A Mardick
'i9i LE réijEnt, L'abbé dlbois et les anglais.
démarche, qui puisse m'avouer; et que ce sera à moy seul à répondre de ce que j*ay fait par des ordres réitérés du Rov, et sur des raisons à mon sens très bien fondées, et très soutenables contre tous ceux qui y voudront trouver à redire.
« Ces soubçons ont fait une telle impression sur moy, que je vous avoue que j*en ay fait part au Roy, et Tay supplié très humblement et très instamment de me permettre de résigner ma charge, et d*écrire à M. Methuen pour me venir relever; car je ne croyois pas qu'il convenoit au service du Roy de rester dans une employ comme celuy que j'ay, si j'avois fait quelque chose, et cela par ordre du Roy, que mes confrères dans le ministère ne jugent point à propos d'approuver. Sa Majesté n'a pas jugé qu'il fût pour son service de m'accorder pour le présent la grâce que je luy avois demandé avec instance; mais il m'a permis de vous en écrire pour que le Roy soit éclairci de ces doubles *. ^>
Cette dépèche méritait d'être reproduite ici intégralement, comme si*rne précurseur d'une révolution ministérielle, déterminée par Talliaiice avec la France.
Pour mieux accentuer encore l'aigreur et rhostililé, lord Sunderland écrivit de son côté à lord Townshend eu termt^s superbes, d'une raideur offensante. Après avoir dit que Stanhope vient de lui montrer sa lettre du mèuie jour; et que lui-même, d'abord très opposé au traité, en a compris l'utilité et la nécessité, il ajoute qu'il s'intéresse beaucoup à ce qui peut préjudicier au service du roi el causer de la mésintelligence parmi ceux qui y prennent
1. stanhope h lord Towshend, Goehre, H novembre 17! 6. Coxe, vol. Il, p. 126, en français. En terminant, Stanhope recommande que la rê|H>nse soit en français, afin que le roi lise lui-môme Toriginal; et qu'on suive «olte méthode à l'avenir, - afin qu'il ne puisjse pas y avoir dans toutes les lellres particulières (|ue nous nous écrirons du mésèntendu •. Nous rappelons que, dès le principe, il avait élé élabli que les lettres destinées à nnccor sous les yeux du roi seraient en français.
part; c'est sa seule raison de toucher un sujet si désagréable. « Je dois vous dire franchement que je n'ai jamais vu le roi aussi irrité que dans celte affaire, où il regarde que ce n'est pas seulement à M. le secrétaire Stanhope, mais à lui-même qu'on a manqué; et, en vérité, la chose a besoin d'explication.
« Je ne dois pas omettre d'informer Votre Seigneurie que le roi est extrêmement surpris de l'étrange idée qui semble prévaloir maintenant, c'est-à-dire que le Parlement n'aurait pas à s'occuper de ce qui arrive en ces parties-ci du monde; il considère que cela l'expose non seulement à toute sorte d'affronts, mais encore à la ruine : et en réalité, ce n'est pas autre chose que la vieille idée tory, que l'Angleterre peut subsister par elle-même, quoi qu'il advienne du reste de l'Europe, manière de voir si justement décréditée depuis la révolution *. »
Ce double coup frappa lord Townshend à Timproviste : car ses intentions avaient été droites. Très ému de l'attaque de Stanhope, affectant de dédaigner celle de Sunderland, il adressa au roi, par les mains du premier, une lettre justificative.
« Mon cœur est si plein, disait-il dans son billet d'envoi à son collègue, à la pensée de votre procédé envers moi, qui ai toujours été pour vous un si fidèle ami, que vous m'excuserez si je ne vous en dis pas davantage dans le moment. Je prie Dieu de vous pardonner; je vous pardonne.
« P. -S. Lord Sunderland m'excusera, j'en suis persuadé, si je ne réponds pas à sa lettre ^ »
i. De 1688. Lord Sunderland à lord Townshend, Goehrc, H novembre 1716, en anglais. Coxe, vol. H, p. 127, 128.
2. Lord Townshend à Stanhope (Whitehall), 11 (22) novembre 1716. /d., ibid., p. 128.
Sa lellrc au roi était un éloquent et vigoureux plaidoyer, probant quant à la bonne foi. Il répondait à une lettre <iu monarque, du il novembre, qui avait accompagné celle de Stanhope *.
Aprrs avoir exprime la surprise et la douleur qu'il en ressentait, il continuait ainsi ' :
<« Je m'étois flaté que parmi plusieurs inconvéniens quo la franchise avec laquelle j'ay toujours agi m'auroit pu attirer, elle nvauroil pour le moins procuré cet avantage que de nfavoir ;raranti du soupçon d*ètrc jamais capable d(î me servir de ruse et d'artifice pour cacher mes sentimens réels, et pour éviter par des voyes indirectes, ce à quoi je n'osois pas m*opposer ouvertement; mais comme je me trouve assez malheureux d*ëtre soupçonné d'une pareille bassesse, il me sert de quelque consolation que la prruv<» qu'on en veut donner à Votre Majesté, est de telle nature, que le simple récit des faits suffira pour la convaincre que je suis entièrement innocent du crime qu'on veut m'imputer. ^)
Alors, il rappelle que, depuis Tenvoi de Tabbé Dubois à la ]Iay<s il a été parmi les plus zélés à pousser et à avancer le traité, et cela même dans un temps où il avait quelque sujet de (1ouI<m* que le roi fut entièrement convaincu de Tavanlage de cette alliance; ensuite, son ardeur et son assiduité avec M. Methuen pour amener l'article de Mardick h une pronii>te et heureuse conclusion; son empressrnienl dans rexpédilion du pouvoir de lord Cadogan. Tautorisant à signer le traité ou conjointement avec les Hollandais, ou séparément.
1. La lettre du roi k lord Towiislicnd ne s'est pas retrouvée. LordMahon, p. 2'ii, n.
2. Cette réponse est on français. L'orthographe n'en est pas strtctemeni correrlo, ni la svntaxc.
Ici, il avouait s'être trompé eu croyant le plein pouvoir d'Horace Walpole suffisant. Mais dès qu'il s'était aperçu de son erreur, il avait, sans attendre de nouvelles instructions royales, obtenu du prince de Galles Tordre d'en faire dresser un nouveau pour lord Cadogan et Horace Walpole; et il Tavait contresigné avec toute la diligence possible.
Il était vrai que ce plein pouvoir était conçu en des termes généraux, renfermant tous les cas particuliers el, par là, il le croyait du moins, mieux appropriera toutes les circonstances et aux événements imprévus qui pouvaient naître *. On en avait toujours usé ainsi; el, quand il avait été question de signer quelque traité particulier, on n'avait jamais objecté que ces pleins pouvoirs fussent conçus en termes trop généraux. Le traité de M. Methuen avec le roi de Portugal avait été conclu de celte manière ; d'autres, de même, sans qu'on rencontrât Tobjeclion faite par l'abbé Dubois en cette dernière occasion. « Et il est sûr que Votre Majesté pourroit par un seul acte constituer la même personne pour négocier avec tous les princes de l'Europe. »
Lord Townshend, poursuivant sa justification, s'appuyait même sur l'opinion de M. d'Iberville. Celui-ci, médiocrement satisfait de l'importance croissante de l'abbé, el tout
1. Cependant la conduite de lord Townshend n'avait pas été exempte de toute arrière-pensée. 11 avoua au Hollandais Slingelandt que ce qu'il en avait fait était par égard pour la Hollande. Dans son opinion, ce qui avait élc fait à Hanovre entre Slanhope et Dubois suffisait et dispensait de signor dj nouveau séparément à la Haye; cela aurait eu bien meilleure mine pour les ministres du roi et les Étals de signer le traité en une fois el tous ensemble.... « Et au fait, ma véritable raison de dresser les pouvoirs en termes généraux, élaiU que si le roi croyait nécessaire que ses ministres signassent séparément, avant ceux des États, Kinstrumcnt séparé pût (conformément à ses intentions) être supprimé aussitôt la signature * et qu'il n'en parût aucune trace dans les pleins pouvoirs, s'il arrivait qu'on les rendît publics, en même temps que le traité. • Lord Townshend à Slingelandl, 1^ (12) janvier 1717. Coxe, vol. H, p. 138-159.
* La signature par les Iroi^ piii^niancc».
39t) LE UëGëNT, L*ABBË DUBOIS ET LES ANGLAIS.
«iisposé à «lonner lort à son déplaisant collègue, trouvait les premiers pouvoirs suffisants. « M. dlbcrville en est persuadé à un tel point, que lorsque M. Methuen lui exposa la difficulté de Tabbé, il dit que Tabbé n*étoit qu'un novice dans ces aiïaires et que son objection n'avoit pas la moindre force. » Au reste, dès qu'on en avait eu connaissance par la lettre de lord Cadogan, pas un moment n^avait été perdu, sur Tordre du prince de Galles, pour dresser de nouveaux pleins pouvoirs selon la forme prescrite par Tabbé. LordTownshend avait fait une telle diligence, que la dépèche de lord Cadogan lui ayant été rendue seulement le 29 octobre (9 novembre) au matin, il avait renvoyé le messager le même jour à minuit avec les pleins pouvoirs; et le vent n'étant pas bon pour passer en Hollande, il avait ordonné au maitre des postes de diriger un vaisseau sur Calais. Tant de promptitude de sa part, avant d'avoir reçu les ordres du roi, ne prouvait-elle pas la droiture de ses intentions, et combien il était éloigné des desseins qu'on voulait lui imputer?
Après cette démonstration victorieuse, lord Townshend s'expliquait sur un nouveau contretemps, dont nous aurons apparier tout à Thcure; il terminait en affirmant qu'au lieu d'inspirer à Horace Walpole son refus d'assister à la signature du traité \ il n avait pas voulu lui permettre de (juitter la Haye, et lui avait conseillé au contraire de ne pas se laisser porter par ses sentiments particuliers à désobéir aux ordres du roi '.
Mais, en dépit de ses efforts et de ses bonnes raisons, l'impression fâcheuse était produite en Hanovre. Le roi et