The public Spiril of the whigs
révoque et sans un certificat que le postulant avait reçu la communion, Tannée précédente, selon le rite de l'Eglise d'Angleterre. Cette loi de persécution combattue très vivement dans les Communes, par James Stanhope, Robert Walpole, Townshend, choquait d'autant plus que ses parrains, sir William Wyndham à la Chambre basse, Bolingbroke à la Chambre haute, étaient eux-mêmes de religion et de mœurs très relâchées. Il y avait cela de particulier que les deux principaux ministres, champions de la haute Eglise, Oxford et Bolingbroke, étaient nés et avaient été élevés dans le presbytérianisme. Ensuite, ils y avaient renoncé : le premier, par ambition; le second, par excès d'ennui. Il était tombé sous la discipline d'un docteur Manton, auteur et prédicateur intarissable, homme féru de quelque superstition des nombres, qui s'était cru obligé d'écrire cent dix-neuf sermons sur le psaume 119. « C'est lui, disait plus tard son disciple émancipé, qui m'apprit à bâiller, et fit de moi un adepte de la haute Église, pour ne jamais plus le lire ni l'entendre *. » Bolingbroke en devint tory, et tory outré; de là, jacobite. Il prétendait justifier le Schism ad par un motif politique; il importait au parti toi7, disait-il, d'empêcher les dissidents de propager leur secte. Son espérance était aussi de s'assurer à nou-
veau le concours zélé de l'Eglise. Mais, de cette mesure, il n'eut que l'odieux, car le délai fixé pour la mise à exécution de la loi étant venu à expirer le même jour que la reine rendait l'âme, il n'en resta que l'irritant souvenir. Tout son effet fut de resserrer l'union des presbytériens, des quakers, et d'autres dissidents encore plus opprimés, avec les whigs, et d'accroître le parti dévoué à la succession hanovricnno. Celle-ci néanmoins était alors ou semblait être très compromise.
!► Lettre à Swift en 1721. History of England. par lord Mahon, 1. 1, p. 25.
Bolingbroke, bien que gêné par le caractère vacillant et sournois de son collègue, le comte d'Oxford, avançait par ses mesures profondément combinées la cause du Prétendant. Il écartait des fonctions publiques, surtout de Tarmée, les whigs et les amis de Marlborough. Les whigs, même les plus fermes, ne pouvaient s'empêcher de voir l'avenir sous de sombres couleurs. Stanhope disait au baron Schutz, envoyé de l'électeur de Hanovre, que son maître ne parviendrait pas à la couronne à moins de se présenter à la tête d'une armée (octobre 1713). Schutz mandait à sa cour que, sur quinze tories, quatorze ne s'opposeraient pas au Prétendant, s'il venait avec une armée française (février 1714); que, sur dix personnes, neuf s'accommoderaient aux temps et embrasseraient les intérêts de celui qui serait le premier en Angleterre. Trop énergique néanmoins pour tomber de l'inquiétude dans le découragement, Stanhope forma une association en faveur de la succession protestante. Il ramassa en secret des armes, des munitions, choisit des officiers, parmi lesquels de nombreux réfugiés français, et leur donna des signes de reconnaissance. Il alla jusqu'à prendre des dispositions pour se saisir de la Tour, des principaux jacobiles et des ports, aussitôt la mort do la reine *. D'autre part, Bolingbroke, hâtant l'accomplissement de ses desseins, fit un grand coup. Ayant mis de son coté l'influence que lady Mashan(i exerçait toujours sur sa maîtresse, il attendit la prorogation du Parlement; après quoi, il obtint la destitution du romte d'Oxford et devint le chef du gouvernement (27 juillet, v. s., 7 août, n. s., 1714). Seulement six semaines de pouvoir et il mettait les choses en tel état, il s'en flattait du moins, que la restauration du Prétendant était cer-
1. Lccky, t. I, p. 140, 155. — Lord Mahon, t. I, p. 43, 55, 94.
taine. Mais la durée de son pouvoir tenait à la vie de la reine; et, usée par la maladie, la vie de la reine ne tenait plus qu'à un fil. L'imprudent ministre contribua lui-même à le couper. Lors de la destitution de son rival, il eut avec lui, en présence de la souveraine, une altercation qui se prolongea jusqu'à deux heures du matin, sans égard pour Tétat d'épuisement où la malade était tombée. Elle en fut bouleversée; la goutte lui remonta au cerveau, et elle expira le cinquième jour, au palais de Kensington (1" août, V. s , 12 août, n. s., 1714).
Alors s'évanouirent tous les plans de l'audacieux personnage. Sans attendre la fin de Tagonie, les wliigs, d'autant plus hardis qu'ils avaient pour eux la légalité, telle qu'elle résultait de l'acte de Succession, forcèrent les portes du conseil où Bolingbroke s'était enfermé en compagnie de quelques affidés. Ils le contraignirent, lui à la fois désespéré, furieux et souriant, à concourir aux mesures militaires et d'ordre public par lesquelles ils mirent les droits de la maison de Hanovre hors de toute compétition ; il dut participer avec eux à la proclamation de George P'.
Rude et amer désappointement! Le ministre, vaincu sans combat, tira de sa défaite une leçon de philosophie sur l'instabilité des choses d'ici-bas : « Le comte d'Oxford, écrivit-il à Swift, fut congédié le mardi; la reine mourut le dimanche! Qu'est-ce donc que ce monde-ci? et comme la fortune se joue de nous * ! » Elle venait, en effet, de fermer à jamais le chemin du trône aux Stuarts, quand on croyait le leur rouvrir tout grand; le pouvoir n'était venu aux mains des vrais jacobites que pour s'y briser à l'instant même. La fin précipitée de la reine dissipa, comme un rêve, les sombres appréhensions des uns, les savantes machinations des autres.
i. Lord Mahon, Uistory of England^ t. I, chap. m, p. 97.