COMMENCEMENTS DE GEORGE I
rière militaire finit sur ce désastre, que, du reste, l*esprit de parti fut seul à lui reprocher comme un déshonneur.
Nous avons vu précédemment si les tories y manquèrent. C'est qu'aussi bien, pendant les loisirs que la stratégie d'alors laissait aux armées chaque hiver, Stanhope, toujours m haleine, prenait ses quartiers au Parlement; et là, lutteur politique indomptable, il combattait dans les rangs des whigs avec le même feu qu'en Espagne, dans les rangs des alliés. Elu à Tàge de vingt-huit ans au dernier Parlement de Guillaume III (fin de 1701), il continua, pendant le règne suivant, de siéger aux Communes, selon les intermittences des opérations militaires. On se souvient qu'il fut l'un des promoteurs du procès du docteur Sacheverell en 1710, ce procès malencontreux qui coûta le pouvoir au ministère whig. Général impétueux , homme politique non moins impétueux, il fut exempt du caprice et de la versatilité qui, si souvent, accompagnent la fougue. On ne le vit pas davantage évoluer d'un parti à l'autre, comme tant de personnages d'alors , même très éminents , sous l'aiguillon de Tambition ou de la rancune. Whig il débuta ; whig il demeura, également passionné et ferme. Ce double trait de caractère lui acquit une grande autorité, parce qu'on savait qu'il était homme à ne pas transiger sur les maximes de son parti. Quoiqu'il en partageât tous les emportements, il avait l'intelligence haute et large; par exemple, dans la question religieuse, qui avait la propriété de rétrécir ou même d'aveugler presque tous les esprits, il plaida pour la tolérance. Il combattit la tyrannie confessionnelle de Bolingbroke. Ministre , tout en prenant d'une part sous sa protection les dissidents, tels que les presbytériens, qui faisaient nombre avec les whigs, il nourrissait la pensée de relever les catholiques des lois pénales portées contre eux. Les circonstances et une mort imprévue Tempôchèrent de
la réaliser. Mais la modération envers les catholiques fut un de ses constants principes de gouvernement *. Il avait de la probité politique et personnelle . Au dehors , en Europe, on sut bientôt reconnaître qu'une fois les difficultés préliminaires surmontées, il n'y avait chez lui ni chicane^ ni porte de derrière. Dans les relations extérieures, il savait se commander à lui-même. « Stanhope, dit Saint-Simon, ne perdait point son sang-froid, rarement la politesse, avait beaucoup d'esprit, de génie et de ressources *. » Soit coniiance dans sa propre habileté, soit besoin de mouvement, il se rendait volontiers de sa personne dans les cours étrangères, si les conjonctures, devenues délicates, réclamaient une main sûre et alerte. Ses ennemis, pour le ridiculiser, lui donnèrent le sobriquet de Juif errant.
Lorsque l'armistice de juillet 1712 lui rendit la liberté, il prit son chemin par la France. Bolingbroke, alors à Fontainebleau, où il mettait la dernière main aux conditions de la paix avec M. de Torcy, lui offrit de le présenter à Louis XIV. Mais il refusa; chef d'opposition, il ne voulut ni pactiser avec le chef des tories, ni s'incliner, sous ses auspices, devant le roi qui avait tant combattu l'Angleterre de 1688. La raideur de son attitude fit sensation en Angleterre. Rentré à Londres, et laissant désormais de côté lo métier des armes, si ce n'est les secrètes mesures militaires qu'il prit pour la défense éventuelle de la succession protestante, il se jeta tout entier dans la mêlée des partis, et ne déploya plus que sur le terrain parlementaire le don d'entraîner, « la noble flamme », que Pope » célébrée en lui. Malheureusement, cette humeur bouillante était susceptible de dégénérer en éclats de colère sans mesure ; et