‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 107 sur 209 · EXIGENCES PERSISTANTES DE GEORGE F'''. 30H · texte numérisé non relu

EXIGENCES PERSISTANTES DE GEORGE F'''. 30H

ennemis, s*en était échappé (fin décembre 17i5). Il était enfîn rentré en Suède, après seize ans d'absence. Ramassant aussitôt les ressources suprêmes de son royaume épuisé, il avait, comme compensation territoriale, entrepris la conquête de la Norvège sur les Danois. Mais sa tactique, plus emportée qu'habile, échoua dans Tété de 1710 et il dut se replier sur la Scanie, province de Suède, situer en face de Copenhague. On Vy menaça d'une descente prochaine. Le tsar conclut une convention (3 juin 1716) avec Frédéric IV par laquelle les deux princes s'engagèrent h réunir leurs forces de terre et de mer pour débarquer en Scanie. La flotte du roi de Prusse, les vingt-deux vaisseaux anglais de l'amiral Norris devaient y concourir. Un grand conseil, tenu à Copenhague (août), déféra le commandement'en chef h Pierre.

Mais déjà quelque zizanie s'était glissée parmi les alliés. Frédéric IV, après avoir ouvert le port de sa capitale aux vaisseaux des Moscovites et admis leurs troupes à ramper au pied de ses murs, conçut des doutes qu'on lui suggéra sur la loyauté du tsar. Il refusa d'ouvrir les [»ortes de la ville. Il prétendait que le tsar payî\t les bataillons qui devaient être envoyés en Dîinemark et qu'ils fussent entièrement sous le commandement des généraux danois. Pierre refusa l'une et l'autre chose, tout en protestant de sa disposition à agir de concert avec ses alliés. Il retarda Texpédition sous différents prétextes, et prolongea son inquiétante présence à Copenhague, jusqu'à la (in d'octobre *. Sur les plaintes des uns et desaulres, il évacua le Danemark; mais il se concentra dans le Mecklenihourg. L'Elbe seul le séparait du Hanovre.

1- Lord Polwarlhà HoIm'IIioii. Copenhague, 22 oclohre 1710; — àlonl Stair, ■"• novembre i'ir». Slair Pfipersy Oxenfoord Caslle, vol. VI. Robclhon a Slair. G<rlire. i lunomlM-e IIIG. Ifi., vol. VIII.

•'M LE HËiiENT. L ABBÉ DUBOIS ET LES A.NULAIS.

(icorge s'en préoccupait d'autant plus qu*il y avait entre vuXy nous dit-on, une haine qui dura toute leur \ie et dans la plus vive aigreur *.

Outre le roi, ses ministres hanovriens n'étaient pas moins hostiles à la présence des Russes dans le MecklembouI^^ par des motifs à eux personnels. Le baron de Bemsdorf. originaire de ce duché, y possédait trois villages; il était engagé, ainsi que le reste de la noblesse du pays, dans une vive querelle avec le duc Charles-Léopold, relativement à des contributions réclamées par Tautorité ducale. Le procès, commencé sous la génération précédente, durait depuis Tannée IbGi. Les indomptables seigneurs, bien que condamnés cinq fois en justice, en dernier lieu devant !<* Conseil aulique (1698), étaient parvenus à obtenir de la cour impériale un protectorium y c'est-à-dire un acte qui les mettait sous la protection, et du roi de Suède, comme directeur du cercle de basse Saxe, et même de rélecteur lie Hanovre. Cette mesure, du moins en ce qui concernait rélecteur de Hanovre, était, selon le duc de MecklembouPr:, directement opposée aux constitutions de TEmpire qui défendaient très sévèrement à tous princes ou Ëtats d«' TEmpire dc^ prendre sous leur protection, de favoriser ou d*appuyer en aucune manière les sujets d*un autre Ëtal. Il s'était adressé au roi de Prusse qui, pour lui plaire, avait cantonné un régiment de dragons chez les récalcitrants, jusqu'à ce qu'ils témoignassent d*un vériiablf^ repentir *.

1. Saint-Simon, t. XIV, p. 421. Saint-Simon cxpUque cette haine [«ar Topposition opiniâtre que George aurait mise à ce que le Isar construisit un canal qui traversait un petit coin du territoire banoTrIen. C'était jalousie de commerce. L'explication des Mémoiret n'est pas la bonne assurément, puisque nulle part les Ëtats des deux princes n'étaient continus. Mais le fait de leur inimitié réciproque parait certain, d*apK": d'autres sources (lord Mahon, vol. I, p. 231). Peut-être faudrait-il Tattriburr .i rincidcnt que nous rapportons un peu plus loin.

2. Mémoh'e du duc de Mecklembourg sur ses difféi'endi avec ta noblesse. —

KXIGENGBS PERSISTANTES DE GEORGE r. 305

Mais maintenant le tsar apportait à son neveu une force autrement redoutable. Bernsdorf, à cause de ces démêlés féodaux, de si mince importance dans les révolutions du Nord, poussa (jeorgc à une démarche offensante, presque hostile envers le tsar. Ce dernier avait fait au roi des offres de traité de commerce, offres qui avaient été agréées. Mais quand le minière russe, Kourakin, alla à la rencontre de Geoi^e lors de son débarquement aux bouches de la Meuse, se flattant de la signature du traité, le monarque refusa de le recevoir; et Kourakin revint avec son affront il la Haye, où il ne put se taire de sa mésaventure. Bernsdorf était donc vengé de la protection dont le tsar couvrait le duc de Mecklembourg *. Mais, en y songeant, il s*effraya de tant d'audace. De même que son maître, il apergut le spectre de Talliance franco-russe. Aussitôt, il changea de sentiment à Tégard du Régent et devint aussi désireux dft Tamitié de la France qu'il avaii, jusque-là, fait profession d'y être contraire.

Voilà sous quels auspices, dans quelles circonstances ifrnorées à Paris, allait s'accomplir le second voyage do Tabbé Dubois, et comment le succès on était assuré d'avance '. L'habile Stanhope s'appliqua à tirer le meilleur parti possible d'une situation que le négociateur français ne soupçonnait pas. Mais nous savons maintenant que les conférences à ouvrir ne pouvaient pas manquer de porter fruit.

I^amberty, Mémoires pour servir à l* histoire du XVI II* siècle, l. V, p. 48 pt siiiv.

Page 1