LE RÉGENT. 1H
la France ne laisserait pas les forces étrangères nous courir sus, nous sommes certains que, de la Hollande et de TAllcmagne, le Hanovre tirera tout ce qu'il lui plaira. En un mot, toutes les ressources nous ont manqué ; tous les accidents que nous pouvions appréhender sont arrivés : de telle sorte qu*à tout le poids actuel du gouvernement et de la législature britanniques, armée, flotte, immenses sommes d'argent, et les plus puissantes alliances étrangères, nous n'avons rien à opposer que les bonnes dispositions du peuple britannique; et encore ne sommes-nous pas certains que les bonnes dispositions de nos amis d'Angleterre soient susceptibles d'aller jusqu'à l'action dans ces circonstances \ »
Mais tel est le penchant des exilés k se leurrer, que, malgré une vue si nette de la disproportion des forces dans la lutte à entreprendre, le premier ministre de Jacques UI s'obstinait à chercher des chances. Il ne cessait pas de circonvenir le Régent. Les papiers allaient et venaient du Prétendant et de ses amis au duc d'Orléans, et les réponses de celui-ci, par les mains de Tabbé de Thésut * qui appartenait de cœur à la cour de Saint-Germain. Le Régent promettait une audience à Bolingbroke et se dédisait au dernier moment, par le motif que ces gens-là s'étaient trop bien comportés à son égard pour qu'il agît contre eux, et qu'il était trop difficile de garder le secret. Si le plus vieux serviteur du prince (lisons Dubois) faisait savoir au ministre jacobite qu'il souhaitait de s'entretenir avec lui, en insinuant que tel était aussi le désir de son maître, il avouait néanmoins que Stair leur imposait fortement. Mais
1. Lord Bolingbroke au comte de Mar, 20 sepluiebre 1715. Lord Malion. t. I, Append.y p. 402-405.
2. Stair à Stanhope, sans date, en anglais. S/air Papers, Oxenfoord Castle, vol. Hl, B.
Bolingbroke prenait confiance. En les voyant l'un et Taulre chanceler de la sorte sur leur base whig, il apercevait déjà le moment où il les amènerait à jouer franc jeu et oii il aurait son tour : « J'espère, disait-il à Jacques in, voir le temps où je pourrai parler à cette cour, au nom do Votre Majesté, d'un autre style que celui dont je suis forcé, bien à contre-cœur, de leur parler maintenant * ». Il en arrivait à croire qu'il réparerait le mal que sa cause avait subi par la mort du roi et que la c6te de France s'ouvrirait aux jacobites *. Le maréchal d'Huxelles, le marquis d'Effiat, l'un des roués du duc d'Orléans, le servaient de leur mieux. Le premier, en l'informant que Stair demandait qu'on visitât les côtes maritimes, ajoutait que des ordres étaient donnés pour qu'on ne prît pas garde à leurs vaisseaux. « Ils flottent étrangement dans leurs mesures, poursuivait Bolingbroke ; leurs inclinations sont avec nous, leurs craintes travaillent pour les whigs. Un bon petit succès leur fixerait le droit chemin. L'affaire des armes ' se poursuit; je me suis ouvert une nouvelle porte d'accès près du Régent. Il a toujours le mariage en tête ; et une bonne petite faveur de la fortune le tirerait à nous par cet appât *. »
Ainsi le mariage de sa fille avec le Prétendant, voilà le rêve qui rendait le duc d'Orléans si incertain sur le choix de la ligne à suivre ; or, dans les mains de l'habile homme qui ne le décourageait pas, ce n'était, semblerait-il, qu'un prestige décevant. On cherchait aussi à séduire le prince
{. Bolingbroke à Jacques, Paris, 25 septembre 4715. MahOD, t. I, Append., p. 412.