I. I>ord Mahon, History of England» t. 1, p
cession protestante, c'est-à-dire ses propres droits, et, eu dernier lieu, avaient contribué très utilement à déjouer les manœuvres jacobites des ultra-tories. Que, dès la Hollande, il destituât Bolingbroke, on devait s y attendre. Ce ministre ultra-tory, s'appuyant aux jacobites, était légitimement suspect, alors même qu'on ignorait encore le dessous de ses intrigues. Mais, quant au gros des tories modérés, n'était-ce pas, de gaieté de cœur, les pousser vers le jacobitisme et provoquer le mécontentement qui succéda tout à coup chez les Anglais à la sympathie du premier accueil? D'où il résulta que les jacobites enhardis devinrent dangereux .
Geoi^e I" fut couronné à Westminster le 20 octobre, V. s., 31 oct., n. s., 1714. Le comte d'Oxford et Bolingbroke assistèrent audacieusement à la cérémonie. Bientôt, conformément à une loi faite sous Guillaume lU et renouvelée le règne suivant, aux termes de laquelle le Parlement devait être dissous dans les six mois de la transmission de la couronne, le gouvernement prononça la dissolution du Parlement et en convoqua un autre (janvier 1115). En même temps, le roi lança une proclamation violente où il dénonçait les mauvais desseins de ses ennemis, la confusion des affaires publiques, la crise commerciale, les fautes graves du dernier gouvernement; et il pressait les électeurs de porter leur choix sur les hommes qui avaient montré un ferme attachement pour la succession protestante, lorsqu'elle était en danger. Ce langage, aidé de distributions de faveurs et d'ai^ent, outre l'influence prépondérante que le ministère exerçait en tout état de cause sur les élections \ produisit une écrasante majorité whig.
1. Le lecteur n'oubliera pas que nous parlons d'après Thoyras Rapin. Voir plus haut, p. 74.
COMMENCEMENTS DE GEORGE r. 89
succédant brusquement aux puissantes majorités tories de 1710 et 1713.
Les whigs, par l'avènement de la maison de Hanovre, se rendirent donc les maîtres de l'Angleterre. Ils conservèrent cette suprématie jusqu'au règne de George III, en 1760.
Ils se comportèrent, pour ainsi dire, comme des conquérants en pays ennemi. Les Chambres s'étant ouvertes le 17 mars, v. s. (28, n. s.), 1715, le roi s y rendit quelques jours après. Il déplora, par Torgane du chancelier, que la guerre n'eût pas produit des résultats plus avantageux; que certaines clauses du traité, nécessaires à la sûreté du royaume, n'eussent pas encore reçu d'exécution; que la dette n'eut fait que s'accroître depuis que l'Angleterre avait eu le malheur de poser les armes, etc. Les adresses des deux Chambres, dociles échos, répétèrent ce langage. Celle des Communes, présentée par Robert Walpole, portait aussi qu'elles voyaient avec un juste ressentiment que le Prétendant continuât de résider en Lorraine; que de là, il eût la présomption de chercher à exciter par ses déclarations les sujets du roi à la révolte. « Mais, continuait-elle, ce qui soulève au plus haut degré l'indignation de vos Communes, c'est qu'il appert que ses espérances étaient fondées sur les mesures prises depuis peu dans la Grande-Bretagne. Il nous appartiendra de mettre au jour les menées dans lesquelles il plaçait ses espérances, et d'infliger à leurs auteurs un châtiment mérité. » En effet, le chevalier de Saint-George avait, après la mort de la reine, lancé de Plombières (29 août 1714) un manifeste de revendication où il expliquait son inaction jusque-là par les bonnes intentions de sa sœur à son égard, intentions, disait-il, dont il ne pouvait pas douter dans les derniers temps.
Ainsi, pour mieux assurer leur triomphe, les whigs s'emportaient à rhostilité la plus acerbe contre le régime auquel ils succédaient. Ils annonçaient à grand bruit la rigoureuse répression des partisans du Prétendant, c'està-dire des ministres tories, et censuraient avec la dernière amertume la paix d'Utrecht. Cette paix, deux Parlements successifs l'avaient approuvée. Il n'y avait pas à la rompre. La nouvelle majorité n'y prétendait pas non plus. Mais elle déchargeait sa bile sur ses adversaires politiques, en leur reprochant de n'avoir pas fait assez de mal à la France, et d'avoir sacrifié honteusement les alliés de la Grande-Bretagne.
D'autre part, la haine qu'elle avait vouée au Prétendant, aux jacobites et aux tories, se liait étroitement à sa haine contre Louis XIV, l'allié naturel et fidèle, l'espérance des Stuarts. Outre les griefs particuliers du moment, la passion des whigs s'alimentait du vieux fonds de rivalité entre les deux peuples, que tant de guerres venaient encore d'exaspérer. Cette lutte entreprise, sous la conduite de Guillaume III, pour mettre fin à la prépotence du cabinet de Versailles en Europe, avait été essentiellement whig, bien que soutenue également par les tories. Aussi, était-ce chez les whigs qu'elle avait laissé les traces les plus profondes et les impressions les plus vîvaces. Vainement, la dictature que s'était arrogée Louis XI\ s'était-elle éclipsée à Ryswick par la reconnaissance ai la royauté de Guillaume III, issue de la révolution d( 1688. Vainement avait-elle péri à la guerre de la Succession d'Espagne. Ce n'était pas la France des négociations de la Haye, de Gertruydenberg , d'Utrecht, c*est-à*din