I. Sévolinpcs. t. I, p
EXIGENCES PERSISTANTES 1)K (îEnliliE 1'"^. :2lKJ
La nouvelle Toison d*or, celte alliance défensive chaudement offerte dès la première heure par Tun, successivement accueillie, dédaignée, recherchée passionnément par Tautre, n*était pas gardée de moins près ni moins difficile à conquérir que jadis celle de Colchos. Rancunes, soupçons, orgueil, haines nationales d'Angleterre et d'Allemagne invétérées, se liguaient autour d'elle et en défendaient Taccès. La démolition de Mardick, Texpulsion préalable du Prétendant, Tinterdiction de se réclamer du traité d'Utrecht, quoiqu'il fût, au même titre que la paix de Westphalie, la base du droit public européen, tous les sacrifices d'un seul côté, voilà par quelles épreuves il fallait l'acheter maintenant. Autre complication : l'empereur Charles Yl ne voulait pas entendre parler des stipulations qui avaient attribué l'Espagne à Philippe Y. Il est vrai qu'il pesait d'un poids moins lourd dans la balance. Car au printemps de 1716, portant ses forces d'un autre côté, il était entré en guerre contre le sultan Achmet III pour la défense des Vénitiens dans la Morée et dans l'Adriatique. Les whigs avaient déploré qu'il allât s'emhrouiller dans ces lointaines entreprises. Selon eux, sa véritable affaire était d'afTermir ses alliances dans la chrétienté, d'apaiser les troubles du Nord, d'avoir l'œil h maintenir fermement la séparation des monarchies de France et d'Espagne, au lieu de laisser à la France la facilité de pousser ses intrigues en Occident 4ït peut-être de jeter cette partie du monde dans de nouvelles et plus grandes confusions *. Ils avaient offert leur médiation, mais sans rien obtenir de la morgue impériale, si ce n'est le traité d'alliance défensive du 5 juin (1716).
Tout à coup éclata la nouvelle de la grande victoire du princeEugènesurIesOttomansî\Peterwardein(oaoùt 1716).
1. Lord Townshend à Schaiih, W'hilehall, J5 ^iiC) iiovembiv HU. Hec, Off., Gennanif, vol. 202.
George et ses ministres, remplis de joie, en prirent une portion à leur actif contre le Régent. « Si Ton en sait tirer parti convenablement, dirent-ils, TEmpereur sera en mesure d'exécuter ses vues sur Tltalie, de manière que lui et le Roi y trouvent leur compte '. » Et Dubois : « On m*a envoyé bumer une étrange nouvelle pour le succès de nos affaires ; il semble que Tair en Allemagne eu soit chaîné, et je puis dire empoisonné *. » A la Haye, Châteauneuf garda toute sa présence d*esprit. Par une tactique originale, aussi bien qu*inattendue, il enchérit sur Timportance de ce grand succès des armes impériales, et se livra à des exagérations que plusieurs trouvèrent très outrées. Son but était d'inquiéter Topinion sur la puissance excessive de l'Empereur, comme si, après cela, il allait enfiloutir toute l'Europe, si bien que les Impériaux euxmî^ines furent obligés d'atténuer, de vanter la modération du chef de l'Empire, et de protester que, fût-il dans une prospérité plus florissante encore, sa grandeur servirait de rempart à la République et serait pour celle-ci un nouveau motif de se tenir dans une étroite union avec lui '. Ce trait donne une idée de la fertilité d'esprit de notre ambassadeur en Hollande.
11 n'en était pas moins probable qu'à Hanovre, l'abbé, malgré son savoir-faire, sa résolution de réussir, risquait de se heurter à des difficultés insurmontables, à moins d'un puissant auxiliaire, capable de défaire ou de trancher h» nœud gordien. Mais lequel? Celui qu'on attendait le moins, celui que personne en France ne songeait à invoquer et qui, lui-môme, chose plus singulière, ne se douta
1. Poynlz à Slanliope, Hamplon CourU 10 (21) aonl lllfi. Coxc, Memoirs of Walpole, vol. II, p. 67.
2. AiilHTtin, r Esprit public nu XMW siècle. ■i. Lnmbcriy. I. IX, p. 558.
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pas de l'influence décisive qu'il exerça sur les événements : nous voulons dire le tsar Pierre le Grand. -Il fut, sans v penser, le Deus ex machina.
Un jour de juin, on se le rappelle, le Régent, irrité de la raideur et des prétentions oflfensantes de George I*'', avait fini par s'écrier que, si c'était la guerre que Ton voulait, soit, il se défendrait de son mieux *. Or il arriva qu'à la suite des événements du Nord, Pierre le Grand occupa le Mecklembourg; et de là, menaça le Hanovre, objet de toutes les complaisances du roi d'Angleterre. Une crainte traversa le cerveau de ce dernier : si le Français allait faire alliance avec le Russe, à la fois pour envahir le Hanovre et pour rendre l'Angleterre au Prétendant? Cette soudaine réflexion, renforcée par les inquiétudes que les ministres hanovriens conçurent pour leurs propres domaines, mit à néant ses rancunes et l'entraîna du côté de ralliance.
L'importance que celle préoccupation prit dès ce moment 4lans la politique de George P% nous oblige à entrer dans quelques explications sur l'état de cette partie de l'Europe.
Nous avons rapporté, au commencement de ce travail, que George, traitant à titre d'électeur de Hanovre avec le roi de Danemark, Frédéric IV, lui avait acheté les duchés de Brème et de Verden, épaves du naufrage de la grandeur suédoise, et avait déclaré la guerre à Charles XII (1715). Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume P', gendre du roi d'Angleterre, avait joint son ambition et ses armes aux siennes contre la Suède. Auguste II, électeur de Saxe et