Le prince de Galles
2, Lord To>Ynshend à Schaub, llaniplun Court, 5 (16) octobre 171ii. Hn-, Off-, Germant/, vol. 202.
celle affaire, ils devraient désirer que le roi ne lardai pas d'une rainule à assurer rexéculiond'un article de si grande importance pour les libertés mêmes de toute TEurope. » Le ministre termine en disant que rAutrichc verra aisément que le traité a été conçu de manière à Tinviter à y entrer, bien loin de Técarter*.
La cour de Vienne plia lentement son orgueil à cette idée, tandis que ses ministres en Hollande offensaient tout le monde par leur insolence. Aux nouvelles instances de lord Cadogan et de Walpole pour les décider à négocier l'accession des Etats à l'alliance défensive entre le roi et l'Empereur, ils répliquèrent obstinément (19 octobre) que leurs ordres leur interdisaient toute négociation sur cette matière, en cas que la République inclinât à une alliance avec la France *.
Si, en dépit de tant d'obstacles, George l^^ courait au but, M. de Cbàteauneuf n'était pas non plus disposé à laisser les choses s'amortir. Le 12 octobre, il informa Horace Walpole qu'il avait ordre de dire à quelques membres de l'État, en attendant l'arrivée de l'abbé Dubois, que l'Angleterre et la France en étant venues à un accord sur les principaux itiffrédients du traité, il était prêta entrer en conférence officielle pour mettre fin à cette affaire. Le Pensionnaire, informé par Walpole, en conçut un vif chagrin, dans la crainte que la France ne voulut précipiter les choses, de manière à signer l'alliance avec l'Angleterre, avant que les États fussent prêts. On dirait «alors que les Anglais les avaient abandonnés de toute façon, et cela ne ferait pas peu de tort à leurs amis. Walpole donna
1. Du même au même, Hampton Courl, 16 (21) octobre 1716. /e/., ihid.
2. Horace Walpole à Stanhope, la Haye, 17 octobre 1716. Coxe, Mcm, of Walpole^ vol. H, p. 107. Lord Cadogan et Hor. Walpole à lord Townshend, la Haye, 20 octobre 1716. Bec. Off.y Holland, vol. 375.
»{î>() LE IIÉGKNT, L ABBE DUBOIS ET LES ANGLAIS.
(lu moins aux députés pour les Affaires étrangères la salisfaction de leur communiquer Tarticle de Mardick; et ilspurent croire de nouveau qu'ils seraient les arbitres de la négociation. Ils apprirent donc d'une oreille plus complaîsanlo que Vambassadeur de France avait fait savoir en effet qu'il était prêt ii ouvrir les conférences sur la ques^ tion de l'alliance *.
(lotte insistance de M. de Châteauneuf pour commencer la négociation en forme, avant que Dubois, l'auteur d» traité, fut présent, ne s'expliquerait guère que par ui^ intempestif sentiment de jalousie. Il avait semé. Un autreîillait récolter. Mais nous aurons à revenir sur leur rôle el sur leurs mérites respectifs.
Un diplomate alors malheureux, bouleversé par la liAte du roi d'en finir à tout prix, c'était Horace Walpole. Il avait toujours affirmé aux Hollandais que rien ne se ferait sans (»ux; et maintenant, il lui fallait signer ralliance en les laissant en dehors! Qu'allait-on penser de lui? Il se récusait indigné, et se révoltait au nom de son honneur. (le changement de direction dans la politique de la Grande^ Bretagne l'effrayait comme l'écroulement d'un monde el le retour au chaos.
« Je suis, écrivait-il à lord Townshend (14 octobre), dans^ la plus grande inquiétude qu'on puisse imaginer à caus(*> du pas que M. le secrétaire Slanhope a fait avec Tabbé Dubois. Si ce n'était que c'est par les ordres de Sa Majesté, je me risquerais iidire à Votre Seigneurie que je pense que cela doit être extrêmement préjudiciable aux intérêts du
I. Lord CiKlo^'an ri Hurace Walpole ù Slanhope, la Haye, 13 (M^lobre 17IH, en franrnis. Uer. (fff.j Hnlland, vol. 375.
roi; et je vois avec frayeur qu'il se produira finalement beaucoup (le confusion et de malaise entre nous et les JÊtats. »
Il dit ensuite qu'aussitôt la lettre à M. Methuen ouverte \ lord Cadogan déclara qu'il n'avait pas de pouvoirs Tautoj-isant à signer avec l'abbé Dubois. « Votre Seigneurie •comprendra aisément ce que cela signifiait. » Quant à lui, Walpole, ses pleins pouvoirs ne Tautorisaient pas non plus iiuffisamment à signer séparément avec l'abbé, .puisqu'ils «étaient calculés en vue d'une alliance à conclure entre l'Angleterre, la France et la Hollande conjointement. Hais M. Stanhope, dans cette prévision, les avait informés 'qu'il leur ferait envoyer d'Angleterre de nouveaux pouvoirs 45n règle.
Horace Walpole repousse la coupe amère* H supplie ilord Townshend de l'éloigner de ses lèvres : a Je dois avoir recours à l'amitié de Voire Seigneurie et & son affection •envers moi, pour lui demander de me tirer entièrement de •cette affaire; de façon que, s'il n'y a pas de remède possible contre une conclusion séparée avec l'abbé, au moins je ne sois pas la personne employée à cette besogne. En ce qui est de moi, je regarde ce rôle comme le plus ignojninieux à Jouer, moi qui ai réitéré tant de solennelles •«léclarations aux États, 'que rien de pareil ne se ferait ni jie se conclurait finalomonl sans eux. Hier encore, je le renouvelai dans une conférence avec les députés, de la manière la plus authentique et la plus positive. Donc, si j'ai quelque mérite comme ministre, quelque place dans votre aiïeclion comme frère % trouvez un moyen de me • •dispenser de jouer un rôle qui, dans mon opinion, sera infiniment préjudiciable aux affaires de Sa Majesté, et
i. De SUnhopc, 8 octobre.
2. Beaii-frèro. Lord Townshend avait épousé DoroUiée Walpole, en 1713.
358 LE UK(iENT, L ABBK DUBOIS ET LES ANGLAIS.
infamant au plus haut degré pour moi-même; je serai content de me retirer sans aucune perspective d*affaire ou do récompense dans Tavenir. » D'ailleurs lord Gadogan est Tambassadeur en titre ; Walpole, à parler strictement^ n*a rien à faire à la Haye. Il faut donc que lord Townsbend le tire de cette déplorable situation; car il ne pourra jamais se décider à signer le traité de la façon qu'on |)ropose.
A cet endroit de sa dépèche, il s'interrompt. Il vient de voir lord Cadogan qui est prêt à tout terminer, en raison d*une lettre de M. Robethon, lui déclarant que le roi s*altend qu'il facilitera la conclusion de cette affaire le plus tôt possible. Il a vu ensuite Slingelandt et le Pensionnaire, séparément. Le premier lui a dit nettement que c'est le roup fatal au vrai système des affaires de l'Europe. Il ne v(»it pas (|uel bien en pourra résulter, ni quel danger on écartera, du moins équivalent aux conséquences fâcheuses qu'il redoute. Ce pas précipité, fait séparément, sans les Etats, alors (ju'ils n'ont pas d'alliance avec l'Empereur, et ne sont nullenient en voie d'un accommodement satisfaisant quant aux points non exécutés de la Barrière, détruira la conliance entre eux et le roi, et créera tant de confusion, d<* tiraillements et de jalousie de l'un à l'autre, qu'on ne saura à qui avoir recours, ni entre quelles mains se jeter '.
Pour le Pensionnaire, c'était un spectacle affligeant qno l'angoisse et la consternation où ces nouvelles l'avaient plongé. II demandait ce qu'il aurait à dire quand* aux États, on raccusorail, lui et ses amis, d'avoir été dupes dans toute celle alTaire. Impossible d'exprimer son chagrin.
1. Allusion sans doute au projet «!<^ quelques-uns de rétablir le stathou- (lérat. NVtus en avons parlé en Iraitani de Têlat de la Hollande après ses Kjirrres rnntre Louis XIV.
Walpole en vient ensuite aux pleins pouvoirs à envoyer (le Londres pour signer. Mais il sollicite son rappel préalable. « Est-il donc impossible, s'écrie-t-il, que les arguments irréfutables de nos amis, que les vents contraires, les délais d'usage lorsqu'il s'agit de passer des pouvoirs au grand sceau, nous empêchent de signer avec Tabbé
avant que les Etats soient prêts? » Si cela ne se peut pas, il le regrettera beaucoup : car il ne consentira pas à mettre la main à cet acte séparé, après avoir engagé son honneur, sa foi, sa conscience, à ce que rien de pareil n'aurait lieu.
Bref, il demande au ministère de Londres son rappel sous couleur de raison de santé *.
Le 16 octobre, le jour même où il avait ajouté une page iinale à cette dépêche du 14, il en écrit une autre en commun avec son collègue, lord Cadogan, à lord Townsliend. Ils ont, disent-ils, reçu Tordre du roi de signer Falliance défensive aussitôt l'arrivée de l'abbé, en cas qu'ils aient des pouvoirs suffisants. Alors, ils répètent que lord Cadogan n'a pas de pouvoirs du tout; et que ceux de Walpole ayant été calculés pour un traité entre l'Angleterre, la France et la Hollande simultanément, ils ne peuvent rien signer avec l'abbé sans les Etats, jusqu'à ce qu'ils aient reçu de nouveaux pouvoirs.
Puis ils reviennent avec force sur les doléances et les objections du Pensionnaire, de Slingelandt, de Fagel, leur désolation, leurs anxiétés; l'abandon de l'Angleterre, avec les intérêts de laquelle ils avaient toujours pensé que les intérêts de la Hollande étaient liés indissolublement; au contraire, l'empressement de la France à proposer aux Elats une alliance défensive, avec offre de grands avantages; le mécontentement de beaucoup de gens, qui com-
\. Hor. Walpole à loni Townshend, la Haye, U-16 octobre 1746. Coxe, Mem. of Walpole, vol. Il, p. 103-10f>.
3i)0 LE UÉliENT, LABBE DUBOIS ET LES ANCiLAIS.
inençaieiit à penser que les Etats feraient bien d'agir pour leur propre compte; et si, après que Walpole leur avait réitéré tant de fois, par ordre du roi et du prince «le Galles, que ce qui se faisait n'était que provisoire, sans préjudice de leurs libres délibérations et des conférences qui se tiendraient chez eux pour Tarrangement final et la conclusion du trailé entre les trois puissances ensemble; si donc les ministres anglais signaient avec Tabbé seul, et par là les frustraient de leur droit d'examiner et d'approuver ce qui aurait été fait, ils fourniraient à un certain parti l'occasion de raviver la mauvaise humeur causée par le traité séparé de l'Angleterre avec l'Empereur, de reprocher au Pensionnaire et aux siens d'avoir été joués, d'avoir empêché les États d'accepter les propositions avantageuses de la Franco, pour se voir ensuite négligés et abanbonnés de ceux en qui ils avaient placé une si entière confiance. De là, comme conséquence, froideur et défiance entre le roi et les Etats, diminution du crédit des amis de l'Anirleterre, accroissement de celui de leurs ennemis; enfin, tant de tiraillements et de trouble dans leur gouvernement à cause» de cette signature séparée, qu'au lieu de stimuler les Etats, elle servirait plutôt à les empêcher d'entrer dans le traité.
A ces arguments qu'eux-mêmes approuvaient au fond du cœur, lord Cadogan et Horace Walpole opposaient les injonctions du roi exprimées par la lettre de Robethon, le tour soudain et imprévu que les affaires avaient pris dans le JXord par la conduite extraordinaire du tsar, les clîets qu'elle était susceptible de produire au détriment du roi et à l'avantage du Prétendant, puisqu'on savait de source certaine que le ministre suédois en Angleterre avait ordre de traiter avec les jacobites. Il était donc nécessaire, pour la sécurité du gouvernement, de lier la France et «le
COMPLICATIONS DIPLOMATKjL'ES EN HOLLANDE. H6i
l'empêcher de se mêler à ces agitations, en concluant avec elle Talliance la j)Ius formelle et la plus authentique, le plus tôt possible.
Les Hollandais répliquaient qu*assurément ces raisons étaient d'un grand poids; mais que de signer séparément avec l'abbé n'était pas un moyen certain de prévenir les dangers dont on s'effrayait tant, supposé qu'ils fussent réels; que si le Régent avait l'intention de s'immiscer dans les troubles du Nord, la pure formalité de la signature de Tabbé ne le détournerait guère des desseins de ce genre qu'il avait déjà ourdis précédemment; et, qu'en ce cas, il serait encore plus fâcheux pour le roi d'avoir désobligé les Etats. Mais lord Cadogan et Walpolo se rejetaient sur ce qu'il fallait, sans délai, s'assurer de la France, en attendant que les formes de leur gouvernement leur permissent de devenir parties principales au traité; d'ailleurs, celle signature pourrait se tenir secrète : ce qui eut lieu en effet.
Afin de donner à leurs amis quel(|ue satisfaction, ils communiquèrent à M. Latimor, président des Affaires étrangères, le texte latin du traité projeté, en le priant de le mettre sous les yeux des Etats et de dire que la situation des affaires, surtout par rapport au Prétendant, portait le roi à en désirer la terminaison la plus prompte *.
Après s'être exprimé ainsi avec verdeur du côté de Londres, où il n'ignorait pas que ses sentiments trouveraient de l'écho, Horace Walpole se retournait de l'autre côté, vers Hanovre, où il savait à merveille qu'ils ne plairaient point, et néanmoins ne rabattait rien de son franc parler : mœurs de pays libre.
" Je suis affligé, écrivait-il à Stanhope, le 17 octobre,
t. Lord Cadogan et Hor. Walpole à lord Townshend, la Haye, 16 oclohrc 1716. fl^c. 0/f., Holland, vol. 373.
86â LE RÉGENT, L*ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
de voir pur votre lettre du 9 courant ', les dangers que vous fait redouter la soudaine et extraordinaire conduite du tsar; mais plus encore, que ces appréhensions aient eu assez d^empire sur Sa Majesté pour vous engager à en venir à un accord avec Tabbé Dubois, accord que milord Cadogan et moi aurons à signer avec lui, séparément des Etats, aussitôt son arrivée ici. » Ensuite, il énonce les mêmes motifs d'inquiétude que dans ses dépèches à lord Townshend : coup fatal h Tintérêt de l'Angleterre; avantage nul, même dans les affaires du Nord; et, dans les Pays-Bas, insuffisant pour contre-balancer Tinconvénient d'abandonner et de désobliger les Etats à jamais; arrogance des ministres impériaux qui ne veulent entendre à rien relativement soit k la Barrière, soit à l'alliance; finalement et sous peu, confusion extrême dans les Pays-Bas, à quoi il craint bien que cette confiance précipitée dans la France ne remédie guère.
« Vous savez, continue-l-il, que c'est réellement mon opinion de conclure cette alliance avec la France; et, en conscience, je pense que, de la faire d'une manière convenable, par le concert et avec le concours de nos vieux et sûrs amis, ce serait la chose la plus avantageuse pour la Grande-Bretagne qui se fiit jamais accomplie; et la nation vous a des obligations infinies pour avoir si bien réussi dans la négocialion avec Tabbé Dubois. Mais, tout en parlant ainsi, je dois avouer que je suis dans le plus grand tourment au sujet de ce dernier pas, et particulièrement du rdle que j'ai joué : ayant engagé aux Etats ma foi, mon honneur et ma conscience, au nom de Sa Majesté, que rien de tel ne se ferait. si j'allais, après cela, signer avec l'abbé en violation de ces
1. La lettre de Sianhopc à lurd Townshend, lettre sous cachet volant, et dont Hr)r. Walpole avait pris connaissance, quand le courrier arait traversé la Haye.
assurances sacrées et solennelles, que je répétai pas plus tard que mardi dernier * dans une conférence, jamais je n'oserais plus y montrer ma tête chargée d'ignominie. Ainsi, je vois clairement que cette affaire, dont j'avais cru tirer quelque honneur, finira par ma ruine, parce que, bien qu'à mes yeux ce soit le dernier des malheurs que de désobéir à un si bon et si gracieux souverain, cependant je dois confesser franchement que j'aimerais mieux endurer la faim, même la mort, plutôt que de faire une chose qui porterait une si terrible atteinte à mon honneur et à ma conscience, et me rendrait pour toujours incapable de servir le roi, surtout en ce pays où je possède à présent quelque peu de crédit et d'influence. »
Il demande donc à Stanhope, comme à lord Townshend, de le mettre hors de cette affaire, de lui épargner cette extrémité de ne pas déférer aux ordres du roi; il écrit au roi lui-même, comme il a écrit au prince de Galles, de lui permettre de s'absenter pour raison de santé, ou bien sous prétexte de venir à Hanovre lui rendre compte de la situalion. Lord Cadogan, qui est tout prêt à exécuter les ordres transmis par Robethon, et n'est pas sous l'empire des « liens sacrés » et des engagements par lesquels il s'est obligé envers les Hollandais, suffira pour tout terminer".
Trois jours après, Walpolc revient à la charge près de Stanhope, en lui faisant passer des lettres d'Angleterre, où il verra « le sentiment de ses amis sur les intentions de Sa Majesté qu'ils (Cadogan et lui) aient à signer le traité sans les Etats ». Lui ne signera pas : il ne se déclarera pas un misérable ', par sa propre signature '.