The Stair AnnaU, l. I, p
Malgré le dérangement de ses affaires, les séductions du système de Law n*effleurërent même pas sa probité.
En amitié, il était sur et fidèle; d'anciens amis devenus les partisans du Prétendant et contre lesquels il déployait à. ce titre une vigilance et une énergie infatigables, néanmoins ne rencontraient pas chez lui de haine personnelle. Dès qu'ils lui témoignaient le désir de faire leur paix avec la. dynastie hanovrienne, il les accueillait et intercédait en leur faveur auprès du cabinet britannique, au point qu'il ^'attira les réprimandes des ministres et l'injonction d'avoir ^ s'abstenir de toute démarche de ce genre.
Avec cet ensemble de qualités et de défauts sur un fond très solide, il se rendit d'emblée fort redoutable aux ennemis de son maître; mais on doit ajouter, incommode à ses alliés, à qui sa clairvoyance soupçonneuse et ses exigences sans cesse renaissantes ne laissaient pas de trêve. Nous en avons vu plus d'une preuve.
Il était alors, à quarante-deux ans, dans toute la force de l'âge « .
4. Nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser, malgré notre rêpu- (piance, de citer ici ce que Micheiet a dit de lord Stair et de ses conseils tu duc d'Orléans {Louis XIV et te duc de Bourgogne) : • Stairs, l'ambassadeur d'Angleterre, le poussait aux r»isolutions vigoureuses, mais violentes et jusqu'au crime peut-ôtre. C'était un drôle, Écossais, intrigant, fils d'avocat, qui se lit lord. 11 était capable de tout, et il avait commencé à neuf ans par tuer son frère en jouant. Il disait nettement à Orléans qu'il fallait un usurpateur en France comme en Angleterre, une alliance intime entre les deux usurpations. Il le précipitait au trône. » (P. 427.) Plus loin : • Ce qui pouvait le plus nuire à Orléans, c'étaient ses amis. Lord Stairs voulut assister à la séance du Parlement, témoigner par sa présence de l'intérêt de l'Angleterre pour Orléans et pour la paix. Mais cotte bonne pensée, sous une si mauvaise figure, la figure provoquante, aigre et basse d'un hardi coquin, était faite pour tourner tout le monde à la guerre et contre Orléans. » (P. 430.) Dans cette sanglante diatribe, notre grand historien passe toutes les bornes. Il transforme gratuitement en fratricide prémédité, un de ces accidents des armes à feu, si fréiiuenls par les mains des imprudents, surtout chez les enfants. Gratuite aussi l'accusation d'avoir poussé Orléans jusqu'au crime peut-être, 11 n'existe dans ses lettres aucune trace de ces odieuses excitations. Jamais non plus Stair ne dit au prince qu'il fallait un usurpateur en France comme en Angle-
Qu'il fût témoin oculaire du triomphe du duc d'Orléans au Parlement, pourquoi s'en scandaliser? C'était un gage de paix. Nous ne voyons pas que sa présence atteignit riionneur de la France ni du Régent, quoiqu'elle pût choquer les sentiments ou les préjugés de beaucoup de monde.
Nous avons rapporté plus haut (chap. i) la réponse de Stanhope, le 5 septembre, à la lettre de lord Stair lui annonçant la mort de Louis XIY, et comment le ministère anglais renouvelait tout de suite au duc d'Orléans ses offres de concours éventuel, ainsi que les demandes relatives aux ports de la mer du Nord et aux jacobites ; d'autre part, la lettre affectueuse par laquelle le prince français avait notitié, le o septembre, au monarque anglais que la régence du royaume venait de lui être confiée. Le bruit courait alors que les partisans de Philippe V méditaient une protestation lors du lit de justice par lequel le Régent voulait faire confirmer la décision du 2 septembre. Stair, en homme d'action, à qui son gouvernement venait de mander qu'il ne devait pas craindre d'être désavoué, quelques avances qu'il fit, résolut d'opposer, par une démarche éclatante, l'Angleterre à l'Espagne. Il en avertit le Régent en ces termes, 4 septembre 1713 :
Icrro. Car il n'y avait pas un Nvhiff qui ne considérât les droits de (ieorgc l", le roi légal, comme absolument légitimes, puisqu'ils avaient élc sanctionnés régulièrement par la nation. Toute la révolution de 1688 est là, clans le droit de la nation à disposer d'elle-même. Ne le méconnaissons pas. — Michelet {la Régence) revient encore sur cette usurpation en partie double (p. 32). 11 continue ainsi son erreur passionnée du volume précèdent sur la présence de L. Stair dans une des lanternes du Pariemenl, faite pour tourner tout te monde à la guerre et contre Orléans, autre exagération palpable, démentie d'ailleurs par Tévénement, et pour laquelle nous renvoyons au chapitre i, p. 48. La prétendue mauvaise figure du prétendu hardi coquin y était, nous le savons, de nul effet. Enfin, il n'existe de L. Stair qu'un portrait gravé, où il nous semble impossible de retrouver les traits burinés par l'injuste indignation de Michelet. Sous la manière édulcoréc, usitée dans l'école anglaise du xvnio siècle, on retrouve j)lulôl le portrait que Saint-Simon a tracé.
« Monseigneur, il me revient, par des avis certains, que M. ]e prince de Cellamare se prépare à faire demain, au Parlement, des protestations pour conserver le prétendu droit du roy d'Espagne.
« Comme les renonciations mutuelles de la branche de France à la couronne d'Espagne et de la branche d'Espagne à la couronne de France ont été la base et le fondement du traité de paix conclu à Utrecht, et comme ledit fondement seroit ébranlé par une telle protestation, j'espère que V. A. R. ne trouvera pas mauvais, qu'en conséquence des ordres très précis du Roy, mon maître, je m'oppose à une telle protestation, et que je déclare hautement au nom du Roy, mon maître, que, si une telle démarche se fait par l'ambassade d'Espagne, je la regarde comme une infraction formelle du traité de paix. Je seray fâché de me voir obligé de troubler une cérémonie si auguste et si glorieuse à V. A. R. ; mais mes ordres sont si précis quils ne me permettent pas de m'en dispenser, si le cas arrive.
" J'espère que V. A. R. aura la bonté d'excuser la liberté que je prends de l'avertir de mes ordres '. »
Quel eût été l'effet de ce déploiement du drapeau britannique au cœur de Paris, en plein Parlement? Que serait devenu le duc d'Orléans, écrasé peut-être sous le scandale de la protection étrangère? Heureusement, Cellamare s'en tint à ses velléités; et le lit de justice, retardé jusqu'au 12 septembre par une indisposition du jeune roi, se passa J^ns incidents.
Dès le 4 septembre, l'ambassadeur était allé trouver le duc d'Orléans à Versailles et lui avait donné lecture de la letlre précitée. Il avait reçu du prince les plus fortes assu-