‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 27 sur 209 · Dissertation sur les vhigs et les tory s, p · texte numérisé non relu

Dissertation sur les vhigs et les tory s, p

Cependant, il y eut ici quelque chose de plus sérieux qu'une influence de cour, puisque ce mouvement tory se maintint quatre années avec la même force, c'est-à-dire aussi longtemps que la reine vécut encore.

A l'ouverture du nouveau Parlement (le 25 novembre, V. s., 6 décembre, n. s.) les Communes félicitèrent la reine d'avoir sauvé l'Eglise et l'Etat. Survint alors en Espagne, à Brihuega, le désastre du whig James Stanhope, qui, après de nombreux exploits, fut obligé de mettre bas les armes avec son corps d'armée devant le duc de Vendôme (9 décembre 1740). Ce fut un soulèvement général de l'opinion contre l'ancien ministère, contre Marlborough lui-même, dont la campagne en Flandre s'était bornée à la prise de Douai, contre Stanhope déclaré responsable de son malheur.

Les votes destinés à restaurer la religion et à consolider la prépondérance politique du parti tory se succédèrent : construction de cinquante églises à Londres et à Westminster* (ni2); loi électorale n'admettant à représenter les comtés et les bourgs que les propriétaires fonciers dont le revenu serait de six cents livres sterling, dans le premier cas, et de trois cents dans le second *; à la fin de la même année, bill de Conformité irrégulière {occasional conformity bill) prononçant la destitution, avec incapacité perpétuelle des fonctions publiques, de tout officier civil ou militaire et de tout magistrat municipal qui assisterait à une assemblée religieuse des dissidents; plus, une amende de quarante livres au profit du dénonciateur. Et comme les mesures politiques et personnelles contre les whigs se

i. On sait que la capitale se composait de deux villes distinctes : Londres ou la Cité, et Westminster.

2. The Reign of queen Anne, par le comte Stanhope, t. II, p. 218. Ceux qu'on voulait exclure éludèrent la loi au moyen de fausses attestations. Elle fut si peu gênante qu'on ne l'abolit qu'en 1858.

liaient intimement dans le système des chefs tories à ces mesures contre les dissidents, Marlborough fut accusé formellement de concussion, devant les Communes, par la commission des comptes, et dépouillé, dix jours après, de tous ses emplois (31 décembre 1711, v. s., 11 janvier 1712, n. s.). Le même jour, la création de douze pairs enlevait aux whigs la majorité qu'ils avaient conservée jusque-là dans la Chambre haute, et la transférait à leurs adversaires.

Les ministres, en travaillant ainsi à conquérir une autorité irrésistible au sein des deux Chambres, comme ils l'avaient déjà chez la nation, se proposaient encore un autre grand objet, souverainement odieux aux whigs : nous voulons parler du rétablissement de la paix; et au delà même, un plan plus hardi et des plus hasardés, c'est-à-dire ia restauration du fils de Jacques II, après la mort de la reine.

Les tories voulurent la paix, parce que les whigs tiraient de la continuation de la guerre, gloire, puissance et richesse. Ils étaient impatients de rompre l'ascendant des capitalistes, qui tiraient une importance désordonnée des grands <împrunls nécessités par la guerre. Cette classe avait le double tort d'être le support principal des whigs et de menacer la prépondérance de la propriété terrienne, base antique, presque sacrée, de l'édifice social en Angleterre.

Le rappel des Stuarts exilés était le secret des ministres, qu'ils enveloppaient du plus profond mystère. Dès Tannée 1710, Harley se mit en communication à ce sujet avec le maréchal de Berwick par l'abbé Gautier, ce Français, résidant à Londres, destiné à passer tout à coup de la condition la plus obscure au rôle bienfaisant et glorieux d'avant-courrier de la paix. Cependant les procédés dilatoires où le ministre anglais se complaisait par caractère

amenèrent peu k peu le maréchal et le Prétendant à penser que son unique but était de se consolider au pouvoir en portant les jacobites à voter avec les tories l'approbation de la paix *. Bolingbroke, au contraire, fut ardent et sincère, bien qu'on se demande si, de même qu'il fît la paix pour rétablir la suprématie des tories ébranlée par les victoires de Marlborough ; de même, le soin de la maintenir une fois rétablie, ne fut pas le réel mobile de ses intrigues dynastiques '. Anne, au fond du cœur, penchait pour son frère Jacques III. Mère infortunée, ayant vu mourir tous ses enfants en bas âge, elle croyait à un châtiment divin pour la part qu'elle avait prise au renversement de son père. Mais, en même temps, elle s'effrayait à l'idée d'un successeur papiste, flottant ainsi dans le même état de désir et d'irrésolution que le gros du parti tory.

Du moins, elle eut horreur de l'effusion du sang qui coulait depuis onze années, et sut vouloir la paix.

Cette paix d'Utrecht votée à la chambre des Communes avec une telle faveur, que les whigs n'osèrent même pas élever la voix, et que la Cité de Londres se couvrit d'illuminations, cette paix venait à son heure. Elle était raisonnable : car elle atteignait le but de politique générale que l'Angleterre s'était proposé en entreprenant la guerre, puisque, si Philippe V était maintenu sur le trône d'Espagne, il était stipulé que les deux royaumes de France et d'Espagne ne pourraient jamais être réunis sous un même souverain; les possessions espagnoles d'Italie et de Bel-

1. Lord Mahon, Bistory of England, 1. 1, p. 31-32. — Mémoiret du maréchal de Berwick^ dans la collection Michaud et Poujoulat.

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