Id., ibid
muet *; et nous n'avons pas non plus ses dépèches à son gouvernement sur des faits qui leur importaient si fort.
Du moins, nous savons avec certitude, et pour ce moment-là mffme, le prix qu'à Londres on mettait à Talliance. C'était le 27 août seulement, comme on l'apprend par le Journal^ que Stair avait parlé au duc d'Orléans de l'expulsion du Prétendant. Le programme complet se trouve dans une lettre du secrétaire James Stanhope (24 août, V. s., 4 septembre, n. s., 171 5), la première qu'il écrivit après la mort de Louis XIV en réponse aux dépèches de lord Stair des 28, 29, 31 août et 1" septembre, dont la dernière apportait sans doute la nouvelle que le roi venait d'expirer '.
Le roi (Georges I"), y est-il dit, se réjouit de l'accueil fait par le duc d'Orléans à lord Stair, il lui tarde de recevoir la notification en forme de l'avènement du prince à la régence, afin de pouvoir lui marquer la part qu'il prend à tout ce qui le regarde, lui renouveler les assurances d'une ferme amitié et de sa résolution d'appuyer ses intérêts, selon le besoin et à toute réquisition.
« En attendant, le Roy vous ordonne de cultiver l'amitié de ce prince et vous ne devez point craindre d'être désavoué, quelques avances que vous fassiez. »
Mais il regarde comme essentiel à la bonne intelligence que Ton souhaite ardemment de cultiver, la satisfaction sur Mardick, l'éloignement du Prétendant au delà des Alpes, l'interdiction au surplus des rebelles de résider à Paris ou de paraître à la cour; enfin, le retrait du voisinage de la Manche des corps anglais et irlandais à la solde
1. Cette lacune si regrettable n'est comblée ni par les papiers du Record Office, ou ceux d'Oxenfoord Castle, ni par les diverses publications faites soit au dernier siècle, soit de nos jours.
2. Nous venons de dire que ces dépêches de Stair n'exislenl pas au Record Office ni dans les Stair Papers d'Oxenfoord Castle.
(le la France; Gcoi^e, en effet, pouvait craindre qu'ils ne formassent le noyau tout prêt d'une armée jacobite. En finissant, le ministre revenait à la charge pour promettre et pour demander. « Le Roy, concluait-il, n'a pu marquer sa bonne volonté que par des promesses et des assurances de soutenir Mgr le duc d'Orléans. Quand ce viendra aux effets, je vous réponds que Son Altesse Royale aura lieu d'être contente de nous. Mais, quelque porté que Ton soit à le soutenir, vous concevez fort bien que de certaines démarches de son côté pour décourager nos rebelles et pour faire connaître à toute FEurope qu'il veut bien vivre avec le Roy (seront nécessaires) pour continuer et augmenter la bonne disposition que nous avons. Vous ferez valoir, mylord, ces raisons et plusieurs autres que vos propres lumières vous fourniront pour engager Son Altesse Royale à se déclarer amy du Roy d'une manière qui impose silence à tous nos séditieux. »
Stair, en ce qui le concernait, était informé par la même dépêche, que George I" relevait au caractère d'ambassadeur, pour le moment où il aurait à porter la réponse à la notification de l'avènement du jeune roi *. Jusque-là, il n'avait été qu'un simple chargé d'affaires près Louis XIV.
D'après ce qui précède, il n'y a donc pas à s'étonner s'il assista dans une lanterne de la Grand'Chambre ' à la
1. Record Office, France, vol. 349. Whilefiall, 24 août, v. s., 1715, c'està-dire 4 septembre; lettre chiffrée, déchiffrée en français. — Inédite.
2. Saint-Simon, t. XHI, 117 : « M. le duc d'Orléans avait eu la facilité de se laisser leurrer, en cas de besoin, 'du secours d'Angleterre, et pour cela de faire placer mylord Stairs dans une des lanternes ». Plus loin, p. 285 : M Voilà ce qui causa l'indécence de la i)rcsence de Stairs dans une lanterne à la séance de la régence, où il voulut assister pour se faire de fête auprès de M. le duc d'Orléans que les mêmes personnes (Dubois. Canillac, Noailles) persuadèrent de le désirer même, pour montrer son union avec l'Angleterre, et tenir le Parlement et le duc du Maine en respect -. 11 nous semble (fue ce (fui choque Saint-Simon, c'est seulement le fait de la présence d'un ambassadeur anglais, surtout d*un Anglais anlijacobite. Ultérieurement on a forcé les couleurs : H. Martin, XV, 3 : « LonI
mémorable séance du 2 septembre 1715, où le Parlement annula le testament de Louis XIV, comme il avait fait, soixante-douze ans auparavant , pour le testament de Louis Xin, et conféra la régence au duc d'Orléans, avec une autorité entière et indépendante. Lord Stair avait eu part à cette campagne victorieuse; et, dans sa pensée, le monarque britannique triomphait avec le prince français '. Le Régent, aussitôt installé, écrivit de Versailles à son
Siairs étalait son arrogance dans une tribune, comme s'il eût prétendu dicter la loi au Parlement et & la France ». Or, les lanternes étaient des tribunes grillées d'où Ton pouvait voir et entendre, mais où l'on ne pouvait pas être vu. Impossible à Stair de s'y étaler, de s'y donner en speclarlc. — Michelet (Louis XIV et le duc de Bourgogne, p. 130) dit plus justement : • Lord Stairs voulut assister à la séance du Parlement, témoigner Itar sa présence de l'intérêt de l'Angleterre pour Orléans et pour la paix ». il est assez piquant d'opposer à cette légende du fastueux étalage de Stair dans une des lanternes, le fait rapporté par Marais (Journal el Mémoires) que, le matin du 2 septembre, le Parlement fut entouré, à son insu, par les ganies françaises et suisses; et que le duc de Guiche, leur colonel, en habit d'ordonnance, avec son bâton de commandement, se mit dans une lanterne. Évidemment, c'était pour n'être pas vu, quoique présent, et se tenir prêt à agir à Timproviste, comme dans une embuscade.
1. Saint-Simon s'est mépris sur la conduite de Stair dans ces comment-ements. Il raconte (t. XIII, p. 282-283, 285) que, voyant de loin la déca- «lenre menaçante de la santé du roi, et comprenant en même temps qu'il n'avait rien à espérer de l'autorité du duc du Maine, Stair sentit de bonne heure qu'il n'avait de parti à prendre que celui du duc d'Orléans qui ivail tout le droit de son côté; qu'il fallait le flatter du secours de son maître, s'il en avait besoin pour faire reconnaître sa régence, l'enrôler de tx>nne heure avec le roi George, par ces offres faites dans un temps douteux, le lier avec lui, en lui persuadant que leurs intérêts étaient communs, etc. Ainsi, ce serait l'ambassadeur anglais qui aurait eu l'idée de l'union entre le roi de la Grande-Bretagne et le duc d'Orléans, et qui, de lui-même, en aurait acheminé la négociation. Ce récit nous prouve seulement que le duc d'Orléans ne jugea pas à propos d'instruire Saint-Simon •le l'histoire de ses relations avec George I®""; et, ce que l'on sait du reste, qu'il est bon de se tenir sur ses gardes, avec l'auteur des Mémoires, alors même que celui-ci apporte le plus d'assurance dans ses affirmations. Mirhelet, (jui aurait pu se défier de Saint-Simon, en adopte la donnée el ii-rrenr : - L'ambassadeur anglais, Stairs, de son chef, sans l'aveu de «ieorge, conseillait l'alliance; mais, ses emportements, ses aigreurs insolentes,la rendaient odieuse ». {La Régence, p. 49.) — Saint-Simon rapporte »»neore (I. XIII, p. 372-373) comment le triumvirat Noailles, Canillac, iMrbois, d'accord avec Stair, persuada peu à peu au duc d'Orléans de se loiirner vers le roi George, à raison de la conformité de la situation et .|«'s intérêts de l'un et de l'autre. — C'est la continuation de son erreur «i-dessu;?.
royal parent, le 5 septembre (1715), pour lui notifier son avènement à la régence : « Monseigneur, quelque occupé que je sois de la douleur que me cause la perte que je viens de faire du Roy, mon seigneur et oncle, un de mes premiers soins est d'apprendre à Votre Majesté que la régence du royaume m'a esté confiée. Aux bontés attentives et réitérées que j'ay éprouvé de Votre Majesté, je ne doute point qu'elle ne veuille bien prendre part à l'une et à l'autre, et si quelque chose peut me flatter, c'est de pouvoir librement à présent marquer à Votre Majesté, combien j'ay été sensible à l'honneur de son amitié, je la suplie de croire que, tandis que mon administration durera, je n'oublierai rien de tout ce qui pourra en resserrer les liens, et que je suis avec tous les sentimens possibles d'estime, d'amitié et de respect, Monseigneur, de Votre Majesté très affectionné cousin et serviteur, Philippe d'Orléans *. »
Ainsi voilà la situation au moment où le règne d^^ Louis XIV finit, où s'ouvre la Régence. Entre George I*** et le duc d'Orléans, du vivant même du grand roi, le premier a recherché avec empressement et persistance Tamitié du prince français; le second a, sans hésitation, accepté l'offire du monarque anglais. A présent, il est heureux de pouvoir librement lui marquer qu'il n'oubliera rien de tout ce qui sera susceptible de resserrer leurs liens. Les prémisses étant posées de part et d'autre, il n'y a plus qu*à en tirer la conclusion, semble-t-il, à sceller cette aUiance, germée, en quelque sorte, d'elle-même des deux côtés du détroit, cultivée déjà en secret depuis près d'un an. Elle est si naturelle qu'elle semble s'être nouée toute seule. Plus d'obstacles. Et cependant, elle va rester en suspens; elle va subir le long retard d'environ deux années. Quand elle so
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RAPPORTS DU DUC D'ORLÉANS AVEC GEORGE r. 81
fera, elle aura le retentissement d'un coup de] par tîe inattendu. Pourquoi cet avortement d'un dessein jusque-là en si bonne voie? C'est que, aussi longtemps qu'on avait dû rester dans la théorie, les difficultés pratiques ne s'étaient pas fait apercevoir. On ne s'en était pas préoccupé. Mais lorsque le duc d'Orléans fut devenu libre, il lui fallut compter avec elles. Il y en eut eu France. Il y en eut en Angleterre. Le rôle de Dubois fut de les aplanir et de contribuer à les résoudre, ouvrier adroit et heureux, mais non pas inventeur du système politique de la Régence.