‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 108 sur 209 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

l\bBÉ DUBOIS A HANOVRE

L'abbé Dubois arriva à Hanovre le 19 août (1716.) Caché sous le pseudonyme de Saint-Albin, comme à la Haye, avec le même mystère, il logea dans la maison de Stanhope au même étage que le ministre anglais. Uu salon commun les séparait.

Sur ce qui se passa cette fois, nous sommes mieux instruits que pour Tentrevue de la Haye, car nous avons le récit de Stanhope qui fait défaut à la première. C'est une longue dépêche au secrétaire Methuen, datée de Hanovre, 24 août 1716, et rédigée pour le cabinet de Londres ^

(c L'abbé Dubois, dit-il, est ici depuis cinq jours. Il a remis un papier contenant la résolution dernière du duc d'Orléans par rapport à Mardick. Mais les écluses sont à peine modifiées ; la profondeur de l'eau est la même. Il est seulement question d'obstruer la grande écluse, et non pas de la détruire, comme dans notre projet. Après examen

1. Coxe, Memoirs of Robert Walpole, vol. U, p. 6S-72, en anglais. Non? ferons remarquer que ce document est réellement nouveau en France oii il n*en a pas encore été fait usage, bien que Touvrage d'où nous le tirons. date de 1798.

l'abbé DUBOIS A HANOVRE. 307

et discussion, je lui dis que je regrettais beaucoup que la négociation ne fût pas plus avancée, et que je voyais qu'elle ne pourrait pas aboutir. Il aurait bien voulu m'amener à raisonner avec lui en détail sur cette affaire, pour laquelle il avait apporté une grosse liasse de tracés et autres pièces; mais je coupai court, et lui dis que c'était en pure perte; j'en avais d'autant plus de chagrin, que c'était sur mon rapport de nos premières conférences, et sur le désir ardent exprimé par lui, l'abbé, au nom du Régent, d'obtenir l'amitié du roi, désir que j'avais représenté comme très sincère, que Sa Majesté avait, en grande partie, surmonté sa répugnance à se rendre garante de la succession en France, question d'un si grand intérêt pour Son Altesse Royale. Rref, lui dis-je, c'était là une matière sur laquelle Sa Majesté était si loin de pouvoir rien concéder que j'étais sur qu elle ne me permettrait même pas d'en parler avec lui, la demande faite par elle étant le résultat de plusieurs conférences en conseil privé, en sa présence, après mûre délibération et après avoir interrogé à fond les ingénieurs, les marins, etc. » Alors, l'abbé proposa d'envoyer en Angleterre M. d'Iberville *, accompagné d'un ingénieur muni de plans; il se faisait fort de convaincre le conseil que les offres du Régent suffisaient pour répondre aux fins que l'Angleterre se proposait.

Stanhope ayant rendu compte de cette conférence au roi, en reçut l'ordre de dire que si, de France, quelqu'un était envoyé en Angleterre, on ne refuserait pas de l'entendre : mais il n'y avait nullement à espérer que l'on se relftch&t sur aucune des demandes*

Dubois entama ensuite les deux autres questions de

1. M. dlberviile, ambassadeur de France en Angleterre, était alors à Paris pour affaires personnelles.

>^08 LK UKliKNT. L'ABBK Dl'B^US ET LES ANGLAIS.

l'éloigncineiil du Préfcndaiil et de la successioii à la couronne de France. Son interlocuteur déclara qu'il dovail èlro entendu (|U(* loul ce qu'il dirait sur ces deux points sérail subordonné à une rédaction satisfaisante et agréée du roi, de Tarlicle louchant Mardick.

« Quant à la succession à la couronne de Franco, je lui offris de dresser un article, exprimant la garantie du roi en faveur du duc d'Orléans, en termes aussi forts quil ])ourrait les suggérer; mais, quand il en vint au fait, je trouvai que, quoique la garantie de cette succession fut !«' seul vrai et réel motif qui i)orte le Régeul à rechercher l'amitié de Sa Majesté, Tabbé avait néanmoius pour instructions de Tintroduire comme accessoire au traité, au lieu d'en faire un article conçu de manière à rendre évi- <lent que c'était là son unique but et objet. Il insista donc 1res fortement pendant trois jours pour que Sa Majesté garantît le traité d'Ulrecht, dont le sixième article contient loul ce qui concerne la succession à la couronne de France. Je lui dis que, selon moi, Tintention de la France, de la Grande-Bretagne et de la Hollande dans cette négociation, n'avait pas été autre que d^établir une paix durable entre elles respectivement; qu'il savait bien que le traité d'Ulrecht ayant été fait après une longue guerre, dans laquelle toute l'Europe avait été engagée, il avait fallu légler les intérêts de beaucoup d'Etats fort étrangers à TalTaire en préparation actuellement; que tout État ou prince qui aurait à réclamer la garantie de quelque intérêt ou d'un avantage résultant pour lui des stipulations dXtrechl, serait libre de s'adresser directement ou à notre roi, ou au roi de France, ou aux Etats, lesquels, sur sa réquisition, pourraient entrer en telles conventions ou engagements qu^ils jugeraient convenables; mais que, selon moi, notre affaire, quant à présent, consistait uni-

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