COMMENCEMENTS DE GEORGE
ce fut Tun de ces transports qui termina prématurément son ministère et sa vie en 1721.
Stanhope, dès la discussion de l'adresse aux Communes, annonça l'intention de mettre en jugement le dernier ministère; le plus corrompu, dit-il, qui eût jamais tenu le gouvernail. Bolingbroke , peu jaloux de braver Tépreuve, affecta de se montrer un soir au théâtre de Drury Lane (26 mars-6 avril 171 S), de retenir une place pour le lendemain; et s'échappant, la même nuit, gagna la France, où bientôt il accepta du Prétendant les sceaux de secrétaire d'État. Quinze jours après, 9-20 avril 1715, Stanliope déposa à la chambre des Communes tous les papiers relatifs à la négociation de la paix et à la suspension d'armes, et il fit créer une commission secrète de vingt et un membres pour les examiner. Le travail, dirigé par Robert Walpolc, avec Tardeur que peuvent inspirer l'esprit de parti et des ressentiments personnels, dura deux mois, pendant lesquels de scandaleux débats éclataient à tout moment au sein de la Chambre. Un jacobite, ayant dit un jour que la commission secrète s'en irait en fumée, on lui répliqua que, bien loin qu'elle s'en allât en fumée , son rapport était tout prêt. * Walpole s'écria que les mots lui manquaient pour exprimer la scélératesse du dernier ministère transfuge à la France *. Stanhope ajouta qu'il s'émerveillait que des hommes coupables de crimes si énormes, eussent l'audace de se montrer dans la rue. Walpole présenta, en effet, son rapport le 9 (20) juin. Acte d'accusation formidable, avec pièces à Vappui , ce document était faible néanmoins et peu concluant sur le point le plus grave, c'est-à-dire les intrigues
l. //c wanied words to express Ihe villani/ of the late Frenchified minisiry. (L. Mahon, History of England, l. I, p. 131.) — Si nous traduisions Frenchified littéralement par francisé^ nous ne rendrions pas le sons que Walpole y attachait.
iOO LE REGENT, L*ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
des ministres avec le Prétendant; car on n'avait pas encore les aveux des acteurs principaux, ni les Papiers des Siuarts dont les secrets n'ont vu le jour que dans notre siècle.
La lecture de ce mémoire ne remplit pas moins de deux séances du Parlement. Sur quoi Robert Walpole, Stanliope et d'autres de leurs amis firent décréter d'accusation comme traîtres Bolingbroke, le comte d'Oxford (Robert Ilarley), ce collègue que Bolingbroke avait fait destituer par la reine à la dernière heure, le duc d'Orraond, et le comte de StratTord , celui-ci coupable uniquement d'avoir été l'un des deux plénipotentiaires britanniques au 'congrès d'Utrecht *. Le duc d'Ormond, à l'exemple de Bolingbroke, s'échappa d'Angleterre et alla se mettre au service du Prétendant, qu'il ne quitta plus. Le comte d'Oxford, bravant l'orage, fut envoyé à la Tour, où il attendit deux ans le vote favorable des Lords qui, une fois les esprits apaisés, mirent le procès à néant (1" juillet 1717). Mais, en juin 1715, l'exaspération était telle que, dans son discours de début aux Communes, le jeune lord Stanhope de Shelford, petit-neveu du secrétaire d'État, et célèbre plus tard sous le nom de comte de Chesterfield, s'écria « qu'il n'avait jamais souhaité de répandre le sang d'aucun de ses compatriotes, encore moins d'un noble; mais il était persuadé que la sûreté de sa patrie exigeait qu'on fit un exemple de ceux qui l'avaient trahie d'une manière si infâme ». Plus tard, à l'âge de la maturité, il eut honte de ce transport féroce et ne le comprit même plus *.
L'agitation régnait dans le pays comme au Parlement et se manifestait par des séditions politiques et religieuses.
1. L'autre plénipotentiaire était l'évêque de Bristol. Les whigs n'osèrent pas le mettre en cause, sans doute pour ne pas donner lieu aux tories de les accuser d'attaques contre la religion. Le tory Hungerford leur demanda ironiquement si c'était par bénéfice de clergie,
2. Sur tous ces faits, voir lord Mahon, llistory of England, t. 1, chap. iv.