mars 1715. Journal, t. XV, p
3. Stair àStanhope, 2 mars 1715. Stair PaperSj Oxenfoord Caslle, vol. UI, B.
4. Lettre à Slanhope, 2 mars 1715. Stair Papers, Oxenfoord Castle,
t. ni, B.
ministres principaux, ïorcy et Desmarets (affaires étrangères et finances) , bien qu'ils fussent contrecarrés par leurs deux ennemis, le chancelier Voisins et Jérôme Pontchartrain, ministre de la marine et de la maison du roi *. Le maréchal de Villeroy le secondait chaudement. Ce dernier à force de malheurs sur le champ de bataille, avait appris à préférer la paix à la guerre. Il invitait Stair à dîner à Versailles, lui parlait « très doucement », blâmait Topiniâtreté des ministres; et même, plus clairvoyant en politique qu'il ne Tavait jamais été dans le métier des armes , il disait hautement à la cour qu'on avait tort d'aigrir la Grande Bretagne, comme on le faisait; qu'on était mal informé de la situation intérieure de ce royaume; que le roi George surmonterait bientôt les difficultés qu'il rencontrait, et qu'alors il faudrait ramper devant lui '.
Cependant, l'ambassadeur crut s'apercevoir que M. de Torcy se jouait de lui et n'avait pas d'autre intention que de l'amuser '. Il se savait aussi enveloppé des rets de la police française, soit qu'il agît ou qu'il écrivît *. Mais sans s'étonner, comme on disait alors, il poursuivait M. de Torcy de ses tenaces réclamations, quant a l'exécution du traité d'Ulrechl, et de ses plaintes sur les complots jacobites qu'abritait l'hospitalité de la France. Les deux ministres marchèrent peu à peu à une rupture éclatante. Vers le milieu de mars (1715) , Prior retourna en Angleterre, après avoir remis de gré ou de force a son successeur qui avait Tordre formel de s'en emparer, tous les papiers relatifs à ses négociations depuis l'année 1711 qu'il avait été
\. Stair Papers, Oxenfoord Castle, t. II, III, B. Passim,
2. Stair à Stanhope, 9 mars, 4 mai 1715. Stair Paperx, \. Il, 21 juillet H 15; t^., t. III, B.
3. Slair à Slanhope, 26 avril 1"15. Sfair Papcrs, Oxenfoord Castlo, I. II.
4. 11 écrit à Slanhope qu'il n'y a pas moyen de se servir de la poste. Tous les marchands lui disent que, depuis qu'il est à Paris, les lettres se donnent un jour pîus tard qu'autrefois. Id,, if/ut., y mars i"i5.
envoyé en France pour préparer la paix. Comme toute la cour écrivait à George P' par celte occasion, le duc d'Orléans pulen faire autant sans se compromette; et, par une lettre datée Je Versailles, 11 mars 1715, il Tassura de nouveau «le son attachement *. Il acceptait donc en principe ses offres d'alliance, sans marchander.
Dès lors, les préliminaires ainsi posés, on s'engagea davantage; leur intelligence prit des allures de conjuration. Le duc et l'ambassadeur évitèrent de se rencontrer, se servant d'affidés, d'abord en grand secret; puis, par degrés, moins précautionnés, jusqu'à ce que, la fin de Louis XIV devenant imminente, ils ne craignirent plus de s'aboucher ouvertement. Le gouvernement britannique fut d'abord 1res réservé dans ses demandes au duc d'Orléans. 11 lui présenta en première ligne Tappât de son intérêt personnel, que les Anglais, d'ailleurs, regardaient comme lié étroitement à leur propre intérêt; plus tard seulement, Taffaire de Mardick; puis, en troisième ligne, le Prétendant à surveiller présentement, et, ultérieurement, à éloigner de France.
Si bien caché que fût le mystère, il en transpira quelque chose, surtout à Londres, où les jacobites épiaient les moindres indices. Dès la fin de mai, M. d'Iberville, ambassadeur de France à Londres, écrivit à M. de Torcy qu'il existait une étroite intelligence entre le roi et le duc d'Orléans et que cela faisait beaucoup de tort aux intérêts du chevalier de Saint-George en Angleterre. M. de Torcy, soit sincérité, soit bon naturel, comme dit lord Stair en rapportant le fait, et pour ne pas compromettre le premier prince du sang, répondit qu'il n'en croyait rien '. On s'imaginait pourtant à Versailles sur la foi du
1. ï^lâir à Slanhope, 9 mars 1715. Stair Pape rs, Oxenfoord Caslle, t. M. — H^rjrd Office, France, vol. 346.
2. Slair à Slanhope, 16 juin 1715, chifTrée. Siair Papers^ Oxenfoord Castle, t. III, B.
i2:2 LE RÉGENT, L\\BBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
même d'Iberville, que les tories, au Parlement, étaient de force à contre- balancer les whigs, et que la recherche ordonnée par le nouveau régime contre le ministère du dernier règne n'aboutirait à rien. Le maréchal Villeroy ne partageait pas cette illusion. Toujours chaudement pacilique, mais pas meilleur tacticien sur un terrain que sur l'autre, il entretenait à cœur ouvert l'ambassadeur. 11 continuait de se récrier sur la mauvaise situation des affaires de France, Timpossibilité qu'il y aurait de les remettre de longtemps , la nécessité pressante d'accommoder le différend avec la Grande-Bretagne. Aussi, éclairé par une telle intempérance de langue chez un tel courtisan, lord Slair mandait-il à sa cour que, si quelque chose arrivait au roi, on pouvait compter sur un changement total dans le gouvernement; le duc d'Orléans paraissait fort déterminé à remettre les États et à sacrifier les gens d'affaires. « Jugez, concluait-il, si cela le rendra cher au peuple; et pour MM les jésuites, je crois qu'ils passeraient très mal leur temps *. » On voit quelles idées s'agitaient dans l'esprit du prince et dans son entourage.
Sur ces entrefaites , l'aigreur entre lord Stair et M. de Torcy tourna en une querelle des plus violentes. Si les deux nations étaient en paix depuis deux ans, les ministres de part et d'autre n'avaient pas désarmé, étant toujours aux prises quant à l'exécution du traité d'Utrecht. Le ministre anglais, d'après les ordres du cabinet de Londres, poursuivait le ministre français de plaintes sur les démolitions qui ne se faisaient pas à Dunkerque, sur les constructions qui se faisaient à Mardick. Torcy se contenait. Un jour que son interlocuteur s'échappa en propos sur le roi, il lui dit froidement : « Monsieur l'ambassadeur, tant que vos
1. Stair à Slanhôpe, sans date, mais de la seconde moitié de juin. Slair PaperSy Oxenfoord Castle, t. lU, B.
RAPPORTS DU DUC D'ORLÉANS AVEC GEORGE r. 'i3
insolences n'ont regardé que moi, je les ai passées pour le bien de la paix; mais si jamais, en me parlant, vous vous écartez du respect qui est dû au roi, je vous ferai jeter par les fenêtres *. » Peu réservé, môme avec le roi, L. Stair le fatiguait dans des audiences qu'il lui demandait fréquemment et avec la plus grande hauteur, tellement que ce prince prit le parti de ne le plus entendre *. On veut même qu'un jour, après l'avoir écouté tranquillement, Louis XIV lui ait dit pour toute réponse : « Monsieur l'ambassadeur, j'ai toujours été maître chez moi, quelquefois chez les autres : ne m'en faites pas souvenir ». Stair aurait rapporté cette parole à M. de Noailles, et ajouté ces mots trop pittoresques : « J'avoue que la vieille machine m'a imposé ' ». Est-ce à quelque chose de semblable qu'il fait allusion, en écrivant dans son Journal au commencement de juillet, qu'on faisait courir des bruits sur le déplaisir du roi à son égard ; et comment, de le voir n'était pas un bon moyen de faire sa cour? Cela ne l'empêcha pas de parier, selon le génie de la nation, que le roi ne passerait pas le
1. Duolos, Mémoires secrets, liv. I, p. 471, édil. Michaud et Poujoulat. — I^émontey, Histoire de la Régence, t. I, p. 30, cite cette phrase d'une lettre de M. Torcy à M. d'iberville, notre envoyé à Londres : « Depuis (jue milord Stairs est à Paris, nous sommes rarement sortis de nos conférences bien ensemble.... » 8 juillet (1715).