A fournir par le gouvernement français
4. Bolingbroke à Jacques, Paris, 9 novembre 1715. (/d., i6td., p. 419.) La mention de ce projet de mariage, qui commençait à s'ébruiter, se trouve aussi dans des avis envoyés de Paris à lord Cadogan, à la Haye, en date du 24 novembre 1715 {Record Office, Holland, vol. 372, fol. 187).
français par ses goûts trop connus. Ce qu*on pouvait découvrir en Angleterre de plus attrayant dans l'autre sexe, ou par Thabile séduction ou par l'innocence, lui était amené et livré : telle était sans doute cette nouvelle porte que Bolingbroke s'était ouverte pour parvenir jusqu'à lui. Mais il s'abusait. A travers ses déportements, le Régent ne souffrit jamais l'immixtion de la politique dans ses plaisirs. Il se bornait à donner de l'argent en secret par les mains du duc de Saint-Simon '.
L'anxiété était cruelle chez les whigs. Cette base whig sur laquelle le ministre de Jacques III voyait le Régent hésiter, eux croyaient déjà la voir s'efiTondrer. Lord Stair avait ajourné les démarches pressantes jusqu'à l'organisation des conseils que le Régent allait substituer aux ministres. Cette révolution eut lieu le 15 septembre (1715). Le maréchal d'Huxelles fut déclaré chef du Conseil des affaires étrangères; après lui venaient l'abbé d'Estrées; Cheverny, ancien ambassadeur en Danemark et à Vienne; et Canillac. Le secrétaire fut Pecquet, précédemment le principal chef des bureaux de M. de Torcy. Quant à M. de Torcy, le Régent, bien loin de venger les injures du duc d'Orléans, Tadmit au Conseil de régence, lui remboursa chèrement sa charge de secrétaire d'Etat, et le maintint à la direction t des postes, d'où il lui était loisible d'inquiéter encore les Anglais.
Stair préluda par une visite de civilité au duc d'Orléans, au Palais-Royal, 13 septembre. Le duc lui dit sur le roi les choses les plus aimables qui se pussent imaginer, exprimées de la manière la plus chaude et la plus cordiale. Il témoigna le plus sérieux désir et la résolution de vivre en parfaite I amitié et bonne intelligence avec le monarque. Pour con-
i. C^est Saint-Simon qui le rapporte, Mém., t. XIV, p. 4.
iirmer ces propos gracieux, il relaxa quelques agents, dont un certain baron de Sulgas, que Tambassadenr avait mis en campagne, avec mission d'épier le Prétendant et que M. de Torcy avait emprisonné '. Mais qu'y avait-il derrière ces apparences ûalleuses? Tandis que Stair éventait les manœuvres des jacobites pour pénétrer jusqu'au Régent, et les petites trames qu'ils ourdissaient sous le manteau de la cheminée, le ministère, à Londres, apprenait de bonne source, même des chefs lories*, que le Prétondant, bien loin de renoncer à ses projets de descente, les poursuivait avec ardeur en comptant sur la faveur et l'aide du Régent. Quelle surprise pour le roil « Il ne peut pas s'imaginer, écrit Stanhope à Stair ', qu'après les assurances réitérées d'amitié données par le duc d'Orléans, les bruits que répandent les jacobites avec tant d'assurance, aient le moindre fondement. Les offres de Sa Majesté et les déclarations d'amilié quelle fit au duc dans un temps où il était très probable qu'il aurait besoin d'amis, méritent certainement de sa part un sincère retour. Les dispositions du roi sont toujours les mêmes, et ainsi que je Fai dit précédemment et souvent à Votre Seigneurie, vous pouvez hardiment renouveler l'assurance de la cordiale amitié du roi. sans crainte 'd'être désavoué. Mais si, pendant que de telles avances viendraient de notre part, vous ne parveniez pas à obtenir des déclarations claires et franches des intentions du Régent de manière à imposer silence à nos jacobites et aux rebelles, il est de la dernière conséquence que Sa Majesté en soit informée le plus tôt possible, afin de prendre les mesures qu'exigeront la sécurité et le repos ilf
1. stair à Stanhope, 14 septembre Mil}, Stair Papers, Oxentoorû CasMf. t. m, B.
2. On sait que tory et jacobife ne sont pas synonymes. Voir plus haiii. rhnp. IV.
3. Whitehail, 7-18 septembre 1715. Stair Papers, Oxentoord Casllc, t.ll.
LE RÉGENT. Ho
ses royaumes. Je suis persuadé, milord, que vous ne négligerez aucun efifori pour dissiper nos craintes et notre défiance et que vous saurez démontrer au Régent qu'il a un intérêt majeur à vivre avec le roi en parfaite amitié et confiance. Vous saurez lui faire comprendre que ni amitié ni confiance ne seront possibles, s*il ne désavoue par parole et par action toute intention d'aider le Prétendant et ses adhérents. »
Stanhope parlait ensuite des vaisseaux du Havre, chargés d*armes pour les jacobites , et que l'amiral, sir George Byng, lui avait dénoncés. « Un refus, ou môme un retard de cette cour à se justifier de favoriser une telle chose, devra être et sera considéré comme une déclaration en faveur du Prétendant. »
Pour appuyer ce langage comminatoire, Byng se présenta devant le Havre avec son escadre et demanda qu'on lui remît les navires suspects. Le Régent, serré de si près, ne voulut pas descendre jusque-là; il ordonna de décharger les armes et de les déposer dans Tarsenal royal. Il promit aussi à lord Stair de ne voir ni le duc d'Ormond, ni Bolingbroke. Mais lorsque Tambassadeur vint le visiter pour lui remettre une lettre de félicitations du prince de Galles sur sa régence, et le remercier au nom du roi de ses récentes résolutions, le duc d'Orléans montra beaucoup de froideur et un désir marqué d'abréger Tentretien *.
L'impatience des jacobites dans la Grande-Bretagne ne se contenait plus. Ils fixèrent au Prétendant le 13 octobre comme dernier délai. Mais ils ne purent même pas *^f* maîtriser jusque-là. Ils devancèrent l'époque *. Le comte i Ji* Mar, s'échappant de Londres où il était resté jusque-là,
1. Stnir's Journal^ 3 octobre ni.'i. ' -. Stair à Stanhope, Paris, 7 sepleniljrc 1115. Stair Papers, Oxenfoord Caslle, vol. III, B.
courut soulever les Highlands, au mois de septembre. Prématuré ou non, il fallut suivre le mouvement.
Le duc d'Ormond pénétra jusqu*au Régent. Ce prince, dans une audience de nuit (18 octobre), s'excusa beaucoup de ne Tavoir pas reçu plus tôt, à cause des grandes mesures à garder envers les gens de Vautre côté de l'eau; il protesta de son intérêt et de son attachement pour le chevalier de Saint-George et promit de le pourvoir en abondance d'armes et de munitions. Il fut convenu que Leblanc, alors intendant de Dunkerque *, serait chargé de s'entendre avec le duc d'Ormond et de régler ensemble sa coopération secrète à Texpédition. Trait caractéristique d'anarchie dans ces complots de réfugiés : le duc d'Orléans exigea du duc d'Ormond la promesse de n'en rien dire à Bolingbroke *. Ormond s'embarqua en Normandie pour l'Angleterre. Le Prétendant prit ses mesures pour s'esquiver de la Lorraine.
Vers le milieu d'octobre, lord Stair adressa au Régent un mémoire où, s'autorisant du départ imminent, sinon accompli déjà du Prétendant, et de la réunion d'officiers irlandais à Dieppe et à Boulogne, il exprimait la confiance que Son Altesse Royale ne leur donnerait aucune aide, ni ne permettrait qu'il leur en fût donné en France. Il le priait d'interdire à tout officier ou soldat à la solde de la France de suivre le Prétendant, sous peine d'être cassé ; et d'ordonner que du Havre à Gravelines, durant quinze jours, nul de ces officiers ne fût transporté en Angleterre sans un passeport délivré par le gouvernement français ou par le ministre de la Grande-Bretagne '. Il réclama aussi