COMMENCEMENTS DE GEORGE
James Stanhope, avec de fortes et brillantes qualités, était aussi un violent. Né à Paris, par circonstance, en 1673, il commença à Oxford des études que son père interrompit prématurément pour l'emmener en Espagne. Par la suite, il les acheva de lui-même, en dérobant des loisirs aux travaux multiples de la guerre et de la politique; tellement, qu'en 1719, une des années les plus importantes et les plus remplies de son administration, il soutint une correspondance avec Vertot sur le mode de recrutement du sénat romain. Après TEspagne , il visita Tltalie ; puis , à la paix de Ryswîck, la France, où il se lia avec Tabbé Dubois, le duc d^Orléans qui l'associa à ses débauches *. Son ardeur au siège de Namur (1695), où il fut blessé, avait attiré sur lui l'attention de Guillaume III, qui le créa capitaine, et bientôt colonel. Pendant la guerre de la Succession, il reçut le commandement des troupes anglaises en Espagne, et s'empara de Tîle Minorque (1708), exploit qui lui valut plus tard le titre de lord Mahon, du nom de la forteresse conquise.
Prompt dans ses vues, autant que résolu et fougueux dans l'action, il comprit du premier coup d'œil l'importance de cette position maritime. En rendant compte à son gouvernement de la prise de Port-Mahon, il ajouta que, « dans son humble opinion , l'Angleterre ne devait jamais plus se dessaisir de cette île, propre à commander la Méditerranée en temps de paix ' ». L'année 1710 vit à
1. « CSe général anglais, dit Saint-Simon, avoit été fort débauché. 11 avoit passé du temps à Paris. Alors assez jeune, il y avoit connu l'abbé Dubois, comme on dit, entre la poire et le fromage, et de là, M. le duc d'Orléans, qui avoit fait avec lui tout un hiver et un été force parties, toutes des plus libres. » (T. Vil, p. 301-302.)
2. Lord Sunderland, chef du ministère, lui envoya des pouvoirs pour négocier et obtenir des ministres de Charles III la cession éventuelle de Minorque à la Grande-Bretagne. Il rencontra de leur part une indicible répugnance, dit-il, qu'il ne surmonta que par plusieurs mois de diplomatie. Les Autrichiens voulaient bien devoir la monarchie espagnole à
la fois le plus haut essor et la chute de sa fortune militaire. Longtemps enchaîné dans l'inaction par la timide tactique du comte de Stahrenberg et de Tarchiduc Charles qui ne haïssait pas de s'abriter pendant la bataille dans quelque monastère à distance, il les entraine enfin au combat près d'Âlmenara, charge comme un preux du moyen âge, à la tète de ses escadrons, tue de sa main le général espagnol et culbute la cavalerie de Philippe V, qui, en une demiheure, perd la Catalogne (juillet). Un mois après, il décide, non sans peine, ses alliés aussi récalcitrants que jamais à aller ensemble chercher les vaincus sous les murs de Saragosse ; là, une seconde victoire (août) le rend maître de TAragon. Toujours avide de grands coups, mais cette fois plus audacieux que prudent, il conduit Tarchiduc à Madrid (septembre), où il ne pouvait se maintenir qu*avec le concours de Tarméc portugaise, sur laquelle il n'avait pas d'action. Celle-ci n^a garde de se risquer si loin, au cœur de la péninsule. Malgré tout, il se serait obstiné à hiverner en Castille. Les Autrichiens, effrayés de l'arrivée du duc de Vendôme, envoyé par Louis XIV à son petitfils après la rupture des conférences de Gertruydenberg, tirent décider la retraite; ils assignèrent à Stanhope le poste le plus exposé. Il fut, en effet, battu, pris, à Brihuega (décembre 1710), et demeura prisonnier pendant le reste de la guerre. Stahrenberg, défait le lendemain à Villaviciosa, ne ramena en Catalogne que de faibles débris de son armée. Ainsi, avec toute sa bravouve et ses talents, Stanhope eut le malheur d'attacher son nom à la catastrophe qui ruina les affaires de la coalition en Espagne et donna plus de force aux tories pour faire la paix. Sa car-
TAnglelcrre; mais ils n'entendaient pas reconnaître le senrice rendu. On sait que l'Angleterre garda Minorque par la paix d'Utrecht en 1713 et ne la restitua à l'Espagne qu'en 1783, à la paix de Paris. L. Stanhope, the Beign of queen Anne, t. 1, p. 86.