‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 161 sur 209 · Aubertin, l'Esprit public au xviii" siècle, p · texte numérisé non relu

Aubertin, l'Esprit public au xviii" siècle, p

3. La Haye, 5 janvier 1717. Rec. O/f., France, vol. 348. — La Zélande ne signa que le 12 janvier, mais son adhésion était acquise.

448 LK RÉGENT, L'âBBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.

A Paris, le Régent et ses amis témoignèrent la joie la plus vive. Madame étant survenue chez son fils dans le même moment que le courrier de Tabbé Dubois, il lui dit : « Ma mère, permettez-moi de vous embrasser pour la joie que me cause la nouvelle que je viens d*apprendre de la triple alliance ». On assura même, dit l'auteur du Journal de la Régence^ que Leurs Altesses Royales baisèrent ce traité, et qu'ils le firent aussi baiser au maréchal d'IIuxelles pour marquer d' autant plus la satisfaction particulière que Tun et J'autre ressentaient ^ Elle était moindre chez le maréchal *.

Le duc d'Orléans, en se congratulant avec lord Stair, lui dit qu'il y avait beaucoup de personnes qui n'aimaient pas le traité ; mais que cela ne diminuait nullement la bonne opinion qu*il en avait. « Nous verrons bien des visages allongés '. »

En efTet, il avait contre lui la vieille cour, les partisans de PliiJippe Y, les uns et les autres remplissant les conseils. Menacé sourdement par le roi d'Espagne, et dans sa fonction de régent, et ses droits éventuels k la couronne; (Ml butte jusque-là au ressentiment de George pour Tassis-

i. Buval, Journal de la Régence, t. I, p. 243, 16 janvier 1717. La Gazette de la Réf/ence, p. 135, 15 janvier 1717, raconte l'anecdole un peu autrement. Le duc courut chez sa mère cl lui dit : « Tenez, madame, voilà un papier qui vous fera plaisir ». Ce qui réjouit fort cette bonne princesse.

2. Saint-Simon, 1. XIV, p. 185 et suiv., place & celte date la résistance violente et la soumission peu glorieuse du maréchal, la séance où le Conseil de régence approuve à contre* cœur le traité. Mais il se trompe d'épo(]ue.Ces faits qu'il rattache au traité dejanvier 171 7, n'eurent lieu qu'en juillet 1718, où nous les retrouverons. Cependant la Gazette de la Régence^ p. 170, dit sous la rubri<iue du 9 mai 1717, que Huxelles témoigna quelque pique et jalousie de ce qu'on lui avait caché quelque chose de ces négo<:iations; « ce qui porta ce seigneur à se démettre de sa présidence «les AITaires étrangères dans les(|uelles Tabbé Dubois saura bien soutenir ses avis ». La Gazette est mal informée, puisqu'en 1718 le maréchal d'Huxclles était encore président du conseil des Affaires étrangères.

3. L. Stair à Melhuen, Paris, 13 janvier 1717. Stair Papere^ Oxenfoord Caslle, vol. IX.

lance détournée qu'il avait donnée au Prétendant, il était isolé et sans consistance. Au contraire, pris au sérieux par l'Angleterre et par la République de Hollande, Tune et l'autre arbitres de TEurope, aux yeux de l'opinion, il acquérait soudain le prestige qui entoure l'homme compté, recherché de l'étranger. La prédiction de l'abbé Dubois se réalisait pleinement.

Le traité de la Haye, du 4 janvier 1717, fut, comme nous l'avons expliqué plus haut, rédigé en double, c'est-à-dire dans les deux langues, latine et française : la rédaction latine pour l'Angleterre et la Hollande, chacune séparément; la rédaction française pour la France. La différence entre ces instruments consiste en ce que, dans le préambule du latin, George est nommé le premier, avec le titre de roi de Grande-Bretagne, de France et d'Irlande; et Louis XV, après lui, avec le simple titre de Roi Très-Chrétien ; au cours des articles, l'un est toujours appelé roi de la Grande-Bretagne, ou Sa Majesté Britannique ; l'autre Roi Très-Chrétien, ou Sa Majesté Très-Chrétienne * : formulaire avoué par M. de Torcy lui-même sous le feu roi. Les Hollandais sont les Hauts et Puissants Seigneurs les Etats-Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas *.

Dans l'instrument français, les rôles sont intervertis. Louis XV a le pas. Le préambule le qualifie : par la grâce de Dieu, roy très chrétien de France et de Navarre, Vient

1. Majestas sua Britannica, Rex Christianissimus, ou Maj estas sua Chrisiianissima.

2. Serenissimus.., Georgius, Dei gratta, Magnœ Britannix, Francià et Hibemise Rex, Dux Brunsvici,,. et Serenissimus... Ludovicus decimus guintus, Dei Gratta, Rex Christianissimus ; Celsigue ac Prœpotentes Domini Ordines Générales Unilarum Belgii Provinciarum. Le texte latin est dans Lamberty, t. X, et à Londres, Rec. Off., llolland, vol. 376.

ensuite George j par la grâce de Dieu^ roy de la Grande- Bretagne, duc de Brunswick.

Dans la série des articles, Tan est toujours, comme dans la teneur latine, le Roi Très-Chrétien ou Sa Majesté Très-Chrétienne; Tautre, le roi de la Graode-Bretagne ou Sa Majesté Britannique. Chacun des deux rois trône en France par son préambule particulier, mais ni l'un ni Tautre dans le corps du traité. Que s'il se trouve cependant que pour prendre des engagements, il faille désigner le gouvernement de France et sa souveraineté effective par quelque expression catégorique, alors on tourne la difficulté en employant le terme de Carona Gallica^ dans lequel le vieust mot Gallica permet au rédacteur anglais d*esquiver celui de Francicaj à plus forte raison celui de Rex Gallf'arum, et de sauver adroitement les apparences. tandis que le rédacteur de Tinstrument français écrit sans scrupule couronne de France.

Le traité 'exprimait d*abord l'intention des contractants d'aiTermir de plus en plus la paix entre leurs royaumes ot États respectivement, d'éloigner entièrement de part et d'autre tout sujet de soupçon qui pourrait en quelque manière que ce fût troubler la tranquillité de leurs Etats, et do resserrer plus fortement encore par de nouveaux nœuds Tamitié qui était entre eux.

Il comprenait huit articles.

L'article I stipulait une alliance' et une union étroite^ tant au dedans qu'au dehors de TEuçope, avec promesse des Parties de se procurer réciproquement et fidèlement leur utilité ot leurs avantages, de détourner et empêcher par les moyens les plus convenables les pertes et dommages qui pourraient leur arriver.

1. II est entendu que nous suivons le texte français le plus près possible.

L'article II concernait celui qui avait pris le titre de prince de Galles, pendant la vie du feu roi Jacques II, et après la mort dudit roi, celui de roi de la Grande-Bretagne. Comme l'expérience avait fait connaître que la proximité de son séjour pouvait exciter des troubles dans la Grande-Bretagne, le Roi Très-Chrétien s'obligeait d'engager ladite per^ sonne de sortir du comtat d'Avignon et d'aller faire son séjour au delà des Alpes, immédiatement après la signature du traité et avant l'échange des ratifications; et pour témoigner encore davantage de son désir sincère d'observer religieusement tous les engagements que la couronne de ' France avait pris ci-devant touchant Indite personne^ le Roi Très-Chrétien s'engageait à ne lui donner, en quelque temps que ce fût, directement ou indirectement, aucun conseil, secours ou assistance, etc. Il ne lui permettrait pas de revenir à Avignon ou en Lorraine, ni en aucun lieu de sa domination, encore moins d'y demeurer, sous quelque nom ou sous quelque apparence que ce fût.

Par l'article III, les contractants promettaient de refuser toute sorte d'asile et de retraite aux sujets de l'un d'entre eux qui auraient été ou pourraient être déclarés rebelles, et Ton réglait la procédure de l'expulsion.

L'article IV prescrivait la démolition de Dunkerque et de récluse de Mardick. Il avait été rédigé en français, avonsnous dit plus haut, à cause de l'impossibilité d'exprimer en latin le détail technique des ingénieurs *. Mais l'esprit de cet article était résumé préalablement en quelques lignes, latines dans l'un des instruments, françaises dans l'autre, avec cette singularité que la rédaction latine conservait la forme peu aimable qu'avait adoptée et maintenue le ministère de Londres, malgré l'adoucissement suggéré

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