‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 42 sur 209 · Stair Papcrs, Oxcnfoord Castle, t. II, en français · texte numérisé non relu

Stair Papcrs, Oxcnfoord Castle, t. II, en français

rances relativement à l'exécution du traité d'Utrecht et à la démolition de Mardick. Il lui avait remis aussi devant les yeux les avantages de ralliance anglaise et montré par quels liens étroits, dans raffaire du testament royal, son intérêt se rattachait à celui de George I". Car si le Prétendant avait été sur le trône d'Angleterre, ainsi que le feu roi comptait Ty mettre, le testament, au lieu d'être annulé au Parlement, aurait probablement sorti son effet; c'était dans cette vue que M. Torcy avait tant à cœur de faire réussir l'entreprise du Prétendant.

Bien accueilli du Régent, délivré de l'atmosphère de défiance et de haine qui pesait sur lui depuis son arrivée en France, lord Stair respirait entin. Il se félicitait d'assister h un changement total de gouvernement dans les personnes et dans la forme. L'affaire de Mardick se réglerait; le Régent paraissait désirer un traité de commerce. Bref, au tour que tout allait prendre, on pouvait compter que TEurope jouirait de la paix, au moins aussi longtemps que durerait la minorité du jeune roi; le roi britannique, une fois les dissensions du dedans éteintes, pèserait certainement d'un très grand poids en Europe et se verrait recherché par tous ses voisins '. Les dépêches émanées do Londres répétaient la même allégresse. C'était la lune de miel. Par malheur, celle-ci devrait trop tôt se brouiller. Déjà même, quelques ombres en altéraient l'éclat.

Le Régent, si démonstratif quand il s'agissait de témoigner (le ses bons sentiments en général pour son cousin de Hanovre, et de lui promettre satisfaction dans la région maritime du Nord, devenait beaucoup plus réservé, si Ton touchait à la question jacobite. Lors de cette audience du

1. Stair à BubI), rcprêsenlanl anglais à Madrid, Paris, !•', 20 septembre nio. Britisli Muséum, Egerton. — Stair's Journal, mercredi 4 septembre ITiS.

4 septembre, il ne répondit rien de positif à lord Stair, ni sur le Prétendant, ni sur le duc d'Ormond et Bolingbroke; et le sagace ambassadeur reconnaissant la tactique déjà employée par Tabbé Dubois, supposa que, de ce côté, on voulait laisser les choses suivre leur cours.

Telle n'était peut-être pas la pensée arrêtée du duc d'Orléans. Mais la vérité est qu'il hésitait. Incité par la vieille cour et fortement tenté d'incliner vers le Prétendant afin de procurer un mariage royal à sa fille, il sentait cependant qu'une alliance avec George P'' serait un gage de stabilité pour lui-même et de paix pour le royaume, cette paix dont la France avait un si impérieux besoin. Il oscillait de l'un à l'autre parti et voulait voir venir les événements, ainsi que le devinait lord Stair.

Cependant la crise approchait à grands pas. Nous avons rappelé (chap. i) que Louis XIV dans ses derniers temps, n'osant pas encore s'engager directement, avait prié Philippe V de fournir de l'argent à Jacques III. M. de Torcy était en rapport avec Bolingbroke ; il tenait au Havre des navires chargés d'armes et de munitions, tout prêts à faire voile pour l'Angleterre; il faisait préparer en un lieu où aliène donnerait point de soupçon, la voiture qui devait transporter le prince, de la Lorraine au port d'embarquement; et, dans le port, le vaisseau tout équipé pour le recevoir. On espérait le concours du roi de Suède, dont George I" avait démembré les possessions en Allemagne. Seulement, le secret était mal gardé : Bolingbroke ne fut pas peu surpris d'apprendre que, dans plusieurs salons, à l'heure du thé, les dames en parlaient couramment, de sorte que lord Stair eut tout loisir d'en avertir son maître. .Malgré ce contretemps, il ne désespérait pas; il affirmait qu'il serait encore plus facile au roi de France de rétablir le fils, qu'il ne l'avait été aux Etats de Hollande de détrôner

le père. Il se flattait, dans son for intérieur, d'entraîner bon gré mal gré Louis XIV à la guerre. Mais, a-t-il dit, ses espérances baissèrent à mesure que le roi déclina; elles s'éteignirent quand il expira ^ Ironie du sort : il était dans la destinée de cet homme d'Étal, doué de si rares talents^ que sa stratégie politique dépendit de la vie de souverains moribonds. « Si le roi de France avait vécu, écrivait-il mélancoliquement au comte de Mar, nous aurions obtenu quelque assistance directe, beaucoup plus par voie indirecte, et de grandes facilités par connivence, quoique cela parût impossible lors de mon arrivée à Paris. Mais la situation est changée : il est mort, et le Régent est dans de tout autres dispositions. La perspective d'une opposition à sa régence l'a fait entrer dans des engagements avec le Hanovre; et la perspective d'une opposition à ce qu'il succédât, si le jeune roi venait à mourir, le maintient dans ces engagements.... Au lieu d'avoir un vaisseau fourni par la France pour transporter le roi, ainsi que nous l'avions obtenu,... toute la côte depuis le Jutland jusqu'à l'Espagne est contre nous; et, à moins que le roi no s'échappe furtivement, sans être reconnu, chose qui me semble presque impossible, à cause de la grande étendue de pays à traverser et de la vigilance exercée partout en France, il sera arrêté ou trahi. On nous refuse les troupes que nous espérions de la Suède ; les ordres donnés pour leur embarquement ont été contremandés. L'argent que nous attendions* d'Espagne est, je crois, toujours dans les nuages: et fut-il ré(>Uement entre nos mains, nous ne saurions comment 1<3 mettre à bord. Au lieu d'avoir les armes promises par Icr^ feu roi, nous ne savons pas si nous pourrons expédie^ celles qui sont notre propriété. Au lieu d'être assurés qu^^

1. Muhon, IIistof*y fo England, l. l, chap. v, et Append.^ lettres de Bolin^" brokc.

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