Les ministres hanovrions
336 LE RËUENT, L'ABBë DUBOIS ET LES ANGLAIS.
échouer, que j'eus fort à faire, je vous Tassure, ces derniers quinze jours, pour résister aux importunités <!<? M. Bernsdorf et autres : ils me pressaient de dresser ici un article avec Tabbé touchant Mardick et de Fenvover par ce dernier à la Haye, avec ordre à M. Walpole de \v signer, tant ils craignaient vos délais en Angleterre. J'y résistai résolument. » Mais depuis qu'on a reçu l'arransroment de Mardick, les ordres réitérés du roi et les pressantes sollicitations de M. Bernsdorf Font forcé h cédci*. u Les Hollandais auraient grand tort d'y trouver à redire, surtout que le Pensionnaire lui-même a exprimé à M. Walpole ses appréhensions sur les troubles du Nord. •
Stanhope informe ensuite lord Townshend qu'il lui envoie la correspondance qu'il a échangée depuis ee fracas * avec Norris. « Votre Seigneurie comprendra aisément quel temps j'ai eu à passer. Vous vous imaginerez pcut-êtro que j'ai mis trop d'ardeur dans ce que je vous ai écrit; mais je peux vous assurer que telle n'était pas l'opinion ici. » Au reste, comme premier résultat, le Isar a rembarqué ses troupes de Danemark.
Enfin, un dernier trait : « ce qui augmenta nos préoccupations c'est que nous reçûmes avis que le tsar envoyait secrètement un ministre en France * ».
Kobethon, le secrétaire français de George I*', informe lord Stair (15 octobre) que les ordres du roi à lord Cadofrnn et à Hor. Walpole de signer avec l'abbé Dubois, peut-être déjà arrivé à la Haye, sont si positifs qu'on peut se flatter que l'alTaire se fera sans délai : « Cela nous vient fort à propos dans la conjoncture présente, oii le Izar
i. Le mol est en français dans le texte anfi^lais de la dépèche, comm«*. plus haniL éclat. Slantiope trouve que l'anglais ne sert pas sufnsammmt î*on impétuosité.
2. Stanliopc h lord Townshend, Hanovre, y oolobrc 1716. Coxe, Me/u. .«/ Walpoie, vol. Il, p. 101.
nous donne de tels ombrages ». Il ajoute que les Russes veulent descendre du Danemark dans le Meeklembourg; et qu'on tâche de les dissuader, par prière et par menace, de venir dans TEmpire.... « Je suis fort aise que le Régent soit si content d'estre de nos amis *. »
Ainsi, voilà qui est établi par les documents émanés de George P' et de son entourage : après avoir mis, par ressentiment, son amitié à un prix qui n'était autre pour le Régent que le sacrifice de sa dignité et de son indépendance, tellement que ce prince parla alors de subir plutôt ia guerre, George s'adoucit, dès qu'il conçut la crainte de s'aliéner la Hollande par une rigueur outrée. Ensuite, le voyage de Tabbé Dubois à la Haye ébranla sa défiance. Quand il fut arrivé à Hanovre et qu'il vit de plus près l'ambition et les mouvements suspects du tsar en Danemark et dans le Meeklembourg, il s'alarma; ses inquiétudes furent aiguisées par ses ministres hanovriens, surtout ceux qui avaient des possessions de ce côté. En même temps, il apprenait d'Angleterre que le parti jacobite, reprenant ses esprits, méditait une nouvelle levée de boucliers. Alors l'imminence supposée d'une ligue entre le Régent et le tsar, dirigée simultanément contre sa couronne d'Angleterre et contre son électoral, saisit son esprit; et il résolut de conjurer le péril par une prompte réconciliation avec ce duc d'Orléans, ce prince qui avait paru envisager sans pAlîr l'éventualité d'une prise d'armes, et ne demandait pourtant qu'à être son ami. Il devint
1. Robethon à lord Stair, Gœlire, 15 octobre 1716. Oxenfoord Gaslle, Slair Papers, vol. VIU.
donc de lui-même plus traitable el il donna Tordre à Stanhope de conclure Talliance défensive, si recherchée de la France. Le ministre obéit avec un empressement sincère. Seulement, de peur de soulever ropinion publique en Angleterre el la redoutable colère du Pariement, ayant à ménager le cabinet de Londres groupé autour du prince de Galles, et au dehors la cour de Vienne, imbu aussi d«' la passion nationale contre Mardick, nouveau Dunkerque, il défendit le terrain pied à pied, et ne céda guère que ce que le roi lui ordonna de céder. Mais ie roi voulait Ta!liance. Le moyen de ne pas s^entendre, quand, de part et d'autre, on est dans une frayeur égale de ne s'entendre pas? Le négociateur français ne connaissait pas et ne pouvait guère deviner ces dispositions intimes du souverain britannique. Qu'il eut à Tavance campagne gagnée, il l'ignorait. Il lutta de son mieux avec esprit, finesse, 4énacité, disons avec avantage, puisqu'à la Haye, il parvint à entamer les préventions de Stanhope; et à Hanovre, à introduire dans les stipulations le nom et une partie essentielle du traité d'Ulrecht. Il lui fut donc loisible de s'abuser <'t d'attribuer à ses talents diplomatiques ce double succès, très extraordinaire selon les apparences et de très grand i'Sai en son temps et dans Thistoire. On a même parlé de son génie. Aujourd'hui, éclairés par les documents britanniques, nous croyons pouvoir, sans injustice, le ramener à des proportions moins ambitieuses. Quoi qu'il en soit, Dubois, cet homme de rien, venait en quelques jours de s'inscrire parmi les ministres fameux.
Quelle que fut la satisfaction de George I^, de Stanhopo et de l'abbé d'être parvenus à une entente, et si bien
acquise que celle-ci parût, ils n'étaient pas encore affranchis de toute incertitude ni hors de toutes péripéties; car la sourde hostilité du cabinet de Londres, la colère de TAutriche et la lenteur des Hollandais, peu satisfaits qu'à cette heure décisive, on fit mine de se passer d'eux, étaient autant d'obstacles. II fallut aux nouveaux amis trois mois <5ncore avant de fournir la carrière et de tourner la borne finale. Et, tout ce temps, George ne sortit pas d'anxiété.
Tout d'abord, la grande alarme du roi au sujet des Russes, les projets violents qu'avait suggérés Bemsdorf et que l'impétueux Stanhope ne découragea qu'à moitié, rencontrèrent chez le ministère britannique une- véhémente opposition, même une sorte de colère méprisante.
A la lettre de Stanhope du 25 septembre, où il ne s'agissait de rien moins que de briser le tsar *, lord Townshend répondit par deux lettres, l'une confidentielle, l'autre pour être mise sous les yeux du roi (23 septembre-4 octobre 1716). Dans la première, remplie de sombres pressentiments, il disait : « Mon cœur est si plein des affligeantes nouvelles que vous m'avez envoyées par votre dernière lettre que je ne peux pas m'cmpêcher de vous en écrire, en vous priant que ceci ne soit vu d'âme qui vive et que cela reste à jamais un secret entre vous et moi. Mon objet principal est de vous demander de ne pas consentir à ce que sir John Norris reste (dans la Baltique) au delà du 1*' novembre, ni à ce que le roi s'engage ouverlement dans l'afl'aire avt'C le tsar. Celle guerre du Nord a été menée 4le si sotie facjon ' ([u'elle sera notre ruine. Est-il possible au roi de la faire ayant avec lui le seul Danemark, et contre lui les troupes moscovites, même en supposant que le projet (»n (|ueslion réussisse? Alors ne serait-il pas à