‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 48 sur 209 · I. A rextérieur · texte numérisé non relu

I. A rextérieur

Le xv]i''sièclciravait'pas été le grand siècle delà France uniquement. Il avait appartenu avec non moins de gloire à la Hollande. Son aurore avait vu le dénouement victorieux de Tépopée des trente années de combat, soutenues par les Sept Provinces, contre TEspagne de Philippe II el de Philippe III; son cours, leur participation à la grande lutte de Richelieu contre les deux branches de la maison d'Autriche, leur affranchissement définitivement sanctionné par la paix de Westphalie; bientôt, la mer, qui les avait sauvées du joug espagnol, devenue le théâtre et Tinstrument de leur grandeur, comme de leur vaste ambition dans les deux mondes; leurs vaisseaux disputant à TAngleterre de Cromwell, arrachant à rAngleterre de Cliarles II, la prépotence navale; en même temps, la Hollande amenée par sa situation géographique à prendre le rôle de grande puissance continentale et à limiter les conquêtes de Louis XIV, dans les Pays-Ras espagnols : de là, Tinvasion

(lu roi jusqu'aux portes d'Amsterdam (1672), Théroïsme batave noyant sous Teau, comme à Leyde cent ans auparavant, la terre qu'il était impuissant à préserver par les armes; et, sous la conduite de Guillaume III, formant la coalition, par qui la république des Provinces-Unies devient le centre de la résistance commune aux empiétements du cabinet de Versailles. Si, à Nimègue, quand la lutte se termine (1678), la fortune du grand roi brille plus éclatante (jue jamais, comme Tastre au zénith, si de nouveaux territoires agrégés au royaume de France, élargissent sa frontière, c'est aux dépens, non pas de la Hollande, mais des alliés qui l'ont secourue. Celle-ci , d'abord destinée par Louis XIV, à périr écrasée d'un seul coup, recouvre Maëstriclit, seul trophée de la fougue première de l'agression demeuré entre nos mains. Son intégrité territoriale ainsi reconstituée, elle est désormais inviolable chez elle. La Haye balance Versailles. Elle devient la capitale de l'Europe antifrançaise. Tout ce qui est ennemi ou jaloux de la France , s'v donne rendez-vous. Tel est son ascendant qu'elle fait la conquête de l'Angleterre : un autre Guillaume, parti des bouches de la Meuse, renverse les Stuarts, comme jadis Guillaume le Normand a renversé la monarchie saxonne : et il fait entrer la Grande-Bretagne dans l'orbite de la république des Provinces-Unies. Au milieu des Anglais, ce nouveau conquérant ne s'en fie qu'à ses favoris hollandais, à sa garde hollandaise. La politique européenne continue de s'exercer en Hollande et par la Hollande. L'Angleterre se borne à suivre l'impulsion.

II renoue la coalition contre la France au congrès fameux de la Haye (1691). A l'autre extrémité de son règne, c'est près de la Haye, a Ryswick, dans son propre château, que les belligérants signent la paix (1697); et à la Haye même que, lors de l'ouverture de la succession d'Espagne,

se conclut la grande alliance de 1701. Ayant allumé l'incendie, Guillaume disparaît de la scène (1702). Une femme, la reine Anne, lui succède en Angleterre. Mais en Hollande, trois hommes de génie, Heinsius, Marlborougli et Eugène, se saisissent de la direction de la guerre. Le grand pensionnaire, Antoine Heinsius, Tégal de Guillaume en talents politiques et en énergie, devient le chef de l'Europe.

Les querelles intestines des whigs et des tories dans la Grande-Bretagne contribuent à maintenir la république en possession de rhégémonîe; et la Hollande connaît cette gloire, que celui qu'en Europe on n'appelait pas autrement que le Roi, cédant aux coups obstinés du malheur, s^humilie devant elle. Elle goûte cette joie de fouler aux pieds avec insulte, celui qui l'a jadis outragée.

La voilà qui se croit maîtresse de disposer des royaumes et d'imposer des lois aux plus grands monarques *. A son tour, elle commet cette faute d'abuser de la fortune. Le délire de l'orgueil la conduit aussi à la perte de sa |)rimaulé. Elle se blesse, elle s'use de ses propres mains. Les mômes circonstances qui l'ont servie , le règne d'une femme et les disputes des partis en Angleterre, la feront déchoir.

Son salut, dans la crise de 4672, où elle semblait vouée à une perte certaine, avait tenu surtout à des causes morales et à l'art avec lequel elle avait su intéresser à son sort et englober les autres puissances dans sa querelle. Elle les avait menées au combat contre l'ennemi des uns et des autres. Mais une telle hégémonie était mieux proportionnée à son ca^ur qu'à ses forces. Elle ne possédait ni l'étendue territoriale, ni la population, ni, en un mot, les ressources de fonds nécessaires pour prodiguer indéfiniment l'effort. Elle y jeta sa fortune maritime et com-

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