Londres, décembre 1716. Coxe, vol. II, p
3. Nous avons dit plus haut que le poste de lord-lieutenant d'Irlande était le plus honorifique des trois royaumes. Mais 11 n'avait pas IMmpor* tance politique du secrétaire d'État maniant les aiïaires.
leur maître ou (ce que, devant Dieu, je crois fort possible) à lui faire abdiquer TAngleterre. Mais certainement, ils ne le forceront pas à faire lord Townshend secrétaire. Je n'entrerai pas dans les raisons qui ont engagé le roi à prendre ces mesures; c'est fait, et je demanderai à n'importe quel whig si, en ce qui est du public, la différence qu'un homme soit secrétaire ou lord-lieutenant d'Irlande, est de telle conséquence que nous devions tout hasarder pour le ressentiment d'un seul homme. » Il s'excuse en finissant de donner un si libre cours à ses sentiments. Mais il écrit, dit-il, à Tun des très rares gens de bien du pays. « C'est à eux que nous devrons notre salut, si nous devons être sauvés *. »
Paroles graves, mais se ressentant quelque peu de l'ardeur de tempérament de celui qui les prononçait.
A la vérité, Témotion en Angleterre était immense. On craignait encore d'autres changements. Londres était plongée dans une confusion plus violente qu'à aucune autre époque, même lors des changements qu'on avait vus sous la reiiie Aune. Fait sans précédent, disait-on : le roi, absent du sol national, n'ayant avec lui, de tout son conseil, qu'un seul ministre, opérer un si prodigieux changement dans son ministère, et cela, juste quand le Parlement allait s'ouvrir, un parlement de l'unanimité et dé la fermeté duquel il était permis d'espérer des mesures de la plus haute importance pour la sûreté et le repos du gouvernement *! Les tories et les jacobites se ranimaient. Us se donnaient le mot d'ordre d'un bout à l'autre du royaume pour faire la revue de leurs forces. Le parti qui avait placé la fa.mille de Hanovre sur le trône, semblait à
■ 1. Hanovre, 13 janvier 1117. Coxe, vol. II, p. 155-156. 2. Thomas Brerelon à Charles Stanhope, Londres, décembre 1716. Coxe, 'vol. II, p. 149-150.
la veille de se dissoudre. Les whigs mécontents se flattaient que leur tour était arrivé et déjà se partageaient les emplois. Tous les hommes en possession de Festime de Stanhope, ou dignes de la posséder, le blâmaient. Le ministre disgracié et ses amis étaient profondément offensés d'un tel manque d^égards : « Rappelez-vous qu*eii Angleterre, disait Robert Walpole, souvent on regarde à la façon plus encore qu'à la chose elle-même ' ».
Un trait particulier de cette situation bizarre et compliquée, c*est que la cabale très réelle du duc d'Arg}'le s*appIau(lÎ8sait de la chute de Tbomme qui avait été frappé à cause de sa collusion supposée avec elle. Elle était ravie du coup de pied qui avait jeté lord Townshend hors de sa place de premier ministre et de gouverneur de la Grande- Bretagne '. Déjà elle voyait Sunderland, traître à ses meilleurs amis, renversé à son tour sans que personne le plaignit; et Stanhope dénué d'appui chez la nation dans rimpossibilité de s*exposer au mépris de la chambre des Communes. Cependant, malgré cette perspective séduisante, la Joie de la faction n'était pas sans mélange, le roi ayant ordonne, selon son droit, au prince de Galles d'obliger le duc d'Argyle à se défaire de son régiment; et, par une intervention tyrannique dans Tintérieur de la maison princièrc, Tayant contraint de lui retirer sa charge de premier gentilhomme de la chambre : scène de comédie dans le drame.
Malgré le trouble des esprits et Tinquiétante physionomie du pays, à Texplosion de ce qui s'est appelé le schisme des whigs, George n'avança pas d'une journée
i. Robert AValpole à Stanhope, Londres,!*'- 12 JanTÎer 1717. Goxe, vol. H, p. 162-163.
2. L. Townshend kicked oui fr*om being our first minister and gotemor in firent Uritain,.,, Le duc de Somerset au comte dllay (}%\9)^ Pet>*orth, J3 (24) décembre 1716. Coxc, voï. II, p. 148.
son retour en Angleterre fixé à la seconde moitié de janvier 4717. Il ne rabattit rien de son opiniâtre détermination, ni Stanhope, de son énergie militante. Pas un moment non plus, ils ne perdirent de vue la conclusion des négociations de la Haye qui, maintenant, touchaient à leur terme. Par tout ce qui a précédé, nous savons Tétroile connexion de celles-ci avec le coup de théâtre ministériel qui ébranlait la Grande-Bretagne. Plus que jamais, Stanhope, devenu le premier ministre, fut aussi le champion de Talliance française.