‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 15 sur 209 · I. ^luir's Journal · texte numérisé non relu

I. ^luir's Journal

ta LE RÉGENT, L ABBE IUBmIS ET LES ANGLAIS-

4juer en Angleterre. Mais il le trouve peu disposé à y croire. Alors, sans doute afin de lui amollir le cœur, il lui rappelle que, de son maître, on n'attend que la simple justice sur l'affaire de Mardick. Quant au reste, on est prêt à concerter ens(?mble des mesures pour lui assurer la n*gence et, dans d'autres éventualités, la couronne. Puis, il revient à prier l'abbé de s'informer avec un soin particulier des projets du Prétendant et de la part que la cour y prend. Toutefois il ne lui trouve pas, écrît-il, dans toute cette affaire, la franchise sur laquelle il comptait. Néanmoins, deux jours après (26 juillet : Uubois lui apporte les vifs remerciements du duc d'Orléans pour le langage qu'il lui a tenu de la part du roi son maître. Le duc saisira la première occasion de le voir *, et de lui dire personnellement qu'il est parfaitement d'accord avec lui sur ses demandes; mais il ne sait rien des projets du Prétendant et n'y croit pas.

Peut-être l'émissaire du prince parlait-il avec plus de rhétorique, selon sa coutume, que do chaleur communicative. L'autre, observateur déliant, relate dans ses souvenirs que, pendant un bon moment, la manière de Tabbé ne lui a pas plu.

Y avait-il un double jeu joué par le duc d'Orléans et par Dubois? Toujours est-il que, le surlendemain, 28 juillet, le duc informe Stair que, dans la quinzaine, le Prétendant commencera son entreprise, quoiqu'il n'ait aucune chance de réussir; tandis que, le i" août, l'abbé revenant incognito, a l'air de ne rien savoir et cherche à justifier les intentions de la cour. Stair lui demande « froidement » s'il a vu le duc d'Orléans et le con«rédie avec ce compli-

1. Sairil-Simon dit (l. XIII, p. •28.'>) (|U(', «lans la dernière année du fcii roi, 11! duc d'Orléans vit lord Stair au Palais-Royal par les derrières. Il ne donne pas d'autres renseignements.

ment ironique qu'on ne lui demande pas de rien dire de ce qu'il croit devoir tenir secret. Il semblerait néanmoins, à travers cette petite guerre de piques et de réticences, qu'il fut alors question de dépêcher Dubois en Lorraine, pour observer le Prétendant de plus près, dans sa résidence de Bar-le-Duc *. Mais précisément, un espion revenu (le ce pays, rapporta que le prince y était toujours avec la reine, sa mère, calme, peu de monde autour de lui. On apprenait d'une autre source que, si le parti le pressait vivement d'agir, lui-même était très froid ; et que sa mère • ne voulait pas qu'il s'en allât sans troupes.

Or, il fallait renoncer à l'appui effectif de Louis XIV. Le roi, placé en face d'une nouvelle guerre, refusa l'assislance ouverte que l'on sollicitait de lui et promit seulement un peu d'aide sous main. A défaut de l'argent qu'il n'avait pas *, il écrivit à Philippe V d'en avancer. En* réalité, le parti des Stuarts se trouva réduit à ses seules ressources. Pendant ce temps, l'esprit sans cesse agité, Slair s'étonnait bientôt de n'avoir plus de nouvelles de I abbé. Il en concluait que le duc d'Orléans voulait laisser aller l'affaire du Prétendant sans s'en mêler; et il se rappelait, non sans dépit, qu'en dernier lieu, il n'avait fnière aimé la façon de l'abbé '.

Quoi qu'il en eût, il demeurait l'auxiliaire du prince français, à la fois parce qu'il comprenait l'impossibilité de ^♦•départir de cette politique, et parce que le cabinet de Londres, voyant les choses de plus loin et de phis haut,

'. !^tair's Journal, 21, 28 juillet 1715.

-. Siair ronsignc dans son Journal, à la date du 3i juillet, que Samuel ^rnanl, le finaneier, lui a dit que la eour certainement n'a pas donné, et "♦" serait ï>as en étal de donner un sou au Prétendant; que, si on le fai- *^il. <:ela devrait passer par ses mains. L'ambassadeur soupail, oc jour-là, '*"•' lo linancier. Nous avons déjà vu que c'était par ealeul qu'il se répan- '''iil dans le monde parisien.

■< l)urnal, 6 août 1115.

ne s'arrêtait pas aux menues contrariétés de son représen tant. D'ailleurs, chez celui-ci, Tamour-propre et Torguei! national avaient de quoi se satisfaire par les égards qu( les plus grands personnages de France en venaient à lu témoigner. Au jardin des Tuileries, où Ton se rencontrai pour causer des affaires publiques, c'était le maréchal de Villars qui venait Tassurer que le Prétendant, s'il se mettait en chemin, ne trouverait à s'embarquer dans aucun port de France. C'était le duc de Bourbon qui lui faisait part de l'intention du duc d'Orléans de l'entretenir très prochainement, ajoutant que le roi s'en allait à grands pas. Chacun paraissait préoccupé de s'arranger d'avance avec le duc d'Orléans, surtout depuis qu'on savait le triomphe complet, dans les deux chambres du Parlement, des whigs sur les tories, des nouveaux ministres de George P' sur les anciens ministres d'Anne *.

A Londres cependant, les ministres étaient persuadés, d'après les affirmations réitérées de l'envoyé du duc de Parme *, que le testament déposé par le roi au Parlement avec tant d'éclat, établissait le roi d'Espagne régent et lui maintenait son droit de succéder à la couronne de France : double éventualité, nous l'avons dit, également favorable au Prétendant et redoutable à George I".

Ils regardaient comme d'autant plus nécessaire de soutenir et d'encourager l'ambition du duc d'Orléans, qu'ils le savaient peu capable de vigilance et, ils le craignaient, facile à tromper. Aussi dans le cours de cet été de 1715, qu'on jugeait bien devoir être le dernier de Louis XIV,

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