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Stair' 8 Journal, 26 août

RAPPORTS DU DUC D'ORLÉANS AVEC GEORGE r. 45

sadeur commença par demander au duc s'il y avait quelque chose à faire pour son service; il protesta chaleureusement de l'amitié du roi, prêt à le soutenir de toutes les forces de son État. Le prince répliqua par la déclaration la plus catégorique de son ferme attachement au roi et à ses intérêts, et de son intention arrêtée de le satisfaire quant aux ports maritimes. Le terrain préparé ainsi, Stair, s'enhardissant, avança que le vrai moyen d'établir de parfaits bons rapports entre les deux nations et avec le roi, serait de renvoyer le Prétendant hors de la Lorraine, c'est-à-dire hors du duché de Bar; et ses adhérents, nommément le duc d'Ormond et lord Bolingbroke, hors de France. Le duc d'Orléans prit fort bien cette ouverture. Au fond, elle lui était importune, nous savons pourquoi; glissant sur ce terrain brûlant, par une adroite diversion, il parla d'établir un traité de commerce sur une base équitable de part et d'autre. Le traité de commerce conclu par les ministres tories de la reine Anne avec la France, à la suite de la paix d'Utrecht, avait succombé au Parlement, sous la colère des marchands de la Cité. Ils étaient en masse du parti whig; et, d'ailleurs, ils n'admettaient de transactions commerciales que celles où tous les avantages seraient de leur côté *. Aussi, lord Stair, à son tour, laissa-t-il tomber le propos. Ils s'entendirent mieux sur le compte de M. de Torcy, qui les inquiétait et leur déplaisait également. « Il me dit, raconte l'ambassadeur, que Torcy n'avoit pas encore mis le pied chez luy; mais il s'en vengeroit bientôt. Je luy dis que de la manière que monsieur de Torcy avoit agi avec luy, il ne seroit pas

1. Le traité était cependant établi sur des bases honorables, stipulant de part et d'autre le traitement de la nation la plus favorisée, et la suppression des prohibilions établies des deux côtés depuis Tan 1664, sous Charles II.

étonnant qu'il ne s'en servît pas ; et que je ne croiois pas qu'il régleroit son administration par les maximes do monsieur de Torcy, et qu'effectivement il ne seroit pas un bon moyen d'établir la bonne correspondance entre les deux nations *. » Le duc d'Orléans termina cet entretien par des paroles très cordiales pour le roi d'Angleterre, et ne ménagea pas non plus les termes gracieux pour le représentant de ce prince.

Louis XIV paraissait décidément à l'extrémité (27 août). Lord Stair voulut être au cœur de l'événement. « Je restav la nuit à Versailles, écrit il, dans la confiance que cela auroit fini cette nuit; mais point du tout. Le lendemain matin, il se trouvoit à peu près dans le même état*. » Mal satisfait de l'obstination du moribond à vivre encore, il reçut du moins du duc d'Orléans, avant de retourner ù Paris, l'assurance que tout allait bien (pour leurs affaires, s'entend), et qu'il n'y aurait aucun désordre (sans doute à la transmission du pouvoir). A Paris, il trouva des dépêches de Stanhope, fort alarmé de deux choses : l'une, la régence de France destinée selon lui à Philippe V ; l'autre, en dépit des affirmations contraires de Stair, l'imminence de la descente du Prétendant en Angleterre.

Ici, au moment où le grand règne va s'éteignant, et où les intérêts nouveaux tendent à se lier ensemble de plus en plus étroitement, on voudrait suivre au plus près les impressions et les mouvements de l'ambassadeur pendant la crise des derniers jours, et le coup d'Etat par lequel le duc d'Orléans s'empara du pouvoir. Malheureusement, du 29 août au 3 septembre, le Journal de lord Stair est

1. Ce passage est en fran^-ais dans le Journal de lord Stair, 27 août 1715. Dans cette phrase, il ne seroit pas étonnant qu'il ne s'en servit pas, l'éditeur anglais, lord Hardwicke, 1778, a imprimé : qu'il ne s'en seroit pas : faute évidente pour servit.

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