CHAPITRE XXII
L'abbé débatlil avec vivacité l'autre question plus irritaiilc encore pour son patriotisme. Elle était double : la forme ofl'ensante du protocole où le roi d'Angleterre s'intitulait roi de France, ne laissant au roi de France que lo tilre de Roi Ïrcs-Cbrétien; et le choix des langues à adopter pour la rodaclion des instruments du trailé.
Les Anglais d'abord n'admettaient que la langue latine, dans laquelle leur souverain se qualifiait roi de Grande- Rretagne, de France et d'Irlande, et avait la préséance sur le Roi Très-Chrélien. Dans leur système, il n*y aurait pas eu d'autre instrument du traité. Dubois s'y opposait énergiquement. Il combattait ce titre de Roi de France attribué à (îeorge P% et qui vraiment, même dans Taudace du latin, bravait trop crûment le bon sens. Tout au moins, laissant les Anglais inscrire dans le préambule de Texeniplaire latin, destiné à rester en leur possession, la mention surannée des trois couronnes dont se parait leur orgueil, il réclamait pour la France la rédaction d'un texte français.
aussi valable que le latin, où il allait de soi que Louis XV se qualifierait roi de France et de Navarre, et garderait la préséance, tandis que George 1^^ aurait seulement le titre de roi de la Grande-Bretagne. Quant à Tappellation de Roi Très-Chrétien, dont on s'est effarouché, nous établirons plus loin qu'elle n'avait rien d'humiliant, qu'elle était, pourrait-on dire, monnaie courante dans la diplomatie française, et qu'au surplus, les reproches qu'il est d'usage d'adresser à la diplomatie du Régent pour toute cette négociation ne sont pas mérités.
Dans ce débat, on invoquait de part et d'autre les précédents d'Utrecht et de Ryswick, et même au delà, celui de Bréda. Déjà on s'en souvient, à Hanovre, Stanhope les avait formellement réservés.
Lord Cadogan s'appuyait sur ce qu'au traité d'Utrecht, le grand roi avait souffert que la reine Anne fût dénommée .reine de France *. Ce n'était pas, disait-il, que le roi d'Angleterre et ses ministres attachassent plus d'importance à cette distinction qu'elle ne valait; c'était encore moins l'envie d'offenser Sa Majesté Très-Chrétienne ou le Régent de France. Il n'était point difficile alors pour l'abbé, de pénétrer que cette obstination des ministres anglais provenait de la frayeur incroyable qu'ils avaient tous d'être recherchés par le Parlement, et poursuivis à outrance sur le moindre prétexte \ Cette crainte pouvait paraître frivole, dit M. de Torcy h propos d'autres négociations et d'autres ministres, à qui n'aurait pas connu la constitution de l'Angleterre et le danger continuel où étaient exposés ceux qui avaient en main l'administration des principales affaires de l'Etat ^
i. Dans le lexte latin.
2. Sévelinges, t. I, p. 231-232. d'après la correspondance de Dubois.