reodent néanmoins si heui*eux ! Des ciseàusL tombaient et il allait les relever ; une pelote venait à s'^happer du carreau et roulait à Fautra extrémité de l'appartement, vite tous les deux on courait pour la ressaisir, et cette course ne se passait pas sans rires , et ces rires rendaient de moment en moment leur intimité plus complète et plus affectueuse.
Si bien que Lucile ayant un échevéau, de coton à dévider , Félix lui présenta ses mains autour desquelles la jolie espiègle tendit aussitôt, et avec une délicieuse £imiliarité, les longs fils qui ne tardèrent pas à^ mêler. Il fallait la voir, moitié riant, moitié en cdl^) perdre patioice, battre du pied, casasr le coton; puis, à la fin, venir cberchet un noeud jusque parmi les doigts de Félix qui fi^émissait de volupté au contact tiède et impariât de la main de Lucile.
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Ibut-à*€OUp celle-ci se prit à rougir : et pour diseimc^r son trouble pudique, elle saisit^ par un geste rapide, Fécheveau de cotcm, le roula et le jeta au loia : puis ensuite elle se courba sur elle^-inéme, comme pour voir de plus près les broderies dont elle* s'occupait, mais, en réalité, pour voiler des f oufies de ses cheveux, en baissant, bien fort la léte, ses joues qu'une cbalei^ iHrûlante empourprait de plus en plus.
- M""' Lecomte re^rxlait ces grackux ébats d'un air tout ensemble con^plaisant et mélancolique*
— ^^ Ah! songeait* elle, Lucile sera peutêtre plus heiite»se que moi !
— Ne dînerons-nous doncp^aujourd'faui?
demMida M. Lecomte en entrant.
Tout le monde se kvael passa dan^ la salle à manger*
Pour comble de bonbeur , le cid était redevenu i^iant et bleu ^ les oi^seauK cban-' talent de toutes parts, et la nature avait
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pris ce firaus aspect de jeunesse qui succède toujours aux tems gris et froids dont l'empreint un orage r il fut décidé unanimement que l'on ferait une promenade. Le régent s'attrista de cette décision , car il lui fallait offrir son bras à M"''' Lecomte, et ce ne serait plus qu^à la dérobée qu'il pourrait parler à Lucile> et peut-être même la voir. La bonté de M"^ Lecomte fit qu'elle devina les regrets du régent.
— Monsieur Félix, dit-elle, offrez votre bras à Lucile , car voici mon cavalier à moi ; et elle montrait son fils , le petit Jules. Les yeux du régent brillèrent de joie, et M*"*" Lecomte fit le sourire mélancolique qui lui était habituel.
— Partons! Viens Jules, -don ne* moi la main. Ils se dirigèrent vers la prairie où, pour la première fois, Félix convalescent, avait vu Lucile; car Lucile seule occupait à présent sa pensée.
' — Mon Dieu, Mademoiselle^ b^aya-t-il
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avec embarras, et c'étaient les premiers mots qu'il disait depuis le commencement de la promenade : i^n 'Dieu! que cette prairie est belle!
A ce lieu commun, Lucile répondit par un (K cela est vrai » non moins banal ; et cependant tous les deux s'étaient compris, et cependant Félix n'aiirait pas eu bétsoin d'ajouter ce qu'il ajouta :
— Que de souvenirs elle me rappelle !
— Lesquels? demanda hypocritement Lucile, qui les connaissait pourtant bien , ces souvenirs.
— Ah! murmura tout bas Félix avec un geste de la tête : et puis il ajoutii avec une émotion si vive que ses lèvres , convulsivement serrées , pouvaient à peine prononcer :
— C'est ici que je vous ai vue pour la première fois. Lucile rougit et baissa les yeux ; il se fit entr'elle et Félix un long silence ^ un silence plein de trouble et de sensations, un silence dont le magnétisme les exalta tous
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deux si fort que le régent osa poser à demi une de ses mains sur la main que Lucile appuyait sur son bras.
Quand M°' Lecomte se retourna pour leur parler, la main de Lucile se trouvait entièrement sous la main de Félix : Marie^ à cette vue , sentit son cœur se serrer douloureusement, et elle se surprit à éprouver une sorte d'envie qu'elle ne pouvait s'expliquer, puisqu'elle chérissait sa cousine comme une sœur.
— * Hélas! se disait-elle., Lucile sera donc plus heureuse quQ moi !
Digitizect-by VjOOQ IC