FÉLIX
Perdue! perd ne k toujours. Un autre l'a pressée dans ses bras ! Un antre a eoutert de Itaisers son sein palpitant. Perdue! perdue !
-— RBGiint-DBSTomtBiT CLa Heine, ronum inédit et inad&evé).
Françoise fiiiâait un gros meosonge, en disant à ses curieuses voisines^ que durant la
nuit des noces de Lucile^ Félix n'était point sorti de la chambre, où le retenait une grave indisposition. Les efforts, voire les pleurs de la digne gouvernante , n'avaient pu / ni retenir chez lui le régent de rhétorique, ni le détourner d'assister au mariage de son infidèle maîtresse, pour laquelle jamais il n'aVait éprouvé autant de passion que depuis qu'elle en aimait un autre. Rien ne vaut comme la privation po.ur donner du prix il un bien.
Lui aussi, plus d'une fois, il s'était repenti amèrement de sa rupture inconsidérée) lui aussi n'aurait pas demandé mieux que la moindre concession lui permît de revenir sur ses pas. Il ne pouvait se faire à la pensée de ne plus revoir Lucile , Lucile à laquelle se rattachaient ses plus suaves souvenirs, Lucile, sar laquelle il avait fait reposer tant d'espérances de bonheur. Les deux ou trois premiers jours qui suivirent lé bal, à ohaque iàsfani il croyait qu'un message eonciliateur
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alkit amver et le rappder che^ Lucile.
M** Lecomte^se disait41 , M"* Lecomte â dévouée à l'iHi et à Tautre, qui s'intéressait jsi riveinent à leur manage^ ne tnanquerait pas de préparer ce racdommod^ment. Une fois, sa pit|pière indignation passée et ne regardanjt pas, lui, comme sérieuse et devant être pri^ au mot, sa rupture avec Lucile, il ne fut donc pQS trop malheureux, et il se renferma dans son courroux, comme le fait faire Homère à Achille.
Cependant l'absence de ses visites habituelles amena bientôt l'ennui , et l'ennui modifia sinjgulièrement ce courroux , à son avis , si digne. Il batailla toute une journée et toute une nuit contre le désir qu'il lui prit d'écrire à Lucile. D'abord vous comprenez qu'il rejeta loin de lui une lâcheté pareille, et qu'il demeura plus de trois heures .avant de vouloir s'y arrêter, quoiqu'elle oscillât perpétuellement devant lui , et qu'elle se mît sans cesse entre son imagination et toute autre pensée.
ao8 LÉ RÉGENT DK RHÉTORIQUE.
— Au bout du compte , alléguait la feiblesse , je ne vois réeUement pas quel motif pourrait empêcher de lui écrire et de lui répéter ce qui a été dit au bal. S'il y a là une avance, c'est assurément une avance bien faible et qui n'engage à rien. • '
— Elle engage à plus que l'on ne pense, objectait l'amour-propre ; car si Lucile ressent l'envie de tenter un raccommodement et d'avouer ses torts , elle s'en gardera bien après cette lettre qui lui ouvre une voie moins pénible.
— 11 y a des égards de position qu'il faut considérer, reprit la faiblesse. Lucile est une femme ; et une femme a toujours ^mauvaise grâce à faire les premiers pas au devant d'un homme.
— ^Une concession en entraine une autre, et une autre des milliers, fit l'amour-propre se donnant un faux air de prudence.
— En résumé, conclut la Êiiblesse, une lettre écrite avec fermeté n'engage à rien ^
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idut seta décidé jmr ta réponse qu'on y fera ; il faut donc adresser un billet.*
-.— jEt l'écrire avec une fermeté sévère , dit l'amour-propre, aux trois quarts vaincu et en terminant la. discussion.
Mais les avantages remportés par la feiblesse né devaient pas se borner là; Quand * Félix se fut mis à son bureau , et qu'il eut , ùb irato, jeté sur le papier quelques phrases avères et sarcastiques , il les relut avec satis&ction y en anj^ant outragé et en auteur.
Il s'y complaisait tellement qu'il les relut quatre fois tout haut, et en donnait à chaque tnojl; l'intoùation irritée qui leur convenait;
L'amour-propre se gonflait et se dilatait de voir un courroux si grand et si ^bien exprimé;
•— Un tel billet fera plus de mal que dé bien ; c'est fermer la voie à toute réconciliation y murmura la faiblesse.
— ; Il ne faut pourtant pas , après une in-
j ure y se mettre à deux genoux , et demander pardon à la main qui nous a souffletés.
-^ Non ', il y a moyen de tout dire sans s^exprimer avec rudesse.
Le régent déchira sa première lettre et en écrivit une seconde ; quelques allusions , presqu'involoiitaires à sa tepdresse jpoiir Lucile, allusions qui vinrent naturellement sous sa plume, amenèrent la sensibilité qui , jointe à la faiblesse, achevèrent d'éloigner Tamour-propre* L'amour-propre murmurait encore, mais bien bas.
Une troisième lettre fut doiic le résultat de ce nouveau conflit entre la sensibilité et la faiblesse.
« Mademoiselle , voici quatre jours que je
<x suis bien malheureux, et c'est vous
ce vous!... qui me rendez malheureux à ce (( point. Quelles paroles cruelles vous avez (c dites! Deviez -vous, ainsi, traiter avec ((mépris un homme qui vous aime trop « peut-être , puisqu'il vous demande comme
FEUX. 2li
k une grâce un moment d'entretien ^ aujourcc d'hui, tout à l'heure, le plus tôt possible, ce 11 a besoin de vous paTler, de vous revoir ce encore uile fois. »
11 en était là , quand Françoise se précipita plutôt qu'elle n'entra dans la chambre de son maître. Elle pleurait à dhaudes lartnes, et il lui fallut se remettre avai^t que de pou-> voir parler.
— Yiousne savez pas, Mpnsii^uri vous ne save?i pas, dit-elle, à la .fin , ^t pour ce coyp avec une. voix claire, et élevée à la nqte la plus haute ^e son diapaaon : M^^jLucUé, se maVieaveç un officier ! >j ji ji a >
j L<e régent pâlit et l^is^ retomber l^rbraà avi^ dçsespoir. .. > i
.f rrEH^ se marie avec un officier, Momh, sâejLfr, et tout le monde, chez. M. Lécomte se trouve dans la désolatiofif^ Madame pleuVej Monsieur ne veut plus voir personne^ éi M^^Lucile-ae sort plas de Sa chambre.
2121 LE RÉGENT DE HfaÉi'ORIQUE.
-^Gela n'est pas possiI]^le; tu te trom|^^ on t'a trompée.
-^ Non pas, c'est Jacques Lefebvre qui m'a dit cela; et Jacques Lefebvre est fin au moins. 11 ne parle pas beaucoup et il a Pair de ne rien voirj mais il toit tout, je vous l'assure^ et même où leplu^ fin n'y apercevrait goutte^ 11 m'a dit au sujet de la for'tune de M. Lecomte
— Se marier.», se marier avec lui!... Et quatre jours auparavant... me jurer encore qu'elle m'aimait. . . Mon Dieu.. . . Mon Dieu. . .
En jetant ces interjections , Félix marchait à grands pas dans sa chambre; il s'arrêtait, il se jetait à son bureau, il voulait écrire, il se tordait les mains, il se les passai^ cokivulsivement sur le front, et se releyanl tout-à-coup par une sorte de rage, i! recommençait à parcourir rapidement ei dans tous les sens sa chambre^ dont le plancher tremblait sous ses pas.
-T- La misérable ! fit -il ! La misé-
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