‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 120 sur 209 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Tir.MLLEMENTS DANS LE GOUVERNEMENT BRITANNIQUE

A i Ordn' royal, Stanliopc joignit plusieurs dépêches oxplicalivos, pour Horace Walpole, du 6 et du 9 octobre; pour M. Mclhuen, du 8, et pour lord Townshend, du 9 '. Elles ont une grande importance, parce qu'elles fixent très clairement le but de ces négociations, ainsi que les mobiles, si peu connus jusqu'à présent, de George 1^' et de son gouvernement.

Dans celle du 6 octobre, après avoir marqué le désir anxieux du roi d*en fînir à cause des Russes, Stanhope recommande à Horace Walpole de disposer de son mieux le Grand Pensionnaire et « nos autres amis de Hollande » à presser très vivemcml Taffaire, pour qu'ils soient prêts à signer sans perdre de temps. Qu'il fasse connaître au Pensionnaire, s'il le juge à propos, « les raisons pour lesquelles le Roi veut lier immédiatement les Français par un écrit »; qu'à cet effet, Walpole signe avec l'abbé, mais en convenant expressément des deux cêtés, que les États seront admis comme parties dans Talliance, aussitôt que

i. Il les envoya toutes ensemble, le 11, en les faisant passer par Hor. Walimle. Rec. Ofjf., Uolland, vol. 315, fol. 207.

les formes obligatoires de leur procédure leur permettront d'v entrer.

Il espère que cette méthode amènera aussi Taccession des Etals au traité du roi avec TEmpereur, puisqu'elle devait avoir lieu en même temps que la signature du traité avec la France, les Etats ayant pris la résolution de mener les négociations de front. Sans cela, la cour de Vienne aurait un très spécieux, pour ne pas dire juste motif de mécontentement contre TAngleterre, si celle-ci à la fois engageait les Hollandais dans le traité avec la France et omettait de les engager à devenir parties dans le traité signé par elle avec TEmpereur.

Walpole aurait à commuuiquer sans réticence au marquis de Prié, ambassadeur impérial à la Ilaye, la substance du traité avec la France, et à lui faire comprendre qu'il était réellement à l'avantage de l'Empereur, puisque l'Angleterre et la France, parce qu'elles ne les confirmaient pas, abrogeaient tacitement celles des stipulations du traité d'Ut^echt qui étaient au désavantage de TEmpereur, non seulement quant à la Sicile, mais même quant au droit de succession de la maison de Savoie à la couronne d'Espagne, à défaut de la branche d'Anjou. « Ceci, dit le ministre, n'est pas une subtile conséquence à tirer des termes de notre traité; je peux vous dire en confidence que l'abbé Dubois, en réalité, dans toutes ses conversations avec moi, fait bon marché des prétentions du duc de Savoie sur l'un et sur l'autre point. El si la cour de Vienne est capable d'agir raisonnablement et d'alaudonmr ses chimériques prétentions à la couronne d'Espagne, je (rois véritablement que le roi pourra, sous peu, lui procurer de très considérables avantages du coté de l'Italie '. »

1. Stanhope à Uoracc Walpole, lIanoM\;, G oclobPv^ i*in, Co ;o. Mem. of Walpole, vol. H, p. 08.

H8i LE KÉGKNT. L ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.

Avec le sf*créiaire Metliuen (8 octobre), Stanhope in&islait sur les motifs du roi pour se hâter. « Les affaires du Nord n*avaient pas causé au Roi un médiocre malaise. Il y avait grandement à craindre que la France n*cn prit avantage pour saisir une pareille occasion non seulement de rompre la négociation, mais encore de fomenter el d'encourager de nouveaux troubles dans ia Grande-Bretagne. AKii de rempècher, Sa Majesté pense que, sans perdre un niomeni, il faut fixer le Régent et lai lier les mains parce traité. »> Pour cette raison, il a commandemeot du Uoi de signer avec Tabbé la convention qoo Melhuen trouvera dans ce paquet; et ordre décrire & la Haye que Ton si^iie aussitôt l'arrivée de Tabbé.

Quant aux Hollandais, les deux parties, en s'oUigeant à faire de roncerl toutes les démarches possibles pour les amener à signer, leur témoignent, dit-il, tant d'égards qu*ils ne peuvent avoir aucun sujet de plainte, surtout que le roi a un si grand intérêt à ce que le Prétendant soit forcé le plus tôt possible de passer les Alpes. Son dépari est d^aulant plus urgent, que, de tous c6tés. Sa Majesté est informée qu*en ce moment même, il projette une nouvelle invasion. La même considération a porté le roi à accepter le premier des trois expédients que la France a offerts pour réloiirner, parce qu*elle sera liée absolument dès riiislant (le la signature.

Ici, Slanliope prévoyait le cas où les pleins pouvoirs envoyés d'Angleterre à la Haye, ayant été probablement calculés pour la signature par les trois puissances conjointement, ne seraient plus de mise pour les deux puissances seulement. Il en avait prévenu Tabbé Dubois, afin que c(4ui-ci n'en fût pas étonné et ne suspectât pas la sincérité du roi. t)n aurait à en expédier d'autres (de Londres), si les premiers étaient défectueux. Il mentionnait enfin les

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ordres donnés à Tambassadc britannique à la Haye, d'avoir à faire les derniers efforts pour amener les Etats à conclure avec TEmpereur en même temps qu'avec la France, conformément à leur décision antérieure, afin que la cour de Vienne ne prît pas d'ombrage. « La nécessité où Sa Majesté croit êlrc de garder ces mesures envers TEmpereur, est un autre puissant motif pour nous de conclure avec la Franco, car il serait très imprudent de souffrir que Téloignoment du Prétendant et le traité qui fixera le Régent, fussent différés indéfiniment par les difficultés susceptibles de s'élever dans un gouvernement, tel que celui de Hollande, pendant les négociations pour ces deux traités *. »

Enfin le lendemain (9 octobre), Stanliope revient sur les mêmes arguments auprès de lord Townsliend; et soupc^'onnant, semble-t*il, quelque désapprobation chez son rude collègue, à la fois, il le prend sur un ton de triomphe et il se justifie.

« Je me félicite cordialement avec Votre Seigneurie de riieureuse conclusion de notre traité avec la France; j'espère comme Votre Seigneurie, qu'il tournera grandement à la gloire et à l'avantage de Sa Majesté, ainsi qu'au repos et à la sécurité de ses royaumes. Alors qu'il eût été moins avantageux qu'il ne l'est réellement, selon mon opinion, la situation des affaires du Nord exigeait absolument que l'on en terminât avec la France; et telle était l'impatience de certains \ qui, il n'y a pas plus de trois semaines, s'opposaient complètement à toute celte négociation et employaient toute l'industrie possible à la faire

i. Slanhope ù MeUiuen, Hanovre, 8 octobre 1716. (Coxe, Mem, of WalpoUf \o\. II, p. 100.) Slanhope veut dire que, retarder le trailc avec la France, ce serait aussi retarder l'adhésion des Etats & celui avec l'Empcreur, puisque les États voulaient faire les deux alliances simultanément.

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