M BAL
Pon m^aviait dit? que tous Aevkz ëfiower ce petit ridicule Monsieur.
Une rougeur plus ^paisse courrit les joues de Lucile ; M^ de Maulepoat, ainsi nommait -on l'officier ^ t^e parut pas s'en apercevoir.
-^ Vous' sentez que j'ai démenti hautement ce mensonge. Le fiiit est, que si la chose se trouvait véritable , elle apprêterait a rire à bien du monde, et il dut avouer qii'elle serait assez ridicule pour cela.
Lucîle était au supplice.
La contredanse finit enfin, et tandis que la fiancée de Félix, dé retour à sa place, rë«^ vait aux propos de l'officier, se reprochait de les avoir soufferts et formait le dessein de ne plus en tolérer désormais de semblables , le régent s'approcha d'elle :
— Mademoiselle, dit-il à mi-voix, les yeux étincelans de rage, et la bouche contractée d'ironie , je viens d'entendre tout Totre en-
l8ô I^E HÉGBNT DE AUÉTORIQUE.
tretien arec M. de Maulepont. Merci , et
Il tourna sur ses talons et s'éloigna^ laissant Lucile stupéfiiite , et M"^ Lecomte dans un étonnement inexprioiable.
Purant les deux contredanses suivantes , jles danseurs de Lucile ne purent guère s'entretenir av^c elle , car elle semblait fbrtepoent préoccupée, et Tun d'eux crut voir une larme briller dans ses. yeux. M. de Maulepont vint ensuite la chercher de nouveau, et quand il fut arrivé au quadrille :
, — : Sayez-vous, Mademoiselle, savez-vous ce que je viens d'entendre : Le petit Monsieun.. vous savez, le maître d'école, disait tout à l'heure à votre cousine a Tout est rompu, Madame; rompu à jamais ! Elle me supplierait à deux genoux que je ne voudrais pas renouer avec elle ! je la méprise. »
De qui po^yait-il parler? quelle femme voudrait aimer cet original et s'exposer à ses
^ LE EiyL.: l8l
boutades? Oh!' ce n'est pokitaipsi que je voudrais aimer, que j'aime, hgoî/:.: ... ;.
Si vous ne repoussiez pas sans cesse w$ ' hommages, si vous m'écoutiez avec.ikiâî»f d'indifierence, quoique vous &sâez, moi, je ne dirais pas comme lui : oc je la méprise. . . Mais votre cœur est à un autre...
— Non, dit-elle.
— Eh bien! dites, me permetteaj -vous de demander votre main à votre tuteur?
Oh! parlez, parlez.
' 11 prenajt la main de Lucile, et il attachait sur elle des regards passionnés : elle leva les yeux, détourna la tète et pressa dou« cernent la main qui serrait la sienne.
Puis, dans une agitation extrême, elle vint supplier sa cousine de quitter le bal.
M* de Maulepont conduisit les deux dames jusqu'à leur voiture, et revint triomphant dans la salle où l'on dansait.
iSa LE RÉGENT BS &HÉT0EIQI3E.
^^Le pâdii €rt enfoncé» crk-t-il en pas-sant son bras aous le bras d'un de ses canoa- ' rades« -^ J'^pouae* -^Y kns boire un verre de
Ui.*,^ ..lu-i'ij -iâivjiï ;.: .j:,,'.
It. Wt MJLVLfeMmT.
' Je %và» sergCMt, ^
Brave et ÇAhuii^
£t je mène, tamboar battant, ,Qt iB' ètoirt ^h ii|)>iiiwit.
iikighait^ flVàifl grade de K^ttêhàiit :
t84 LE RÉGENT DE RHETORIQUE.
dans la solde de ce grade consistait toute sa fortune.
Doué d'une figure plus régulière que distinguée et à laquelle seyait à ravir une belle moustache noire ^ on citait dans le riment M. de Maulepont comme un homme à bonne fortune. Malgré la teinte apocryphe de maints succès dont on lui &isait honneur et qu'il ne dédaignait point de laisser croire, cette réputation ne manquait pas de vérité.
Sans beaucoup d'esprit, il s'exprimait aisément, mettais en luijiiqeiccwfiaiice sans boi^ nés, se montrait prompt à profiter de l'occasion , était fort pour brusquer les dénouemens, et marchait avec hardiesse droit au but. U y avait là, vous le vpyez^ plu$ qu'il n'en Êiut de chances de réussite.
On serait iMté de croire que cet homme, habitué à la séduction et qui savait avec tant d'art enlacef de ses pièges les femmes les plu&siH* ktsti^xdfi&i ne^dbTaijTrN^ craindre ^f^év^ftj^. ?d'.aA Mmmt iitféfl^, emom
M. DE nrAUlEFOMT. l85
mcins s'y laisser prendre de bonne foi , et se régner à en subir ks plus longues et les plus amères conséquences, à savoir : un mariage pauvre. Cest pourtant ce qi|i lui arriva.
Habitué à vivre au jour le jour, et à piar- ^ chei" sans r^ar^ devant lui , il se Jeta dans sa passion pour Lucile, sans prévoir où elle le mènerait, et faisant fi de la prudence, ou plutôt sans songer qu'il aurait dû la consul^ ter. Cette passicm, du reste, n'offrait rien de réellement romanesque ; il s'y livrait comme il se serait livré à autre cbose; il la menait à fin comme il aurait mené à- fin autre chose; et il ne songeait pas. plus aux résultats du mariage pauvre qu'il voulait contracter , qu'il n'avait songé aux duels auxquels il s'était exposé avec des maris, pour s'être complu à compromettre fiituitement leurs femmes.
Cette étrange insouciance, cette duperie â contradictoire avec l'expérience qu'il aurait dû acquérir, est plus InatureËe et plus
l86 LE RBGBMT DE KHtTOKIQmS.
oosuntine qu'on ne le croit. Sur vingt personnes qui contractent 9 ce qu'on iqppelle « un sot mariage, » aoyesi bien sâr que plus de la moitié se composera d'hommes à lionnes fortunes. Il faut même ajouter que, la plupart dû tems, leurs chances de malheur en ménage ne se renferment pœnt dans le manque de fortune, mais qu'eUes s^étendent encore à d'autres diances contre ksqudles, de moins expérimentés se prémunissent , ¥mns reculent.
Donc, après avoir été toute la nuit, par k jeu, détourné de l'idée de Lucile et de la demande en mariage qu'il avait à &ire, M. Mau-lepopt rentra chez lui, avec mille écus qu'il avait gaulés à l'écarté, en s'expoçant à perdre six Ynois de solde. Il écrivit à M. Lacomte., ^t vepir un planton, qui passait, le chargea de sa missive et se jeta. sur son Kt ^ U /9':eQdQnni]; profond^mentt
C!e Jour-la, M* Lecomte s^était levé de iirèf^ibmiè heure, car des inquiétudes gra-
M. DE BIAtJLEPONT. 187
▼es et trop réelles le boorrelaieiit. Cet homme de rien qui ^ tout-à-coup, avait tu se réaliser ses rêves les plus impossibles de £m:« tune, n'avait pas su se contenter de Théritage immense de son beau -père, M. Moreeu.
Avide dcf l'accroître encore, il s'était livré à des spéculations qu'il r^ardait comme as-surées et qui se trouvaient hérissées de chan* ces de pertes. Victime, car quel homme ne se laisse point prendre aux pièges les plus git>s^elrs de l'amour^-propre , victime des flagorneries de quelques intrigans, il avait maa> ehé, marché sans se rendre compte, et entraîné qu'il était par les circonstances et leur force impérieuse. Puis, à mesure qa^l subissait des pertes, son avidité ntftnrdle et ce sentiment par lequel un liomme veut à tout prix ressaisir la propriété qui lui écdlapr pe , le firent risquer plus encore. Il agîft en joueur désespété et ne cessa dé se èSbsâtam contre le sort dlune manière aussi 'fiitale que le jour bù il ne lm't«ta pkis rien. L^ miA-
l88 LE RÉGENT DE AHÉTORIQUE.
heureux se trouvait donc seul en présence de l'horrible aspect de sa ruine, lorsqpie l'on vint lui dire qu'un soldat chai^ d'une lettre pour lui, voulait à toute force la lui remettre en mains propres. Le soldat fut introduit, donna sa lettre, et, fidèle à la consigne ordinaire des plantons, exigea un reçu. Irrité, £itigué, et déjàlibrs de lui, M. Lecomie ouvrit la lettre et la jeta avec fureur sur le plancher.
-^ Que celui qui t'envoie s'en aille au diable! maugréa-t-il.
Le planton ramassa la lettre, retourna chez M. Maulepont, et attendit son réveil pour lui rendre la missive avec la réponse.
Le premier mouvement de l'officier fat d'aller couper la gorge à celui qui se comportait si malhonnêtement à son^ard, et de lui apprendre à vivre. Il réfléchit ensuite que cela n'arrangerait en aucune &çon ses affaires, et qu'une fois le tuteur tué, il n'était j^us possible d'épouser la pupille; il se re-
M. DE MAULEPONT. 189
mit donc à écrire, et cette fois il adressa sa .lettre à Lucile. C'étaient de$ protestations d'amour ) formulées, comme il en avait formulé cent fois : ensuite le récit de l'étrange accueil fait à sa lettre par M. Lecomte. Il terminait en lui rappelant qu'elle était majeure, qu'elle était libre, et qu'il la suppliait de ne point le pousser au désespoir en ne lui donnant pas sa main. Je suis résolu, disàitil en terminant , oui , je $.uis résolu aux plus grands éclats dans le cas où tous me refuseriez : si TOUS n'êtes pas à moi, du moins je saurai ivous compromettre assez pour que -vous ne soyez> jamais à un autre : jugez si je vous aime, pour eh venir à de telles'extrémités.
Le reste était sur le môme ton.
Lucile, de son côté, n'était pas sai^ regrets des événemens de la nuit; elle n'osait y ar- ^ rèter son imagination. Gomme on ne s'avoue jamais complètement à soi - même les torts que Ton a eus, elle accusait Félix d'une al-
190 LE RâGBMT DR AttÉTOmiQUE.
garade folle et inconvenante ^ et elle fioaail tout pour se persuader qu'il j allait de sa dignité à elle, d'agir comme elle avait agi.
D'un autre côté, les engagemens qu'dlé avait pris avec M. de MauVepont, tacitement, et sans j réfléchir, lui pesaient craoume un remord. Elle se disait, elle se redisait qu'il ne les prendrait pas au sérieux, et qu'il n'en réclamerait pas l'exécution : et puis, infailliblement, Félix reconnaîtrait ses torts. Déjà, à diverses fois, il avait feint de rom« pre de )a sorte et il était revenu plus doux qtie jamais. S'il persistait, quelques paroles de réconciliation, et moins encore peut-être, un sourire d'elle, suffiraient pour le calmer et pour renouer ce mariage dmit sa cousine a eu le tort de ne^lui parler qu'aj^:^ le départ de Félix irrité. Tout cela s'arrangera donc, pensa -t -elle en reposant là tête sur son oreiller pour tâcher de dormir. — Car, de raisonnement en raisonnement, ou |dutôt de paradoxe en paradoxe^ elle était
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M. DE |fA.I7LBP0]fT. JQl
parvenue à se calmer, à se rassurer et à revenir à l'espérance.
— Mademoiselle, dit une servante, un spldat est là qui veut vous parler.
— A moi?
• — Oui; il dit que c'est une lettre de la part de son lieutenant.
— Donandez-la lui, et apportes-la moi.
— 11 s'y l'efuse, Mademoiselle, et il dit
comme cela qu'il lui faut un reçu.
Ne comprenant rien à tout cela^ Lucile s'habilla à la hâte, eut bien de la peine à renvoyer le planton sans le reçu qu'il eKi* geait , et lut la lettre de M. de Maulepont."
Elle l'avait laissée retomber sur ses genoux, et, la tête penchée sur sa poitrine^ elle réfléchissait avec amertume, loi*sque M"* Lecomte vint la rejoindre.
-; — Lucile, monteur Félix me quitte, dit-elle.
Lucile. tourna vers sa cousine dès yeux qui exprimaient l'espoir et la confiance.
19a l'E RÉGENT DE RRÉTOaiQUE.
. — Ab! fit-elle, et quedit-il^ ma cousine? Reooniuuit-il ses torts d'hier?
— Ses torts ! s'écria Marie , ses torts?
Lucile! Hélas! j'ai parlé bien long-tems pour atténuer la cruelle conduite que vous ayez tenue hier à son ^ard, et mes supplications n'ont rien pu sûr lui. a Qu'elle me promette de &ire désormais à M. de Maulepont un accueil à le décourager, ou plutôt qu'elle le fiisse Tenir ici y qu'elle lui dise devant TOUS que ses assiduités lui déplaisent : alors )>
— Ahl il yeut imposer des conditions, vraiment!..... Tenez, ma cousine, si tous m'aviez consultée, tous ne m'auriez point mise dans une fiiusse position : j'ai bien changé d'avis depuis hier. Monsieur de Maulepont me demande en mariage ; je l'épouse.
— Monsieur de Maulépont! vous, Lucile!
— Et pourquoi non ?
* M. 1>E 1IA.ULEIPOMT. 198
—Monsieur deMaulepon^ mais cela est impossible; cela xie. saurait $tre; cela serait indigne !
— Cela sera pourtant.
— Mon mari n'y consentira jamais.
— Je suis majeure.
— Lucile, Lucile, vous le tuerez, ce pauvre Félix.
Lucile hésita, et des larmes remplirent ses yeux.
— Un mot, écris-lui un mot, ma bonne amie , avbue tes torts !
— Mes torts! Demander pardon! Vraiment, non.
Elle se mit soudain à écrire, et, malgré l'ironie de ces dernières paroles. M""* Lecomte espérait encore que la lettre était pour Félix.
Son billet terminé, Lucile tira la sonnette avec violence.
194 ^^ RÉG«fT M RHSTOlliQUE.
-^ Antoine, otdonna-t-«lle au domestique qui vint 9 portez cette lettre cfacK M» de Maulepont.
MAKIAGE ET BEPAUT.
Le loaife a dit : Je yoas unis.
VenÙLut de chœur, au doux ramage A dévoile la sainte image.
lie prêtre a dit : Je tous unis.
— GAYA&iir (Chanson), —
Paolo. Et^pas un regret ! pas un soupir.
LouETTA. Pas un regret ! pas un soupir (O^/rar^. Ah ! i'ai la mort dans le cœur.
— PiiTts FaiBHZi fP^r chej. —
Pour faire persister dans un dessein que l'on a conçu , il n^ a rien de meilleur , ou
si l'on veut de pis , que l'opposition des autrès. Abandonné à soi-même, on céderait la plupart du tems à la raison et plus encore à cet abattement paresseux qui suit toujours la première irritation d'un vouloir énergique et contraire aux habitudes contractées ou aux idées reçues. Les obstacles et la désapprobation froissent , irritent , rendent hargneux , et exaspèrent l'esprit de contradiction inné chez l'homme et désinence de la vanité. On se guindé , l'on s'entête d'une puérile résistance; rien ne peut contre cet entêtement, et l'on a beau voir que l'on agit avec danger, on persévère pour ne pas laisser un frivole succès à l'amour*propre des autres. C'est par de si misérables raisons que l'on compromet trop souvent les plus graves intérêts de la vie , et qu'il faut attribuer les quatre cinquièmes des sottises qui se font.
Sans le refus formel et brutal de son tuteur, sans l'intervention et les reproches
de sa cousine ^ et surtout s'il n'avait point &llu avouer devant Félix des torts réels , à coup sûr Lucile ne se avait point jetée , comme elle persistait .à le faire, dans les bras d'un homme qu'elle connaissait à peine* Ija moindre concession l'aurait fait revenir. Loin de là , M. Lecomte, que ses mal^ieurs tout-à-fait ignorés du reste de sa Emilie irritaient de plus en plus , M. Lecomte n'avait pour Lucile que des sarcasmes et des injures s Marie la traitait avec froideur, et Félix n'était point une seule fois venu chez M""' Lecomte, depuis le bal. La jeune fille ,. isolée de la sorte dans la maison de son tuteur, ne voyant que dès visages indifférens ou hoistiles; et sans cesse exposée à des allusions' mordantes, prit le parti de ne plus sortir de sa chambre. Là ^ attendant impatiemment le jour de sa délivrance et de son mariage, elle recevait M^ de Màulepont peu souvent et toujours en présence d'un tiers.
Une telle position devenait chaque jour
trop £Mifi»et trop pénible pour que Ludk et son fiancé ne cherchassent pas à l'abréger par tous les moyens possibles. Gela dura néan-* moins trois semaine» encore, après quoi la permission du ministère advint à l'officier:
relise et la mairie publièrent les bancs, et Fon se trouva au jour qui précédait le ma* riagfB.
Lueile était triste. Maintenant qu'elle
avait contracté des engagemèns solennels et
pi'esque irrévocables ,, maintenant qu'il lui
était impossible de retourner en arrière,
l'amour-prc^re cédait à la conscience de
l'imprudent parti dans lequel elle s'était
jetée, et l'avenir était loin de se montrer à
son imagination riant et plein de bonheur.
Quant à M. deMaulépont f il se laissait all^
à« la joie de son mariage, avec une insou-
ciaticè enfiintine, et il se délectait à dépenser,
^en bagatelles et ^n parures pour sa femme,
cinq à six mille francs, qu'il ne possédait
p», et qu'il prélèverait sur la dot de sa femme. -'
L« soir o& devait avoir lieu le mariage , car en ptx>vinoe W mariages d^appamt w celèrent la nuit, M« de IMbulepont vint, ae-> ccmipagné de deux officiers^ ses camarades, chet^cher sa futune pour là conduire à l'atf* tel.
Avant de quitter son tuteur, il fiiUâit que Lucile fit ses adieux à M. Lecomte et à sa femme ; en conséquence elle se rendit chez Marie, qui voulut continuer à la traiter froi-^ dément, toais dont les larmes s'échappèrent bientôt malgi'é ses efforts pour les retenir.
— Adieu Lucile, dit*elleen se jetant dans les bras de son amie \ adieu , et puissiez* vous être heureuse !
Lucile répondit par des larmes aux kùrmes ^ sa cousine, et leurs adieux furent loi^À et ^0 de âodaleur;
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2Qfp LE RÉ&EKT DB ail«TOKlQUE.
Les fiancés aUèreatenauil^trobyer M. Le* comte dans son cabinet. Ils restèrent surpris du changeiàent survenu dans tes traits de cet homme; Une rougeur maladive eng(»^ geait ses yeux et semblait gonfler les Yeiues saillnntes.de son fnwt amaigri : étendu dans un Êiuteuil^il reçut dédaigneusement Lucile et monsieur de Maulepont et ne leur répondit que j^r des paroles dijstraites et 3accadées.
— Monsieur, dit l'of&cier en s'en allant peu satisÊiit d'une pareille i^éçeption, yous avez reçu ma lettre il y a huit jours, et vous tiendrez prêts pour demain, n'est-ce pas, les quinze mille francs qui forment la fortune de ma femme?
M. Lecomte répondit avec un' sourire convulsif :
7T- Demain, sqit.
— Je pars pour fbris,. cette njuitmême, en sortant de l'élise , et je l^iase piroçuration
MAAUGE ET DÂPART. 201 .
à M. de Brennars, que voici, pour reoBTcir cette somme.
— Soit.
Lucile s'avança timidement et pi^nta son front au baiser de son tuteur. Alors le sourire convuMf de M. Lecomte se changea en un rire plus effrayant encore.
— Adieu ! s'écria-t-il , heureuse et belle fiancée. Adieu! M°" de Maulepont. Je vous souhaite du bonheur ! Que ce baiser vous porte bonheur comme à moi.
Et il se r^'eta sur. son Ëiuleuil^ haletsint, hors de lui et laissant chacun dans Fétonnement de propos si bizarres.
. -— Je crois, dit en sortant un des amis de M* de Maulepont, je cr<Hs, Dieu me pardonne, que ce chrétien-là perd la tète, s'il ne l'a déjà perdue.
Et quittant M. Lecomte, lès fiancés montèrent en voiture et se rendirent à la mairie, et puis à l'église, au milieu d'une foule imr
302 LE AÉGEKT DE RHéTOftlQUE.
maoBB-y car^ toute la ^iUe^ qui airait^pié les amours de Félix et de Lucile , se déiedait, depuis un mois, du dénouement inattendu de ces amours.
Quand Lucile fit son entrée, dans l'église, une grande quiantitéde dames grimpèrent sur Ijeurs. chaises pour Fexaminer à son passage , étudier sa toilette, et s'en préparer pour le lendemain un sujet inépuisah\e de commentaires et de remarques méchantes.
' Mais un événement bien plus dramatique vint feire diversion et procurer une ample matière aux conversations et aux suppositions; car, au moment oh la mariée revenait de l'autel ppMr aller rejoindre sa voituirè, un bruit sourde fit ent^idre dans la partie la plus obscure de la nef, et œ bruit sourd, qui resseipblait à la chute d'une pqiisonne , fut suivi d'am gémissement coinpriçié. . ,
Ghacun courût de ce côté4à ; nuiis oti vit seufemeiit: du plutôt on pi^étwdit a^oir vu un jeune homme qui se relevait prompten mentyetqpi fuyait eu cherc|)ant à évitw les i^gards. Plusieurs personnes affirmèrent avoir Inconnu Félix : Françoise, interrogée sur ce point, fit les plus grands sermens que son maître, malade depuis trois semaines^ n'avait pas quitté sa chambre un seul moment.
Quoi qu'il en soit , cet événement causa à Lucile une émotion pleine de tristesse.
Malgré les tendres paroles de son mari, malgré la rapidité de la chaise de poste qui l'emmenait, malgré l'aspect de la campagne, qui, pour être dépouillée de verdure, n'en offrait pas moins le plus ravissant paysage, de toute la route, cette tristesse ne quitta pas la nouvelle mariée à qui, plus qu'il n'est Êicilede le dire, il fut pénible d'avoir à la dissimuler.
Le lendemain de leur arrivée à Paris, les époux l'ecurent une lettre qui acheva de ré-
aOif X.E RÉGENT DB RHÉTORIQUE»
pndre une teinte de douleur et de désespoir * sur les premiers jours de leur lune de miel.
Mais n'anticipons pas sur lès événemens.