‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 50 sur 209 · II. A l'intérieur · texte numérisé non relu

II. A l'intérieur

Parallèlement, un changement profond s'était accompli dans sa situation intérieure. Le stathoudérat, rétabli en faveur de Guillaume III en 1672, sous le coup de l'invasion de Louis XIV, et rendu héréditaire, deux ans après, pour ses descendants mâles, avait pris fin avec lui, puisqu'il n'avait pas laissé de postérité. Son neveu, Jean-Guillaume de Nassau-Frise, tenta en vain de s'attribuer cette part de la succession. Les États de la province de Hollande, imités bi(înlôt par d'autres provinces , déclarèrent qu'ils considéraient celte dignité comme abolie. Le parti républicain reprit donc le dessus; on revint au régime du grand pensionnaire. Ce premier magistrat, élu pour cinq ans, rééligible, présidait et dirigeait les délibérations des Etats, les ndations avec l'étranger; il veillait à l'observation des lois et à l'administration des finances. Mais ce magistrat, fùt-il lleinsius, ne possédait pas le prestige des Nassau, chefs militnires en même temps que chefs politiques. Les ambitions

J. Mol rajtpclé par M. le «lue de Broglie, Études diplomatiques : Vexpé- Hition (VÈcosse et la prise de Bruxelles,

de second ordre, moins contenues, se donnèrent carrière. Les compétitions étaient singulièrement favorisées par le

système des assemblées, Etats généraux, assemblées provineiales. Dans les Etats généraux , le président changeait chaque semaine. Nulle résolution ne pouvait être prise, si ce n'est à l'unanimité ; et les représentants de cliaque province à cette assemblée supérieure étaient tenus de se conformer à la décision de leur assemblée particulière, laquelle ne pouvait être prise non plus qu'à Tunanimilé. De cette double nécessité, résultaient des tiraillements où se jouaient les influences étrangères, des négociations à Tinlini, suivies simultanément sur le territoire entier de la république, une lenteur excessive, à moins qu'une grande et universelle passion n'entraînât le concours des volontés.

La gloire au dehors et le changement survenu dans la conduite de TEtat, avaient produit une altération profonde dans le caractère moral de la nation. L'orgueil du succès, l'habitude d'être recherchés et tentés par les plus fières puissances de l'Europe, engendrèrent chez les Hollandais le désir de briller et de jouir, l'amour de l'argent. Sur ce point délicat laissons parler leurs amis.

Lord Stair, dans une lettre au ministre Stanhope, dit, à propos des influences contraires qui se disputent la Hollande, que le maréchal d'Huxelles compte sur les amis qu'il s'est faits pendant les négociations de Gertruydenberg et d'Utrecht, et sur ceux qu'il se fera encore. Depuis peu, continue-t-il, le luxe s'est introduit dans les Provinces; les députés vivent au delà de leurs moyens. Ils deviennent nécessiteux, et beaucoup, peut-être la plupart, sont au plus offrant. Nul doute que la France n'ait des pensionnaires. L'empereur, lors du congrès de Gertruidcnberg, donna mille pistoles d'un coup à un homme, une autre fois vingt mille florins, pour savoir ce qui s'était passé dans les

assemblées secrètes. « Cela étant/ conclut lord Staîr, je vous donne à penser si nos raisons remporteront sur un million d'argent français *. » L'ambassadeur, ébloui par ces exemples de la grande époque, estime trop haut ce qui reste de vertu à tarifer, si nous en croyons Dubois, à propos du secret des traités, qu'en Hollande, pour quatre pistoles, on voit tout ce qu'on veut '; ou plus noblement, par la plume de M. de Torcy, « un pays où Ton croit qu'il est permis de recevoir, sans se déshonorer, la récompense d'un important service ' ».

(iCux des personnages considérables que le soupçon de vénalité n'atteignait pas, étaient déconcertés par ce nouvel état de choses, au point de n'être plus que l'ombre d'euxmêmes. Désormais sans initiative, gouvernement à têtes 7nultiples, sans tête, ayant autant de maîtres que d'avis^ devenus timides après tant d'années d'imperturbable confiance et peut-être surpris d'avoir épuisé leur pays à force de triompher, ils n'osaient ni vouloir ni agir, ni parler d'aucune alliance; ils laissaient dépérir l'armée et la marine, tant était grande la crainte des Provinces de s'engager dans quelque nouvelle guerre. Toute responsabilité les eiTrayant, ils attendaient que le vaisseau de haut bord leur fit signal, c'est-à-dire que le roi d'Angleterrele» prit dans sa clientèle et leur donnât l'impulsion. « Mon sentiment, écrivait Stanhope après les avoir visités à la Haye, en peu de mots, se réduit à ceci : que si on ne les aide pas à faire leurs propres affaires, ils ne les feront jamais; car il n'y a personne parmi eux qui ose rien

1. 27 juin ni6, en anglais. Stair Popers, Oxcnfoord CasUe, vol. 111, B. iî. Letirc au Régent, Hanovre, 23 août lllfi. Sévclinges, M^moirej secrets du cardinal Dubois, t. I, p. 218.

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