La mort de Louis XIV évidemment
RAPPORTS DU DUC D'ORLÉANS AVEC GEORGE r**. 37
Tamitié de Sa Majesté, dont lui donnerez toutes les assurances possibles. »
Naturellement, à ces offres de service, il y a une condition; elles appellent la réciprocité. Lord Stair devra donc marquer en môme temps que le roi attend du prince, quand il sera le maître, que le traité touchant Dunkerque soit exécuté de bonne foi et qu'il ne se fasse poijit de port à Mardick. Il faudra insinuer aussi qu'il serait bon de chasser au delà des Alpes le Prétendant et les sujets rebelles (au roi de la Grande-Bretagne), réfugiés en France.
La dépêche se termine en insistant sur ce dernier article :
« Sa Majesté ne doute point que Son Altesse Royale ne s'y engage avec plaisir. Effectivement, ce sont des choses que nul prince ne peut refuser à des voisins, dont il veut tant soit peu ménager l'amitié, et le Roy est si prévenu en faveur de S. A. R., et tellement résolu de mériter son amitié et sa confiance par des services réels et solides, quand il en sera requis, qu'il attend que ce prince voudra aussi de son côté en agir véritablement en ami ; et comme il est de la dernière conséquence que nous soyons ici très exactement informez des desseins et des démarches du Prétendant tant pour le passé qu'au présent, le roi espère de l'amitié du duc d'Orléans qu'il voudra bien vous en donner des lumières de tems en tems; vous lui toucherez cet article délicativement*. »
Cet article, si simple pour les uns, était toujours la pierre d'achoppement pour les autres. Le duc d'Orléans se renfermait dans une ignorance systématique des faits et gestes des jacobites.
Cependant la crise vers laquelle se portaient tous les
t. Rec, Off,j France, vol. 349.
regards, c'est-à-dire la fin du règne, approchait à grands pas. Louis XIV, après deux mois entiers passés à Marly, pour dissimuler son déclin, selon Slair *, venait de quitter cette retraite qu'il ne devait plus revoir et de rentrer à Versailles (10 août). L'ambassadeur, désireux de l'entretenir, ou plutôt de juger de son état par ses propres yeux, informé d'ailleurs par Villeroy qu il aurait bon accueil, se rendit immédiatement à la cour, le soir du 12 août (1715). Au souper, il vit le monarque s'avancer péniblement vers la table, en s'appuyant sur une canne, le visage défait par la langueur. Ce fut la dernière fois de sa vie que le roi marcha, dit Saint-Simon, soigneux annaliste de cette grandeur expirante *. Une difficulté d'étiquette, c'est-àdire l'obligation de demander son audience par l'intermédiaire du ministre des affaires étrangères, M. de Torcy, et le refus de lord Stair de s'y plier, à cause de leur querelle du mois précédent pour laquelle aucune satisfaction ne lui avait été donnée, le réduisit au rôle de témoin muet des scènes de Versailles et des efforts suprêmes du roi pour soutenir son immuable personnage jusqu'au bout. Le lendemain, il se rendit seulement au dîner du prince, observa de nouveau la maladie écrite sur ses traits, sa voix éteinte, son dégoût des aliments et le malaise que sa présence parut lui causer. Il brava les regards de haine que les courtisans lui lancèrent*, et ne se retira que pour aller dîner avec le maréchal de Villeroy. Toujours armé en guerre, même à table, il déclara à son hôte, qu'aussi longtemps qu'on tolérerait la présence du Prétendant dans le duché de Bar, un fief de la couronne de France, et qu'on verrait l'intimité régner entre les minis-
1. stair à Stanhope, 16 juin 1715. Slair Papers, Oxenfoord Castle, t. ni, B.