CHAPITRE XXIV
Ll^ TRAITÉ EST SIGNÉ
Ia*s Jeux irouvornements de France et d'Angleterre sVtaient mis d'accord sur les grandes lignes et les stipulations ossontielles de leur traité d'alliance. Us avaient agi sans la Hollande: el cette république, descendue de son nMo d'arbitre européen, avait peine à se résigner au second rang, où la force des choses la ramenait. A la vérité. lloinsius« bien loin du temps, quoiqu'il y eût si peu d'années, où il écrasait M. de Torcy de sa politesse consommée el do son intîoxible dureté, suivait maintenant d'assez bonm* ::r;\oe limpulsion des Anjrlais. dont il sentait l'impossibilile de se séparer: même il secondait sincèrement le minisire français dans ses efforts pour former avec la République un contrat d'amitié et surmonter les résistances partielles qui se rencontraient chez quelques pro- >inces. l^\ Zélande étail rélive à cause de la question des prises qu'on n'avait pas réglée à son gré; Utrecht, parce que la boui*srtHÙsie y était en zizanie avec le clergé et la noblesse. Il y avait des diflicultés quant aux troupes à fournir par la République dans le cas prévu d'assistance
militaire réciproque; et quant aux garanties territoriales, que la Hollande, avec raison, ne voulait pas étendre hors de l'Europe. Il semblait aussi qu'une certaine lassitude se produisît chez les hommes de la faction française. Personnages de second rang, ils ne se sentaient pas responsables et obligés au même titre que les Heinsius, les Fagel, qui étaient réellement dans la main des Anglais et bon gré mal gré marchaient à la triple alliance. Leur docilité s*épuisait. Pour se faire compter, ils adoptaient les chicanes de détail, promettaient à Dubois et à Châteauneuf leur appui dans les assemblées des Etats et se dérobaient au dernier moment. C'est ainsi que Dubois s'était flatté à la fois de faire l'alliance à Irois et de donner l'exclusion à l'alliance de l'Angleterre et de la Hollande avec l'Empereur, dans le même temps que, par une autre et plus surprenante illusion, le marquis de Prié et M. de Heems mandaient à Vienne que le roi d'Angleterre ne signerait pas sans les États-Généraux et qu'ils avaient pris des mesures certaines pour les faire reculer si longtemps qu'on n'en verrait pas la fin. « Mais, dit Dubois à propos de l'Empereur, les. États-Généraux qui le veulent mettre dans son tort s'il se fâche de ce qu'ils font avec nous, ont résolu d'abord que l'alliance avec la France sera signée, de lui offrir d'entrer dans celle qu'il a faite l'été dernier avec le roi d'Angleterre, quand il lui plaira, en expliquant la clause où il parle de ses droits de la manière qu'il est porté dans un écrit qu'ils ont fait *.... »
« Gel inconvénient, poursuit notre abbé dans sa dépêche au duc d'Orléans, est arrivé par la trigauderie * des gens qu^on appelait dans les dépêches les bien-intentio7inéSj en
i. Dubois au Régent, il décembre 1716. Sévelinges, t. I, p. 234. 2. Mauvaises finesses.
Ui LE RÉGENT, L'âBBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
qui je u^admettais d'autre mérite que celui d'être fidèles, et sur qui je comptais en efTet assez pour croire qu'il ne se ferait rien de considérable dans les assemblées où leur consentement était nécessaire, sans être averti. Mais ils ont trahi net le pauvre M. de Ghàteauneuf, et moi par conséquenl, et ont donné leur consentement sans dire une parole. Mais cela ne vous fera pas grand tort, si vous demeurez dans une grande union avec le roi d'Angleterre *. »
On le voit, si les anciens de la carrière se moquaient de Fabbé, il ne feignait pas de le leur rendre. Mais il ne prenait pas garde que Taccession des États à Talliance du roi nt de TEmpereur était aussi l'un des grands objets de la politique de George I" qui, rappelons-le encore, avait ])esoin de la sanction de l'Empereur pour ses agrandissements aux dépens de la Suède, et de son concours contre la présence inquiétante des troupes russes dans le Meck- Icmbo urg. Â travers ses négociations avec la France, il ne cessait do presser la Hollande en vue de cette autre alliance, celle-ci devant suivre immédiatement celle-là. Le T) janvier 1717, lord Cadogan informait Stanhope que les députés pour les ÂfTaires étrangères devaient lui remettre ce même jour la résolution des Etats-Généraux d'accéder au traité avec TEmpereur quand ils en seraient requis par le roi et TEmi^ereur. Dès maintenant, ils étaient autorisés iï signer sans nouvelle délibération \
D'après cela cl d'après tout ce qui avait précédé dans ce sens, il était oiseux de viser, comme faisait l'abbé, à une
\. Sêvelingcs, t. I, p. 234-235.
2. lier. ()//'., lîoUandj vol. 379. Voir aussi lord Cadogan à Stanhope^ la Hayo, 21 novembre 1716. A celte date, les provinces sont divisées «ropinion. Mais le 8 dérombre, les États de Hollande consentent; et il est ronvenu que rotle résolution et celles des autres provinces seront remises au ministre de rKmpereur et à celui du roi, en même temps que le traité avec la France sera signé. {Id., ibid,)
exclmion entière de ralliancc de l'Empereur. La chose désirable et possible, c'était de parvenir à ce que la République donnât le pas à la France sur l'Autriche. Voilà ce que le pauvre M. de Châteauneuf avait obtenu, avec Faide de» bien intentionnés, trigauderie ou non. L'abbé Dubois n*ayant pas été dans le secret des dieux à Hanovre, s'était infatué de lui-même et de son œuvre. Il était beaucoup plus dans le vrai, lorsque, au cours de la même lettre au Régent (11 décembre), il disait : « Avec de Tintimité avec ce prince (George 1"), vous aurez les hommes accrédités dans cette république, et vous serez le maître ici et dans le reste de l'Europe; mais si on s'aperçoit de la moindre désunion, vous tomberez du grenier à la cave, quelque ressource que vous croyez avoir d'ailleurs * ». Précisément, si le Régent n'était pas déjà tombé à la cave, il le devait à M^ de Châteauneuf.
Il était temps d'en finir en Hollande avec la lenteur des uns, la mauvaise volonté des autres. Le maréchal d'Huxelles le notifia de son style solennel à Dubois : « Je veux désormais éviter, s'il est possible, que l'on me puisse reprocher d'avoir prostitué la dignité du roi, comme elle le serait en effet, si Sa Majesté continuait de faire plus longtemps des démarches qui ont été faites de sa part depuis quelques mois ». Si donc la République ne se déterminait pas à fixer un terme pour la signature de l'alliance, le Régent prendrait les résolutions qu'il jugerait le plus à propos, sans s'arrêter plus longtemps à de vaines assurances et à de bonnes intentions, dont on ne voyait jusque-là nul effet *.
D'après cet ordre, Tabbé déclara aux Hollandais que
i. Sévelinges, loc. cil, 2. /d., t. 1, p. 236-237.
4U LE RÉiiENT. l'abbé DUBOIS ET LES ANGLAIS.
s'ils ne se détemninaient enfin à fixer le jour de la signature de l'alliance, le marquis de Chàteauneuf et lui cesseraient toute démarche à ce sujet.
Heinsius. étonné de cette sommation et des rades reproches dont les envoyés français rassaisonnèrenty s*excusa modestement. D'accord avec le président de semaine, à qui ils avaient tenu le même langage, il se hâta d'en faire le rapport aux Etats-Généraux. CeuxHn, assemblés le 21 décembre, déclarèrent qu'ils seraient prêts le jeudi 31 décembre (1716), ou pour tout délai, le lundi 4 janvier 1717 *.
L'trecht, la Gueidrc et la Zélande n^étaient pas encore pleinement fixées. Mais dans les cas d^urgence, on savait abréger; on passait outre à la règle de Tunanimité. Si alors, des trois membres, clergé, noblesse, boui^oisie. d'une province ou d*unc ville, deux se mettaient d*accord ensemble, leur vote était considéré comme suffisant et valable *.
« Attendre la résolution des provinces, dit quelque part M. de Torcy, prétexte ordinaire que le gouvernement de Hollande emploie lorsqu'il croit de son intérêt de gagner du temps, mais règle dont il sait s'affranchir quand il convient à la llépublique d'accepter ou de conclure des traités qu^elle croit utiles et avantageux. Ainsi le pensionnaire Heinsius se vantoit, en 1709, que le traité dit de la grande alliance avoit été conclu et signé en vingt-quatre heures. terme trop court pour consulter les provinces et les yilles. et \)ouv en obtenir le conscntemeùt'. »> A celte époque (1701) el auparavant à la paix de Munster, en 1648, ou
1. Lcltrc de Dubois, 20 décembre 1116. Id., ibid., p. S3'2-240.
2. Lord Cado^Mn à lord Townshend, la Haye, 25 décembre 1116. Rec. Off, Holland, vol. 37J.